A MES PARENTS A MES AMIS A MES MAITRES
QCELQl'ES CONSIDÉRATIONS ^
SCE lES
A PROPOS D’UN CAS DE PHTHISIE AiaJË
EXPOSÉ DE LA QÜESTiOX
Nous avons été appelé dernièrement à donner des soins à un malade que nous avons observé jour par jour, heure par heure, et au lit duquel nous avons pu, grâce aux indications de M. le professeur Peter, observer aussi strictement que le permet la clinique journalière, les variations de la température pariétale. H s’agissait d’une tuberculose à marche extrêmement rapide, mais dans laquelle on pouvait suivre pas à pas la progression de la maladie, et comparer la courbe de la température à la lésion anatomique. On sait combien, depuis quelques années, cette question des températures pariétales est à l’ordre du jour, et aussi combien tous les auteurs qui s’occupent de cette étude regrettent les difficultés pratiques dont est entouré un travail sérieux sur ce sujet. Quelles qu’aient été jusqu’aujourd’hui les conclusions des adversaires de M. Peter, tous ont formulé ce désiratum qu’il faudrait pour arriver, à une certitude, de longues et patientes recherches, des séries d’observ ations analogues, et, pour chacune de ces observations, de nombreuses investigations thermoscopiques. Or personne n’ignore combien il est difficile de pouvoir, à toute heure
de la journée, prendre sur le même malade plusieurs températures successives* C’est contre cet écueil que sont venus se butter les plus consciencieux observateurs, c’est à la difficulté de ces recherches qu’il faut attribuer la pénmâe des travaux parus, depuis trois ans que l’attention du monde médical est éveillée sur ce sujet. Et pourtant on sait combien, dans lemoude médical, la moindre semence germe vite, combien arrivent en foule les travaux affirmatifs ou infinnatifs d’une idée neuve.
Il faudrait, nous dit-on, de longues séries d’observations. Oui certainement, en étjndiant de nombreux malades on arrivera à établir une moyenne d’une valeur indiscutable, mais nous croyons qu’un fait conscienseusement observé, s’il a présenté des caractères bien tranchés qui en font une sorte de type, mérite aussi l’attention, et quelquefois un seul exemple nettement affirmatif vaut bien des séries plus ou moins complètes, plus ou moins sérieusement étudiées. Aussi n’hésitons-nous pas à publier cette observation en la faisant suivre d’une courte revue critique résumant autant que possible l’état de la question.
PllOCEDÉ OPÉRATOIRE
Nous nous sommes servi dans nos recherches du thermomètre à mercure ou à maxima ordinaire pendant les deux premiers jours. Pour les températures suivantes nous avions un instrument analogue mais gradué avec grand soin et à cuvette légèrement aplatie. Hâtons-nous d’ailleurs d’ajouter que nous avons vérifié comparativement ces deux instruments, en les plongeant ensemble dans de l’eau chaude, ou en les mettant successivement, pendant le même temps, dans l’aisselle d’un malade, et que nous avons trouvé leurs indications presqu’identiques, le f premier donnant seulement un dixième de plus que le second.
Depuis qu’on étudie les températures locales, cette question de l’instrument semble avoir joué un grand rôle dans l’esprit des observateurs. Il n’est guère d’auteur parmi ceux que nous aurons à citer qui n’insiste longuement sur l’instrument à employer de préférence. Depuis longtemps déjà on dit que le thermomètre à mercure est absolument insuftisant, que sa sensibilité n’est pas assez parfaite, son emploi entaché de trop de causes d’erreur, que ses points de contact avec les téguments sont trop peu [étendus, etc., et John Simon fit déjà ses recherches avec des appareils thermo-électriques.
Mais outre la difficulté, insurmontable pour le clinicien, de se procurer ces appareils, on peut retourner contre eux toutes les attaques dirigées contre le thermomètre à mercure. Leur sensi-
Mille est trop grande, ils enregistrent, avec des écarts énormes, des différences tellement minimes dans les températures, peuvent se laisser si facilement influencer pat les moindres variations extérieures au malade, que leurs résultats perden t par cela même beaucoup de leur précision. Aussi a-t-on grande tendance à revenir au thermomètre à mercure.
Quant au mode d’emploi de ce dernier, les auteurs ne sont pas non plus d’accord. Faut-il couvrir sa cuvette d’une couche d’ouate? faut-il le maintenir par un [bandage contre la paroi? fautil le chauffer d’abord ? Voilà tout autant de questions longuement discutées et sur lesquelles nous ne voulons pas nous étendre. Contentons-nous de donner les conclusions d’un long travail lu -en 1880 à l’Académie par M. Colin « Il faut, dit-il, de grandes précautions pour mesurer la température de la peau, mais le thermomètre à mercure est parfaitement suffisant, pourvu qu'il soit sensible. Il faut laisser la peau dans l’état où elle est, couverte si elle l’est et comme elle l’est, nue si elle est nue au moment où l’observation doit être faite. » C’est aussi du thermomètre à mercure ordinaire que s’est servi M. Couty (Arch. Phys. 1861). Nous citons de préférence ces deux auteurs parce que leurs recherches sont toutes récentes et que la précision de leur esprit scientifique n’est pas à mettre en doute. Nous avons d’ailleurs employé le thermomètre ordinaire d’après les indications de M. le professeur Peter, et, suivant lui, c’est encore à cet instrument qu’il faut accorder la plus grande confiance.
Nous appliquions la boule du thermomètre sur la paroi et la maintenions fixée par l’extrémité de la lige sur laquelle nous exercions une légère pression. L’instrument était laissé en place 7 minutes exactement. Avant de prendre la température du côté opposé nous le laissions un moment à l’air libre se refroidir, et reprendre le degré de chaleur qu’il avait avant le premier examen ; de même avant de le mettre dans l’aisselle.
Disons de suite que plusieurs fois nous avons à cinq ou dix minutes d’intervalle recommencé de prendre notie série de températures et que nous retrouvions ainsi les mômes chiffres, avec un écart qui n’élait jamais de plus d’un dixiéme. Cette contre-épreuve que nous avons, nous le répétons, renouvelée plus d’une fois nous^semble avoir une grande valeur, et ajouter à la précision de nos recherches.
C’est dans le deuxième espace intercostal, à deux ou trois centimètres du sternum, qu’était placée la boule du thermomètre, sa tige restant maintenue parallèlement à l’espace. Entin l’instrument n’était recouvert, comme nous avons vu que le recommande M. Colin, que par la chemise et la flanelle du malade.
Nous croyons, en nous étant placé dans ces conditions, nous être entouré de toutes les garanties d’exactitude possibles en clinique, et cela surtout parce que dans ces cas, on cherche à obtenir des résultats relatifs, à établir une comparaison entre les températures de chaque paroi thoracique, plutôt qu’à connaître le degré absolu de la chaleur pariétale.
Avant d’entrer dans le vif de notre sujet, adressons tout particulièrement nos remerciements à M. le professeur Péter pour l’empressement qu’il a mis à nous fournir les renseignements dont nous avons eu besoin.
Que M. Raymond reçoive aussi l’expression de toute notre reconnaissance. C’est grâce à lui que nous avons pu suivre notre malade, c’est avec lui que nous avons en partie recueilli notre observation.