HISTORIQUE ET DISCUSSION
Quand M. le professeur Péter est venu le 30 avril 1878 à propos de là pleurésie, et le 10 septembre de la même année à propos de la tuberculose, lire à l’Académie les résultats de ses travaux sur les températures locales, la question était loin d’être neuve, et nous verrons que bien des observateurs avaient déjà dirigé leurs recherches dans ce sens. Mais leurs tentatives avaient été incomplètes, leurs travaux insuffisants, et surtout aucun d’eux n’avait poussé l’esprit de synthèse jusqu’à tirer des conclusions pratiques de ses résultats. Leurs essais étaient restés presqu’ignorés.
Quand il s’agit en toute chose, en médecine peut-être plus qu’ailleurs, d’une idée nouvelle, on voit qu’elle était préparée depuis longtemps , que le courant scientifique en avait déjà facilité l’apparition, que la tendance générale des esprits en avait fait prévoir l’éclosion. Les matériaux s’accumulent peu à peu, à peu près inconscients, jusqu’au jour où un esprit plus audacieux que les autres vient les réunir, les édifier en corps de doctrine, et faire aboutir enfin tous ces sentiers inhabilement tracés à une grande route largement frayée que n’ont plus qu’à suivre les observateurs de l’avenir. Tel fut, dans la question qui nous occupe, le rôle de M, le professeur Péter*
Il fit d’abord, le 50 avril 1878, une première communication dans laquelle il donnait les observations de malades chez lesquels
il ayait étudié la température pariétale dans des cas de pleurésie. Ses conclusions principales étaient les suivantes. 1“ Dans le cas de pleurésie la température locale est toujours plus élevée que la température moyenne qui est de 55,8. L’hyperthermie locale varie de 5 dixièmes à 2“,5 et peut même atteindre 40 degrés.
2" Aussitôt après la ponction d’un épanchement pleurétique la température pariétale du côté ponctionné s’élève d’une façon notable. Nous n’insisterons pas davantage sur ces faits, pour en arriver dê suite à ceux qui nous intéressent plus particulièrement, c’est-à-dire à l’étude des températures locales dans la tuberculose pulmonaire.
Après avoir établi par de longues séries de recherches la température normale des espaces intercostaux qu’il a trouvée inférieure en moyenne d’un degré à la température axillaire, M. le professeur Péter rechercha quelles sont les variations de la température pariétale dans les cas de tuberculose au début ou confirmée. Voici les conclusions de son travail reproduites dans son traité de clinique médicale.
« Dès qu’il existe des tubercules sur un point, la température locale s’y élève. Par exemple, aux cas douteux encoré' de tuberculasition pulmonaire, alors qu’on ne perçoit à l’aide de l’investigation la plus minutieuse, comme la plus persistante, qu’une légère différence dans la tonalité et l’élasticité de la région, que de la sécheresse du murmure vésiculaire avec saccadé respira^ toire ; dans ces cas douteux, dis-jê, le thermomètre révèle déjà une élévation de température qui peut aller de 5 dixièmes dé degré à 1 degré.
Ainsi, la température locale moyenne de là paroi thoracique étant, chez un sujet sain, d’environ 56 degrés (la moyenne que j’ai trouvée chez l’adulte est de 55%8) cèttë température locale devient, âu cas dont jé vous parle, de 36®,5; 56®^4; 36®,5; 36®,
37 degrés.
