CHAPITRE PREMIER
Accidents pleuro-pulmonaires primitifs
« C’est surtout à l'avant, en première ligne, qu'on voit les cas graves : les blessés, incapables d'être évacués plus loin, meurent sur place sans aucun secours chirurgical. » Ainsi s’exprime M. Duval dans une très intéressante communication sur les plaies de poitrine (1). Les accidents hémorragiques causent, en effet, de terribles ravages chez les blessés pulmonaires et l'on peut dire qu’il est beaucoup plus aisé d’entraver les progrès d’une infection pleuro pulmonaire que d'intervenir efficacement sur des infortunés
| (1) Bulletin et mémoires de la Société de Chirurgie, 21 nov, 1916.
qui saignent dans leur plèvre. Très nombreux sont ces derniers que la fureur de la bataille oblige à laisser plusieurs heures au lieu où ils sont tombés, qui lentement, s’anémient et s’asphyxient, et devant lesquels on reste impuissant au moment de leur relève.
Certains que nous avons connus Ont pu se traîner jusqu'aux premières tranchées, mais l'effort qu'ils avaient dù fournir avait encore accru l’épanchement ‘hémothoracique et ils arrivaient à notre poste de secours juste pour y rendre le dernier soupir. On en voit quelquefois qui tombent sous le choc de leur blessure, puis se relèvent aussitôt et font à pied plusieurs centaines de mètres, ne s’arrêtant par intervalles que pour reprendre haleine et calmer un peu l'angoisse qui les étreint; ils parviennent ainsi au P. S. (1) le plus proche, exténués, les traits tirés, le teint blême, couverts de sueurs, avec un peu d'écume sanguinolente aux lèvres, narränt cépendant les détails du combat et la façon dont ils ont été touchés. Immobilisés aussitôt sur un brancard, ils ne tardent pas à présenter une dyspnée progressive, un pouls de plus en plus faible et pressé, du refroidissement des extrémités, tout autant de signes qui révèlent l’anémie grave du blessé par hémothorax abondant et ne laissent que bien peu d'espoir de le sauver. D'autres sont ramassés sur le terrain du combat, ignorant complètement le lieu de leurs blessures ; ils prétendent même respirer librement, n'éprouver aucune douleur, aucune angoisse. Pas d’hémoptysie.
(1) Abréviation de Poste de secours.