‹ Quelques Considérations Sur Les Lésions Traumatiques Du CrâneChapitre 15 sur 27 · MÉCANISME · texte numérisé non relu

MÉCANISME

Les fractures du crâne ont été divisées en fractures directes et en fractures indirectes, suivaut qu’elles siègent au point même qui a été frappé ou dans un lieu plus où moins éloigné de celui qui a recu le choc. Presque toutes les fractures de la voûte sont directes ; on peut en constater également à la base, par exemple à la suite d’un coup &e feu tiré dans la bouche, d’un corps étranger pénétrant avec force dans les fosses nasales où dans l'orbite. Mais, le plus souvent, les fractures de la base sont produites par des -causes indirectes : pendant longtemps on les a appelées fractures par contre- Coup, mais aujourd'hui l'on a reconnu que ces dernières sont très rares et l’on a divisé les fractures de la base sous trois chefs :

1° Les fractures médiates, qui sont … véritables fractures par enfoncement et dans lesquelles Les os de la face ou de la colonne vertébrale agissent comme une tige rigide s’enfoncant dans les os de la base du crâne.

2° Les fractures par irradiation qui sont produites par des chocs atteignant la voûte crânienne ; au point frappé on remarque une fissure souvent très peu marquée, laquelle va en s'élargissant jnsqu’à la base où siége une fracture très apparente.’

3° Les fractures par contre-coup qui se font dans un lieu autre que le point percuté, celui-ci restant intact.

Dans le cas où la fracture est directe, le mécanisme en est facile à expliquer : l'instrument vulnérant a agi avec une force supérieure à la résistance de l’os atteint. Quand il s’agit de fracture indirecte, la question n’est plus aussi simple. Nous n’en sommes plus aux doctrines de Saucerotte et de Sabouraut qui, comparant le crâne à un sphéroïde, lui appliquérent les lois qui régissent la transmission des mouvements dans les corps de cette forme. En effet, que se passe-t-il quand un coup violent atteint une sphère à paroïs solides ? Cette dernière éprouve une série d’oscillations qui tendent à rapprocher et à éloigner alternativement le point atteint de celui qui lui est diamétralement opposé ; ces mouvements continuent un certain temps et finissent par s'éteindre peu à peu. Mais, lorsque la force de l’instrument vulnérant est supérieure à la résistance du point percuté, il y a fracture en ce dernier point, et la fracture se continue tant que la puissance est supérieure à la résistance. Voilà ce qui se passe dans une sphère régulière dont les parois sont de matière identique ayant partout la même densité ; mais, lorsque la sphère est irrégulière, que ses parois ont une épaisseur et une densité différentes, la fracture se fait au point diamétralement opposé; or, le crâne est dans ce dernier cas.

Cette opinion qui a été admise pendant longtemps, est aujourd’hui complètement abandonnée, car l'assimilation du crâne à un sphéroïde est grossière, et il y a, en outre, désac-

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cord entre la théorie et les faits; en effet, d’après ce que nous venons d’énoncer, les chutes et les coups sur le vertex devraient déterminer des fractures du corps du sphénoïde, et l’on sait que les fractures de cet os sont très rares.

C'est au D' Aran, médecin des hôpitaux, que revient lhonneur d'avoir donné, le premier, l'explication qui semble la plus exacte du mode suivart lequel se produisent les fractures de la base du crâne. Saas nier la possibilité des fractures par contre-coup, il enseigne que l'immense majorité des prétendues fractures indirectes de la base du crâne ne sont, en réalité, que des fractures propagées de la voûte à la base. Voici, d’ailleurs, les conclusions de son travail :

l° Nous n'avons jamais observé de fracture de I° base du crâne, sans fracture au point percuté ;

2° Les fractures de la voûte gagnent ordinairement par irradiation la base du crâne, même à travers les sutures qui ne s'opposent pas du tout à cette propagation;

3° Ces fractures arrivent à la base par le chemin le plus court, c’est-à-dire en suivant la courbe du plus court rayon ;

4 Elles s'y circonscrivent ordinairement à certaines régions et suivant une direction particulière, c’est-à-dire qu'un coup sur la région frontale produit ordinairement une fracture de l'étage supérieur, tandis que si le choc à lieu à la région occipitale ou temporale, la fracture s’'irradie à l'étage inférieur ou à l'étage moyen.

Les conclusions du travail d’Aran ont été confirmées par des travaux ultérieurs. M. Marcellin Duval, dans les expérimentations qu'il a faites sur le cadavre, n’a jamais réussi non plus à produire de fractures de la base par contre-coup. M. Trélat, en insistant sur le rôle des piliers de la voûte crànienne, a exposé les dispositions anatomiques, par suite desquelles les fractures se propageent à la base du crâne et se

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limitent à certains étages de cette base. Toutefois, ce n’est pas uue règle absolue de voir une fracture se limiter à tel ou tel étage, Car M. Duval, à la suite d’un choc sur le front, a vu l'irradiation s'étendre au rocher du côté opposé, et a réussi quatre fois à reproduire artificiellement des fractures analogues, Les conclusions de la thèse de M. Félizet viennent encore à l'appui de celles d’Aran.