« Ce n’est pas tout : l’élévation de la température locale est eu général proportionnelle à l’intensité des signes morbides locaux ; c’est-à-dire que si la température est de 36“,5, par exemple, du côté de la poitrine où l’on trouve à peine une légère modification du son et du rhytme respiratoire, il y a quelques dixièmes de degré de plus du côté ou la rudesse respiratoire est très évidente, la saccade nettement accusée, et la matité plus prononcée. Ainsi, on a élévation de 4 à 5 dixièmes de degré seulement du côté où les signes sont très peu marqués; élévation de 6, 7, 8 dixièmes de degré, 1 degré et davantage, là où ils deviennent plus expressifs : parallélisme entre le signe thermique et le signe stéthoscopique ou plessimétrique, entre la température locale et la lésion anatomique. »
Et M. Peter ajoute plus loin :
« La disparité dans l’hyperthermie locale des sommets thoraciques est un des signes les plus probants que je sache de l’existence d’une lésion locale : en effet cette disparité tient nécessairement à des conditions anatomiques et physiologiques, actuellement différentes, de portions ordinairement similaires de l’organisme; donc, par conséquent, la température doit être égale, et s’abaisser ou s’élever simultanément et parallèlement si les modifications de la température sont de cause générale.
« Au contraire, si les chiffres thermiques sont dissemblables pour deux espaces homologues et normalement identiques, c’est évidemment que les conditions thermogènes sont changées, et, dans l’espèce, elles ne peuvent l’être que par la tuberculisation, laquelle se développe presque toujours simultanément aux mêmes points des sommets pulmonaires sans y être habituellement symétrique pour le nombre, la profondeur et l’étendue des lésions — d’où la dissemblance possible de l’hyperthermie trophique ou rayonnante et la disparité corrélative des chiffres thermiques révélateurs.
« J’ajoute cependant que pour permettre de conclure, il taut que cette disparité ne soit pas fugitive, mais constante; il faut aussi qu’elle ne soit pas trop faible (de deux à trois dixièmes de degré par exemple) mais atteigne ou dépasse cinq dixièmes, ainsi qu’elle soit de 0“,5, 0“,7, 1 degré, etc. »
Après avoir établi ces affirmations catégoriques quant à ce qui concerne la tuberculose commençante, M. Peter constate que dans les cas d’hémoptysie, la température pariétale s’élève au moment du crachement de sang, reste plus élevée pendant sa durée, puis s’abaisse après sa terminaison.
De toutes les formes de tuberculose, c’est l’infiltration tuberculeuse fébrile (pneumonie caséeuse de quelques modernes) qui donne les chiffres thermiques locaux les plus élevés, la température pariétale pouvant atteindre 40“,4 ; tandis que la température axillaire n’est que de 39‘’,2.
Dans un cas d’hydropneumothoxax, la température s’éleva d’abord du côté malade pour retomber ensuite à la normale, tandis qu’elle s’élevait davantage du côté opposé.
Enfin en face d’une caverne la température est toujours plus élevée de 1 à 3 degrés qu’à l’état normal.
Une fois ces faits établis, M. le professeur Peter, cherchant à les interpréter, en vint à conclure que toute masse tuberculeuse en pleine évolution devient par sa seule présence un véritable foyer morbide thermogène, que l’accumulation du sang, les combustions plus actives, les échanges moléculaires plus intimes, qui se passent autour du point malade, élèvent sa température, que celte hyperthermie va en rayonnant de proche en proche, échauffant les parties voisines, et qu’enfin elle arrive tout simplement et en vertu des lois de l’équilibre de la température à élever le chiffre thermique général de l’individu : qu’en un mot « ce n’est pas la fièvre qui fait le tubercule, mais le tubercule qui fait la fièvre. »
Tels sont les faits que M. le professeur Peter, avec sa haute compétence, vint présenter à l’académie, poussant du premier coup la question dans ses derniers retranchements, et formulant même d’après ces observations la théorie des foyers morbides thermogènes.
Nous disions il n’y a qu’un instant que la question était pour ainsi dire dans l’air, et qu’en même temps que M. Peter, avant lui même, (et ses premières recherches datent de 1863) d’âütres observateurs s’occupaient de températures locales.
Nous allons rappeler brièvement ces différents travaux en insistant plus particulièrement sur ceux qui ont trait aux températures pariétales dans les affections thoraciques.
