‹ Quelques considérations sur les températures pariétales. A propos d'un cas de phtisie aiguëChapitre 5 sur 8 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

Le malade, M. X... qui fait le sujet de dette observation ne présente comme antécédents de famille rien de bien particulier à signaler. Son père est d’une bonne santé habituelle, sa mère soufre depuis longtemps de rhumatismes chroniques. Chez eux pas trace de scrofule.

Un frère et une sœur sont délicats, mais non malades.

M. X..., âgé de trente-six ans, est d’apparence chétive, jamais sa santé h’a été bonne, surtout depuis l’âge de vingt ans, où il vint à Paris faire son droit, et, disent ses parents, mena une vie peu régulière ; souvent il souffrait de la gorge, avait des extinctions de voix, à la moindre variation de température il s’enrhumait. Ces accidents se sont surtout accusés après la campagne de 1870 qu’il fit tout entière à l’armée de l’Est.

Un an avant son mariage qui eut lieu il y a sept ans, il eut à trois reprises différentes des épistaxis très abondantes.

Quelques temps après, étant aux Eaux-Bonnes pour sa laryngite, à son troisième bain il fut pris d’une hémoptysie qu’il évalue à environ un verre de sang. Depuis lors, il passa tous ses étés dans son pays, la Nièvre, et alla pendant l’hiver habiter successivement les stations suivantes : Cauterets, La Bourboule, et enfin Cannes ces deux dernières années.

M. Raymond le soigne depuis 1875. Quand ce malade vint le voir pour la première fois il présentait des signes non douteux de tuberculose au second degré, limités seulement au sommet gauche qui était le siège de craquements et de râles humides. Le poumon droit était en apparence absolument indemne. En outre M. X..., souffrait depuis quelques mois d’une fistule à l’anus et de tubercules suppurés du testicule.

Malgré ces symptômes graves, son état alla en s’améliorant grâce à une excellente hygiène et à un traitement arsenical ; et quelques jours avant son dernier accident, il avait, depuis 1875, engi'aissé de 45 livres, et on ne trouvait plus au sommet droit que quelques rares craquements, del’expiration saccadée, 3t de la submatilé.

Le dimanche 10 octobre, après avoir passé déjà quatre jours à Paris sans que rien dans son état de santé pût faire prévoir ce qui allait arriver, ce dimanche

donc, il alla passer une grande partie de son après-diner dans une salle de théâtre où il faisait, paraît-il, très chaud. Cette grande chaleur rincommoda beaucoup, ü eut quelques petits accès de toux, et en sortant il fut pris de froid. Pourtant le reste de la journée se passa à peu près bien, sans malaise ; quand à dix heures du soir, il fut réveillé brusquement par une quinte de toux suivie immédiatement d’une hémoptysie très abondante.

Un médecin appelé en toute hâte prescrivit du seigle ergoté et de l’extrait thébaïque.

M. Raymond, qui vit le malade quelque heures plus tard, constata dans toute la hauteur du poumon gauche de nombreux râles sibilants, rien absolument à droite.

11 octobre. — La journée et la nuit du lundi se passèrent sans accident. Les râles avaient diminué de nombre et d’intensité, mais étaient toujours abondants

12 octobre. — Le commencement de la journée fut aussi très calme, mais le soir, il y avait de la fièvre, un peu d’agitation, et un redoublement d’intensité dans les bruits sibilants et ronflants du côté gauche. Le malade avait été tenu à la diète, il prenait de la glace, et d’heure en heure une cuillerée d’une potion à l’ergotine. .

A une heure du matin survint une nouvelle hémoptysie, et une autre à quatre heures, très abondantes toutes deux, évaluées par M. Raymond à environ un litre de sang.

Même traitement, sinapismes, glace, sulfate de quinine.

15 octobre. — Journée assez tranquille, mais vers cinq heures du soir agitation, mouvement fébriles, quintes de toux plus fréquentes avec expectoration de sang noir coagulé, et nombreux râles sibilants sous la clavicule. Nous n’auscultons pas le malade en aarière, mais rien en avant à droite. Injection d’une seringue de Pravan d’ergotine -Yvou. Bientôt ces symptômes disparaissent l’agitation cesse, les râles diminuent, le pouls qui était monté à 120 tombe à 90, et le malade sommeille tranquillement.

Vers minuit, nouvelle agitation, nouvelle poussée de râles, anxiété, sensation de poids dans le côté gauche. Glace, citron, sinapismes sur les jambes. De nouvaau encore ces symptômes s’amendent, quand, à six heures du matin M. X... crache environ un litre de sang. Après cette hémoptysie, sa faiblesse est extrême, les extrémités sont froides, les lèvres bleues. Nouvelle injection* d’ergotine, alcool, acétate d’ammoniaque, on couvre le malade de sinapismes, on l’entoure de linges chauds. Peu à peu la tendance syncopale disparaît, les forces reviennent, le pouls qui était filiforme, incomptable, se remonte légèrement. Nombreux râles en avant et à gauche, toujours rien à droite.