Dans les fractures de la base, c'est l'étage moyen qui est le plus souvent atteint, et le rocher, qui par sa dureté et son épaisseur semblerait être à l'abri, est fréquemment intéressé par des fractures parallèles, perpendiculaires ou obliques. Les observations de M. Houël, les expérimentations de MM. Trélat, Duval et Félizet, ont permis d'établir les circonstances dans lesquelles se produisent chacune de ces trois variétés de fractures. Pour eux, lorsque la fracture est perpendiculaire ou oblique à l’axe du rocher, c'est dans la région occipitale que porte ordinairement la violence : lorsque, au contraire, la fracture est parallèle à l'axe du rocher, la plupart des observations et des faits tendent à établir que le choc a porté dans la région temporale, en avant de l’apophyse mastoïde.

Au point de vue des fractures de la base, 1l est à noter un fait remarquable signalé par M. Félizet, c’est l'immunité spéciale dont jouit la zone qui borde le trou occipital.

ÉTIOLOGIE

Par sa situation élevée et le peu de protection qu’il recoit des parties molles, le crâne est très accessible aux agents vulnérants : nous ne citerons pas ici toutes les causes qui peuvent déterminer des lésions de la boîte cränienne, mais nous insisterons surtout sur ce que l'étiologie des fractures a de spécial at point de vue de la marine, dans nos arsenaux comme à bord des navires,

Nulle part, peut-être, elles ne sont plus fréquentes que là et. on peut d'ailleurs se l'expliquer facilement. En effet, dans quelles conditions se produisent-elles d'ordinaire ? Ellés sont dues à une chute d’un lieu élevé sur un plan résistant, la tête la première, fracture directe ou par irradiation ; les pieds en avant, fractures médiates; ou bien c’est un corps pesant qui, projeté avec violence ou tombant d'un point élevé, vient broyer, perforer le crâne, ou bien encore c’est la compression du sphéroïde crânien entre deux surfaces résistantes. Nulle part ces forces aveugles ne se trouvent plus fréquemment en exercice que dans nos arsenaux et à bord des navires.

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Il suffit de voir les navires en construction, les échafauda-

g'es gigantesques qui les entourent,pour comprendre combien les ouvriers sont exposés à des chutes mortelles : c’est une planche mal fixée, c'est une imprudence, c'est malheureusement quelquefois l'ivresse, quand ce ne sont pas des causes indépendantes que l’on n'a pu prévoir, malgré la sollicitude dont les ouvriers sont entourés.

Les bassins creusés dans les-arsenaux, la plupart dépourvus de garde-corps, sont aussi fréquemment la cause d'accidents. Quand un navire entre au bassin à marée haute, il faut attendre que la mer se soit retirée avant de pouvoir procéder à l’épuisement de l’eau et au calage du vaisseau. Or la nuit arrive souvent sur ces entrefaites et la oi opération, qui consiste à fixer solidement le vaisseau, à le câler par des poutres allant de sa coque aux parois du sure pas sans présenter quelques dangers, alors surtout qu’elle se fait dans une demi-obscurité. Un faux pas sur une planche étroite, un heurt quelconque.et l’ouvrier tombe d’une hauteur de six et huit mètres sur des pierres de taille : ce fait s’est produit plus d’une fois. Nous pourrions encore citer les ateliers,la scierie, les bâtiments en fer, etc..., où toutes les machines sont actionnées par la vapeur.

A bord du navire de guerre, toutes ces causes de, fractures se trouvent encore réunies. Les exercices auxquels sont soumis dans la mâture des matelots souvent entrés depuis peu au service, et par conséquent inexpérimentés, sujets au vertige; les mouvements de tang'age et de roulis qui se font surtout sentir à ces hauteurs; la nécessité de monter dans la mâture par les plis mauvais temps sont autant de causes de chutes terribles. C'est une manœuvre courante, un cordage mal fixé qui glisse entre les mains, une drisse qui fouette l'air, une poulie qui tombe et dont le poids considérable aug--

menté par la vitesse vient fracasser la tête d’un homme sur le pont ; c'est une aussière ou une chaîne qui se rompt, une barre de cabestan qui est lancée dans l’espace : ce sont de nombreux panneaux percés sur la même verticale et souvent ouverts dans la journée, soit pour l’aératiou, soit pour les nécessités du service, si bien que l’imprudent qui a passé ‘par le premier panneau est précipité non dans la batterie inférieure, mais jusqu'à fond de cale. Les feuilles médicales des iufirmeries du bord sont très instructives à cet égard, et il est rare qu'il s’accomplisse une campagne sans que l’on ait à enœistrer de décès par fracture du crâne.

Mais, nous n'avons pas cité la, cause principale, et qui malheureusement domine l’étiologie, c’est l'ivresse : nous n’exagérons rien en disant qu'elle endosse la responsabilité d'une bonne partie des accidents.

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