Je ne veux faire que citer les principaux travaux des physiologistes qui ont recherché les températures locales soit pour étudier la chaleur en général, soit plus spécialèmént pouf déterminër l’influence du système nerveux sur les phénomènes vasculaires cutanés. Nous ne pouvons ici entrer dans le détail des nombreuses expériences entreprises à ce sujet, cela nous entraînerait bien trop loin dé la question. Qu’il nous suffise de rappeler pour mémoire les travaux de Davy^ Chossat, Becquerel et Breschet, Zimmermann, Demarquay, Nasse, Brown-Sequard, Berthelot, Gavarret, Collin, Couty (1), en appelant plus particulièrement l’attention sur les expériences de Cl. Bernard qui trouva, après la section du grand sympathique au coU, la température de l’oreille chez les lapins dépassant de 5 à 6 degrés celle du côté opposé, et s’élevant même notablement pîUs haut que celle du réctum.
Puisque nous parlons des hyperthermies après section du sympathique, signalons aussi les observations de chirurgiens, PanaSi Verneuil, Sêêligmüller, Eulembourg, les thèses de Poteau,
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i. Voir Indications bibliographiques.
Nicati, qui, chez des malades présentant des paralysies du sympathique, ont cherché les températures locales et trouTé le côté malade plus chaud dans le cas de paralysie, plus froid dans le cas d’irritation que le côté sain.
Ce sont aussi des chirurgiens qui les premiers ont cherché à déterminer les élévations de températures locales dans les cas pathologiques. Au siècle dernier, Hunter cherchait à apprécier l’hyperthermie dans une hydrocèle après ponction et injection irritante. Il trouva une élévation locale de 4 à 5 degrés, mais jamais la température de la poche ne dépassa celle du rectum. Il conclut que « l’inflammation locale a peu d’influence pour élever la température du corps au dessus de la normale ».
Becquerel et Breschet firent les mêmes recherches dans des cas d’adénité aiguë, et arrivèrent aux mêmes résultats.
Plus tard Ëiliroth, et après lui Otto Weber, Hufschmidt,Huppert, reprirent ces expériences et en tirèrent les mêmes conclusions que ces auteurs, c’est-à-dire que l’échauffement produit dans l’organisme, par la température locale ne pouvait pas expliquer la fièvre. « 11 est peu probable, dit Billroth, que dans une plaie ou une partie enflammée il se produit une quantité de chaleur, ayant une influence appréciable au thermomètre sur la calorification de la masse totale du sang. » il pose ces conclusions après avoir rapporté des expériences comme celle-ci. Bans des cas de phlegmon diffus il trouvait dans les incisions 38,8 d’une part, 39,2 de l’autre, alors que la température roctale était chez ses malades 38,9 et 39,3. €es résultats en apparence contradictoires à la vérité physiologique, ou plutôt ces erreurs d’interprétation tiennent à ce que Billroth et les autres auteurs que nous venons de citer, prenaient comparativement la température de plaies dans des points dont ils ne connaissaient pas les moyennes thermiques physiologiques inférieures à eelle du rectum de 4% 3°, pour la cuisse ou le pectoral {Billroth, Hufschmidt), inférieures
même de 10 degi’és pour la tunique vaginale. (Ces chiffres sont établis péremptoirement par les travaux de Gassot, de Colin, de Redard). Or jamais les différences constatées par Hunter ou Billroth n’ont atteint de pareils chiffres, quelquefois même les températures des parties qu’ils explorent ont été égales à celle du rectum, ou même supérieures. Donc ils commettaient une erreur d’interprétation.
D’autre part, les recherches de Marey ont prouvé combien rapidement la circulation fébrilement accélérée opère la diffusion et l’équilibration du calorique entre les organes et le sang et ont par cela même, enlevé beaucoup de leur valeur aux arguments de ces auteurs.
Demarquay entreprit dès 1856, des expériences analogues à celles de Billroth, mais dont il tira des conclusions absolument opposées à celles de cet auteur, admettant que la chaleur locale est la cause de la chaleur générale.
. John Simon, se servant d’appareils thermo-électriques, arrive après une longue série de recherches aux conclusions suivantes :
1“ Le sang artériel arrivant aux parties enflammées est moins chaud que le foyer phlegmasique lui-même.
