TRAITEMENT
Dans ce chapitre, nous pourrions parler du traitement symptomatique et du traitement curatif. Le premier ne présente rien de particulier chez les malades qui nous intéressent, il est exactement le même que chez les autres prostatiques et consiste dans le drainage de la vessie par sonde à demeure ou cathétérismes. On l’'emploie comme traitement de la rétention ou de l'infection, ou comme décongestionnant pour préparer une opération radicale. Cette thérapeutique rend à ces titres de bons services, mais il est évident qu'elle ne peut rien au point de vue curatif, puisqu'elle ne supprime pas l'obstruction cervicale.
Le traitement curatif, au contraire, doit être étudié plus complètement, parce qu'il est seul le traitement efficace et qu'il présente certains points particuliers.
Nous avons dit, au chapitre de l'anatomie pathologique, que les lésions siégeaient au niveau du col vésical et de la portion sus-montanale de l'urèthre. Il est donc indiqué de faire porter les opérations sur cette région et de lutter contre les deux éléments principaux de l'affection : la rigidité du col et les adénomes. Cette idée n’est d’ailleurs pas neuve ; Mercier, dans la première moitié du siècle dernier, avait inventé un instrument spécial pour détruire les valvules du col ; mais l’insuccès fréquent de ses tentatives fit abandonner les opérations qu'il préconisait ; on ne les reprit que plus tard, lorsque la chirurgie eut bénéficié des progrès scientifiques modernes. Actuellement, à part quelques chirurgiens qui sont abstentionnistes en
présence de « prostatiques sans prostate», on considère ces malades comme justiciables d’une intervention portant sur le col de la vessie et sur la portion sus-montanale de l’urèthre prostatique.
Mais si l’on s'entend en général sur ce point, l’accord est, par contre, loin d'être fait sur la nature de l'intervention à entreprendre ; nous n’entrerons pas dans les détails des discussions sur ce sujet, elles sont trop récentes et ne sont pas encore terminées. En définitive, les chirurgiens ont recours à trois sortes de traitement :
1° Les traitements endo-uréthraux ;
2° Les traitements électriques ;
3° Les traitements vraiment chirurgicaux par voie hypogastrique.
Nous n'avons pas l'intention de passer en revue tous ces modes de traitement, qui ont chacun à leur actif de très beaux résultats, car nous n'avons pas assez de documents pour étudier complèlement chacun d'eux. Aussi, nous bornerons-nous, après avoir dit quelques mots des deux premières méthodes, à l'étude des traitements transvésicaux que nous avons vu employer.
1° TRAITEMENTS ENDO-URETHRAUX
Les traitements endo-uréthraux consistent dans la destruction de l'obstacle cervical par voie endo-uréthrale ; ils ont été les premiers appliqués aux «prostatiques sans prostate ». Peu couronnés de succès d’abord, en raison de l’imperfection des moyens employés, 1ls se sont perfectionnés et jouissent actuellement de la faveur de certains chirurgiens. On utilisait beaucoup, il y à encore peu d'années, l'opération de Bottini-Freudenberg, qui consistait à sectionner, au moyen d'un inciseur spécial, l'obstacle abordé le plus souvent par voie périnéale. De nos
jours, on ne l’emploie plus guère, à cause des inconvénients sérieux qu'elle présente, comme d’ailleurs toutes les opérations du même genre sans contrôle visuel. Les opérations endouréthrales actuelles ont sur les anciennes une énorme supériorité : on ne fait plus de sections aveugles comme autrefois, la cystoscopie et l'uréthroscopie permettent désormais de surveiller les temps de l'opération et de contrôler les résultats obtenus.
L'opération de Young a donné, entre les mains de son auteur, des résultats excellents, dans les cas de petites obstructions prostatiques et de contracture de l’urèthre prostatique ; Young publiait, en 1912, cent observations d’obstruction cervicale traitées ainsi avec succès.
Il y a quelques aanées, Luys a inventé un nouveau procédé, le forage de la prostate qui, d'après lui, est indiqué à la fois en cas de gros adénome prostatique et en cas de petits obstacles cervicaux. Les résultats fournis par Luys sont tout à fait séduisants ; la proportion d'insuccès dans les cas traités est minime, nulle même. Il est difficile, toutefois, de donner un avis sur cette méthode encore bien récente et peu répandue parmi les chirurgiens:
Papin indiquait récemment le traitement employé plusieurs fois par lui, destruction de l'obstacle cervical au galvanocautère sous contrôle uréthroscopique.
Ces opérations sont toutes basées sur le même principe ; seule la technique diffère suivant les auteurs. En général elles donnent de bons résultats, à condition d’être employées par un opérateur familiarisé avec l’endoscopie. Elles ont l'avantage de pouvoir être faites sous anesthésie locale et de ne pas être sanglantes. Bien des chirurgiens les considèrent comme des méthodes d'avenir ; Papin et Verliac écrivaient, en 1920 : « En raison du siège des glandes, il serait possible de traiter par
tion
voie endo-uréthrale le début de i’hypertrophie prostatique si on pouvait la soupçonner assez tôt. » Dernièrement, Papin ayant en vue plus particulièrement les « prostatiques sans prostate », exprimait la même opinion : « [1 nous semble, disait-il, que ces cas assez rares pourraient relever d'un traitement exclusivement endoscopique. Néanmoins, nous ne voudrions pas aller trop loïn dans cette voie. »