D'APRES LES CAUSES DE LA BLESSURE
a) Plaies de poitrine par l'arme blanche
Elles sont de plus en plus rares. Les combats corps à corps à la baïonnette sont, en effet, beaucoup moins fréquents qu’au début de la campagne. Durant les 22 mois de notre séjour dans un bataillon de chasseurs nous n'avons eu à soigner que deux cas de cette catégorie; chez l'un d'eux, l'arme avait
NE
pénétré assez profondément dans le côté de l'hémithorax droit ; la plaie bavait un peu de sang ; l’hémoptysieétait discrète, mais la dyspnée assez violente. La douleur surtout paraissait très aiguë et arrachait des cris au patient. Nous apprenions quelques jours plus tard qu'il avait guéri rapidement sans’ avoir présenté aucune complication. .
Il n’en fut pas de même chez le second qui manifesta trois jours après sa blessure des signes de pleurésie purulente et succomba malgré plusieurs interventions successives.
Le pronostic de ces plaies nous paraît très assombri surtout par le danger de l'infection pleurale, infection difficile à éviter, la graisse d'armes étant, à notre avis, un véritable milieu de cultures microbiennes.
b) Plaies de poitrine par projectiles
Ici nous devons faire des distinctions suivant la
nature même de ces projectiles. ; 2. — D'APRÈS LA NATURE DES PROJECTILES Plaies par balle s
Les accidents de cette nature observés sur le térrain de combat et au poste de secours sont relativement peu fréquents. Comme le disent MM. Thevenot et Dumarest, c’est le type le plus simple et le plus bénin
de la lésion pénétrante de poitrine. Combien-en avonsnous vu de ces blessés, qui s’acheminaient lentement jusqu'à notre abri, à pied, soutenus par leurs camarades où même par leurs propres moyens, pâlis par le shock, crachotant un peu de salive sanguinolente, supportant avec un calme admirable cette blessure tou- Jours si redoutée. La rareté des complications primitives vient de ce que, la balle de l'infanterie étant un projectile petit, régulier, animé d’une très grande vitesse; les dégâts qu'elle occasionne dans le parenchyme pulmonaire sont généralement minimes, même lorsqu'elle le traverse de part en part. La plupart des plaies que nous avons eu à soigner étaient tangentielles; une seule fois, nous avons assisté, impuissant, à l’agonie d’un malheureux dont la base du poumon droit avait été traversé par une balle; il avait été ramené au poste de secours dans un état qui ne paraissait nullement inquiétant, famant une cigarette et narrant son aventure aux brancardiers. Il fut pris de hoquets au moment précis où ceux-ci le soulevaient pour le déshabiller et mourut dix minutes
- plus tard. Nous avons, d’ailleurs, observé depuis chez
un assez grand nombre de blessés de poitrine les terribles conséquences du moindre changement de position. Æ
En général l’hémothorax est peu abondant, le pneumothorax une rareté à peine digne d'être signalée ; les orifices d'entrée et de sortie se refermant immédiatement derrière le projectile.
Un peu de dyspnée, la toux, la douleur thoracique surtout dans les larges inspirations sont les signes
fonctionnels qui accompagnent toute plaie de poitrine, mais qui dans cette catégorie ne sont presque jamais suffisamment accusés pour qu’il soit utile d'y insister ; passons aussi sur le shock, léger du reste, ainsi que sur le pouls précipité, petit mais régulier. On constate de l'élévation thermique, mais il faut attribuer cette fièvre précoce plutôt à l'émotion et aux pérégrinations du blessé qu’à la blessure ellemême, car l’immobilisation immédiate la fait toujours tomber. Nous ne voulons pas parler ici de la courbe thermique qui se manifeste douze à vingt-quatre heures après la blessure et qui dure en moyenne une quinzaine de jours; celle-ci est secondaire et relève probablement d’une poussée pneumonique posttraumatique (1).
La plaie saigne parfois abondamment ; il s’agit de la lésion d’une intercostale ou de la mammaire interne; l'appareil pleuro-pulmonaire ne doit pas être mis en cause. |
Nous laissons, à dessein, toutes les blessures du cœur, du médiastin et de la paroi, ne voulant pas sortir des limites de notre sujet.
En résumé, les plaies de poitrine par balle de fusil et de mitrailleuses donnent très rarement des com-
plications primitives ; les symptômes graves d’inon-
dation pleurale avec décès dans les premières heures sont exceptionnels. Et ceux-ci ne se comptent plus
(1) Les plaies pénétrantes de poitrine par projectile de guerre. Le syndrome hémo-pleuro-pneumonique., M. Piéry. Presse Médicale, 3 juin 1915. |
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