S'’ Le sang veineux efférent est, il est vrai, moins chaud que le foyer phlegmasique, mais sa température est plus élevée que celle du sang artériel afférent.
Le sang veineux d’un membre enflammé est plus chaud que celui du membre sain correspondant.
Signalons enfin les travaux de Bernhard et Jacobson sur la température des plaies, ceux de Redard sur les arthrites, ces auteurs ayant constaté au niveau des points malades une augmentation notable de la température comparée à celle des parties symétriques saines.
Mais, chose bien plus curieuse, ce n’est pas seulement quand il s’agit d’affections franchement inflammatoires qu’on a une diffé-
rence notable de la température, c’est encure dans des cas de tumeurs ne semblant développer aucune phlegmasie apparente. G’est ainsi que Broca, dès 1861, signalent une hyperthermie locale audessous d’un anévrysme poplité, sans vascularisation cutanée, retrouva une température plus élevée de 0%41 à que du côté opposé. Cauchois dans un cas de sarcôme du bras constate de l’hyperthermie non seulement en face de la tumeur, mais encore dans l’aisselle du même côté,
M. Nicaise signale une température plus élevée de la peau qui recouvre une tumeur fibreuse du tronc. M. Parizot au niveau de la région soulevée par un lipome trouve une différence au moins égale à 3® par comparaison avec les points symétriques. Il constate un écart de 1° à 2® entre un testicule gauche tuberculeux {période des fistules) et la glande droite du même malade parfaitement saine.
Si nous rapprochons ces faits si curieux de ce que nous apprend M. Verneuil : qu’une fièvre plus ou moins intense, plus ou moins prolongée peut naître et durer sous l’influence de néoplasmes simples en apparence, n’offrânt aucune des dégénérescences locales, ni des complications éloignées ou générales, réputées capables d’élever la température, et que le seul remède est l’ablation ; si, disons-nous, nous rapprochons de cette phrase les exemples cités plus haut, nous voici bien près des foyers morbides thermogènes.
Les médecins qui se sont les premiers occupés des températures locales y avaient d’abord été amenés un peu indirectement à la suite des expériences de Bernard sur le sympathique et de la communication de M, Gubler datant déjà de 1838 sur la rougeur de la face dans la pneumonie, c’est-à-dire qu’en prenant des températures locales, ils cherchaient non pas à étudier la marche de la température pour en tirer des conclusions cliniques, mais bien si une température plus élevée indiquait ou non une paralysie vaso-motrice. C’est ainsi que dans certains cas d’affections mé-
dullaiies, Vulpian et Brown-Séquaid, bulbaires ou protubérantielles, Axenfeld, Charcot, PiOutier, Lépine, constatèrent du côté du corps paralysé une élévation thermique constante.
Pourtant, avant ces auteurs que nous venons de citer, quelques rares tentatives isolées avaient déjà été faites dans d’autres cas, Dâvy avait déterminé qu’à l’état normal la température est de 55® aü-dêssüs de l’ombilie 35,7 â rainé etc. Roger avait signalé la température élevée de la bouche dans les stomatites simple et gangréneuse; Monneret, dansTarticle température du compendium dit avoir constaté une élévation thermique de 2® dans un membre atteint de phlébite de la veine fémorale. 11 dit que ces déterminations sont hérissées de difïïcultés et exigent les plus grandes précautions. Depuis lors, Jusqu’à la thèse de Cassot qui date de 1873 nous ne trouvons plus dans les auteurs d’autre indication qui vaille la peine d’être citée que la communication de Brocâ au congrès du Havre (1865) sur la température du cerveau.
Dans sa thèse, M. Gassot inspiré par M. Gubler énumère sans en tirer de conclusion, de nombreuses causes capables d’élever ou d’abaisser les températures locales. Parmi les premières il cite surtout les congestions d’origine nerveuse et inflammatoire, parmi lesquelles il range la pneumonie, la pleurésie, le rhumatisme, la variole, etc., mais sans parler de la tuberculose. De 1875 aussi datent les travaux de Schumacher d’Aix la Chapelle, et de Grey de Brooklyne sur différents cas de températures pariétales prises dans des affections cérébrales.
En 1875 parut la thèse de Jobbé-Duval faite dans le service de M. Peter. L’auteur étudie la température pariétale dans la pleurésie, constatant après la ponction, une élévation du côté malade,un abaissement au contraire après une émission sanguine.
La même année nous trouvons dans la Gazette des hôpitaux un travail de M. Landrieux concernant 14 malades atteints de pneumonie unilatérale. Douze fois il a été constaté une élévation
du côté malade. Dans l’hépatisation grise, la température estégale ou même inférieure à celle du côté opposé. Enfin dans la pneumonie double, l’élévation plus grande en rapport plutôt avec un travail phlegmatique accompli qu’en voie de formation.
En 1876 Cbarteris publie dans The Lancet a cas de phthisie aiguë avec différences notables, d’environ 1° dans les températures axillaires du côté sain et du côté malade; difierences qui ne peuvent, dit-il, exister ni à l’état physiologique ni dans les cas de fièvre typhoïde par exemple, qui pourraient simuler la phthisie aigüe.
En 1876 aussi parut la thèse de Torio qui étudiant comparativement les températures centrale et périphérique dans six cas de pneumonie et huit de pleurésie, prend la chaleur de la main pour type de température périphérique et celle de raisselle pour type de la température centrale- H conclut qu’au début de ces maladies, la température périphérique s’élève beaucoup pour s’abaisser ensuite.
Dans son traité de thermométrie médicale paru la même année, Seguin cite des observations de températures axillaires prises des deux côtés, dans différents cas de phthisie. 11 conclut que dans la phlbisie ce signe doit être recherché quoiqu’il ne lui attribue pas la même importance qu’aux symptômes physiques et à la température générale.
Wegscheider en 1877 et Luigi Cornato publient des travaux dont la conclusion est que la température comparée des deux aisselles n’a pas de signification qui puisse éclairer Le diagnostic dans la pneumonie et la pleurésie.
Enfin nousarrivons en 1878, année ou M- Péter fit l’importanîe communieatio.n que nous avons résumée au commencement de cette revue historique.
Remarquons .qu’avant lui les ohserYateurs dont nous avons parlé, et qui s’étaient occupés de thermométrie comparée dans
les affections thoraciques, n’avaient pris que des températures axillaires, et n’avaient pas cherché à se rapprocher autant que possible du point malade en appliquant directement le thermomètre sur les espaces intercostaux.
Quelques jours encore avant cette communication, le 7 septembre, paraissait dans le Medical Times un travail de Mac Aldowic dans lequel l’auteur, après avoir pris comparativement la température des deux aisselles dans 369 cas de tuberculose, conclut à l’importance de cette recherche au début de la maladie, disant qu’on trouve alors la température plus élevée du côté malade.
La semaine qui suivit la communication de M. Péter à l’académie, le docteur Vidal (d’Hyères) lisait à cette même assemblée une note absolument confirmative des travaux de M. Péter. Il dit que depuis longtemps il cherchait de son côté à établir les différences thermiques des foyers tuberculeux et que toujours il trouvait une température plus élevée du côté malade. Il alla même beaucoup plus loin dans ses affirmations en disant que, le thermomètre en main, on peut dessiner les contours d’une caverne tuberculeuse.
M. E. Michel (de Cauterets) dit dans une lettre à M. Péter que lui aussi avait déjà constaté qu’en auscultant des tuberculeux on trouve souvent des points d’hyperthermie excessive qui pour ainsi dire « brûlent l’oreille ».
Depuis lors nous avons le travail de Von Aurep qui, étudiant la température périphérique dans les maladies du poumon, constate qu’elle s’élève toujours du côté ou existe une poussée inflammatoire, l’inégalité variant entre 0°,’5 et avec le point symétrique. Mais cet auteur constate que la température est plus basse en face d’une caverne.
Deux élèves de M. Péter, MM. Bagueris et Forest choisirent, le premier en 1879, le second en 1880, l’étude des températures
locales comme sujet de leurs thèses inaugurales; tous deux publient de très intéressantes obserrations, et tous deux arrivent aux mêmes conclusions que leur maître. Leurs travaux confirmatifs de celui de M. le professeur Péter tendent surtout à affirmer la valeur pratique et clinique de la thermoscopie pariétale, alors qu’au début de la phthisie, le diagnostic est incertain entre la chlorose et la tuberculisation pulmonaire. S’il s’agit de chlorose, la température reste toujours égale ou inférieure à la normale, si au contraire c’est à des tubercules qu’on a affaire, il y a hyperthermie.
Enfin disons que nous tenons d’une communication orale de notre excellent collègue et ami M. Redard, que ses conclusions, quant à ce qui concerne la thermométrie pariétale dans la phthisie, conclusions qui doivent paraître dans un travail d’ensemble sur les températures locales, sont celles-ci: dans la tuberculose au début, dans les phthisies congestives à marche rapide, on trouve une hyperthermie locale du côté le plus malade, mais s’il s’agit de phthisie chronique, les résultats obtenus sont tellement incertains qu’ils ne peuvent être pris en sérieuse considération pour établir un diagnostic.
Le 7 février 1880, M. Lépine de Lyon lut à la Société de Biologie un travail sur les températures locales chez les phthisie ques. M. Lépine, et après lui son élève F. Bréhion, reconnaîtbien que du côté où existe une congestion pulmonaire, tuberculeuse ou autre, il y a augmentation de la température localé, mais que cette hyperthermie, n’est pas limitée aux peints de la peau les plus voisins de l’altération pulmonaire, qu’elle existe aussi bien sur toute la pai’oi thoracique, dans l’aisselle du même côté, à la face, au bras. Cette augmentation de chaleur est plus considérable du côté ou la lésion est de date plus récente, ce qui tient vraisemblablement à ce que la congestion y est plus intense. De là M. Lépine conclut que si le fait signalé par M. Péter est exact, son
interprétation est fausse, et qu’il s’agit là, non de foyers morbides thermogènes, mais d’une action réflexe Yaso-motriee qui dilate tous les vaisseaux du côté malade-
M. Lereboullet publia en 187Sun mémoire tendant à iMrmer les conclusions de M. Péter. Il fit prendre dans son service de nombreuses températures par ses élèves, et crut pouvoir affirmer que physiologiquement il existe des différences notables entre les températures pariétales dés différents sujets, et mieux eneorê entre lés températures du 2* espace droit et gauche d’uîi même individu. Suivant lui il y aurait physiologiquement une différ^ice de S à 4 dixièmes en faveur du sommet droit. Nous u’avons trouvé celte affirmation vérifiée par àueun auteur. Elle en désaccord avec les chiffres de MM. Péter et Eagneris. Nous mêmes, avons chez plusieurs individus sains cherché à vérifier ce ; ff|t sans Jamais rencontrer de différenæs de plus de 4 à 2 dixième^, et au préjudice tantôt d’un sommet, tantôt de l’autre.
Puis M. Lereboullet donne des séries de températures pris^ sur des tuberculeux chroniques à la même heure et à des Jours différents, et il constate entre ces température des écarts de quelques dixièmes. Il nous semble que ces démenslrationsne sont pas bien concluantes, d’abord parcequ’il s’a^jtde tuberculeux chroniques, ensuite parce que M. Lereboullet ne nous donne pas en mémê temps les températures axillaires, de sorte qiae nous ne pouvons pas savoir si les légères variations constatées dans les températures pariétales n’étaient pas la conséquence d’écarts analogues* dans la température centrale.
^uoî de plus démonstratifs d’ailleurs que cm-tains chiffres de M. Lereboullet en faveur de rhyperthèrmie locale des tubercul^ix Nbns ne pouvons résister au désir de citer une observation de cet auteur. H s’agissait d’un malade ayant des lésions bten plus avam eêes au sommet gauche qu’au droit.
Jours.
Heures.
Soin..Gau£he.
IhBit.
1" octobre.
soir
2 octobre. |
3 octobre. ]
C’est-à-dire que toujours, sauf une fois, il y a hyperthermie à gauche, du côté ou les lésions sont plus avancées, alors que M, lÆreboullet vient de nous apprendre que le sommet droit était physiologiquement plus chaud que le gauche.
Nous comprenons difficilement comment après une observation comme celle-là l’auteur peut arriver à ces conclusions : a Le thermomètre ordinaire est insuffisant pour mesurer les tem- « pératures locales. »
« Chez un tuberculeux, bien que semblant plus élevée que «É chez un individu sain, la température locale ne dépasse jamais « l’axillaire et est très variable, non seulement d’individu à indi- « vidu, mais chez le même à quelques heures d’intervalle. »
D’ailleurs, dans un second travail publié en 1880, M. Lereboullet paraît avoir un peu abandonné de la rigidité de ses premières conclusions. U dit que chez les tuberculeux, les chlorotiques^ les arthritiques, la température thoracique est plus élevée que normalement, mais qu’on trouve la même élévation qu’au bras et à l’aissellé du même côté. D voit là des variations dues plutôt à des perturbations vaso-motrices qu’à la proximité dé foyers thermiques. Ainsi il semble en dernier lieu se ranger à à l’opinion de M. Lépine.
En résuftié nous voyons que si quelques auteurs s’étaiént d’abord élevé catégoriquement contre les affirmations de
M. Péter, aujourd’hui on n’est plus guère divisé que dans l’interprétation des phénomènes. Pour M. Péter il s’agit là de foyers morbides thermogènes jouant le rôle de sources de chaleur, agissant par continuité de tissus sur les parties avoisinantes et élevant leur température, tandis que ses adversaires invoquent l’action du système nerveux vaso-moteur, la lésion pulmonaire amenant par voie réflexe une dilatation du système vasculaire, et une élévation thermique analogue à celle qu’on observe après la section du grand sympathique.
Quand les chirurgiens ont trouvé une température plus élevée en face d’une arthrite ou d’un sarcome, il n’ont pas songé à invoquer une action vaso-motrice pour expliquer la chaleur de la peau à ce niveau, ils l’ont attribuée tout simplement à la propagation de la chaleur profonde. Ce sera alors une différence de quelques millimètres dans l’épaisseur des tissus qui séparent la boule du thermomètre du foyer morbide, qui pourra renverser complètement la pathogénie du symptôme, et faire que ce qui est ici une propagation directe soit là une action réflexe vaso-motrice.
En effet on ne nous dira pas que le travail inflammatoire est moindre dans un point du poumon siège de poussés tuberculeuses aiguës que dans un sarcome à marche certainement beaucoup plus lente. Et ici je ne préjuge en rien de la cause de la chaleur plus grande au niveau de ces tissus malades: stase vasculaire, échanges nutritifs plus actifs, peu importe la théorie, ce que je tiens à constater c’est la chaleur plus grande, et je suis bien persuadé que si on pouvait plonger une aiguille thermo-électrique dans un poumon congestionné, hémoplysique, farci de granulations tuberculeuses on lui trouverait certainement une température plus élevée qu’à un sarcome, un lipome ou à une tumeur fibreuse.
La paralysie vaso-motrice a d'ailleurs d’autres signes que la chaleur plus grande; rougeur des téguments, dilatation de la
pupille, œdèmes, phlegmasies cutanées, sueurs locales, Itous symptômes qu’on ne constate pas au début de la tuberculose, et surtout si l’un d’eux existe comme la rougeur [des pommettes, il n’est pas unilatéral. Il est très bien de dire qu’il s’agit d’une paralysie réflexe vaso-motrice mais encore faut-il le prouver, et si le fait existait, la preuve serait bien facile à faire par la présence d’un de ces symptômes qu’on devrait rencontrer et qui seraient si faciles à signaler.