14 octobre. — La journée ri’est pas trop mauvaise elle se passe à peu près comme celle d’hier, avec quelques alertes, oppression, râles plus nombreux, mouvement fébrile, qui cédaient à l’application de sinapismes et à l’administration de glace. Le malade prend du bouillon et des grogs glacés.

M. le professeur Peter appelé en consultation voit le malade à quatre heures. L’examen de la poitrine donne alors : à la percussion submatité en avant à

gauche, à l’auscultation nombreux râles sibilants et ronflants dans tout le côté «auche et à la base droite. Le pouls, tout en étant très dépressible a repris un peu d’ampleur,

M. Peter nous conseille alors de prendre parallèlement les températures pariétales gauche et droite.

Voici les résultats du premier examen :

Température axillaire 58; pariétale gauche 58; droite 57,5.

Même traitement interne, ergot de seigle, sulfate de quinine, etc., mais application d’un grand vésicatoire en arrière sur le côté gauche de la poitrine.

15 octobre. — La nuit a été relativement bonne, le malade a sommeillé, s’est réveillé une fois à minuit avec de l’agitationi. Le matin il se trouve très soulagé, respire plus facilement, n’éprouve plus cette sensation d’angoisse extrême qui le tourmentait ces jours passés.

A neuf heures du matin. — Température axillaire 57,4 ; pariétale gauche 5&,2 ; droite 56,5.

A l’ausculation il n’y a plus que quelques râles sibilants disséminés, le murmure vésiculaire s’fentend partout normal en arrière ; en avant seulement, quelques gros râles muqueux et de l’expiration prolongée et rude. Plus de râles sibilants à droite.

A partir de midi un peu d’agitation, nausées, quelques vomissements ; vers quatre heures les râles sibilants reparaissent de nouveau en avant et à gauche.

A quatre heures. — Température axillaire ; 57,6 ; pariétale droite 58,2; gau- . che57,7.

M. Peter avait conseillé de suspendre tout traitement, mais en présence de cette nouvelle poussée congestive un'nouveau vésicatoire est appliqué au creux épigastrique, l’ergotine, le sulfate de quinine sont repris, des sinapismes sont appliqués sur les jambes.

La nuit est très calme ; à neuf heures du soir les râles sibilants ont disparu; le malade sommeille.

16 octobre. — Depuis huit heures du matin, heure où M. X.., s’est réveillé,

il v a encore de l’agitation, de l’anxiété. Il est tourmenté par une petite toux incessante. Râles sibilants plus abondants qu’hier. ,

A neuf heures et demie. — ■ Température axillaire 59 ; pariétale gauche 59,1 ; droite 58,5. •

■ Les mêmes symptômes persistent toute la matinée avec quelques oscillations én mieux ou en pire. ' ,

A une heure et demie de l’âprès-midi. — Hémoptysie d’environ un verre de sang. •

A deux heures. — Température-axillaire 59,5 ; rectale40,4; pariétale gauche 59 ; droite 58,2 ; pouls 150.

Très nombreux râles sibilants et muqueux. Agitation extrême, anxiété, sueurs froides lipotyraie. Même traitement que pour la dernière hémoptysie, acétate d’ammoniaque, alcool, linges chauds, sinapismes.

3 heures. Température axillaire 38,6.

4 heures. — Température axillaire 59,7.

L’éta! de grande faiblesse du malade ne permet pas de prendre les température pariétales ; mais en présence de l’élévation considérable de la température axillaire, du nombre de râles sibilants, de leur apparition à droite, on applique sur le derrière de la poitrine quarante ventouses sèches et on donne au malade 30 gouttes de'teinture de digitale.

Les ventouses ont amené un mieux être très sensible, la respiration est devenu plus facile, le pouls s’est relevé, les râles ont diminué à gauche et disparu à droite, mais M. X... est tourmenté par une petite toux incessante.

5 heures. — Température axillaire 57,2.

8 heures. — ■ — — 58,8

9 heures. — — — 58,4, glace à l’intérieur.

La nuit a été très calme, le malade a sommeillé presque continuellement, mais avec cauchemars et réveils en sursaut.

La température prise à minuit a été de 58,5. dans l’aisselle 37,2 à gauche, 57,4 à droite.

5 heures matin. — Température axillaire 58,5;.

17 octobre. — L’état général est relativement satisfaisant, le malade a pris un peu de bouillon et de vin, il se trouve beaucoup mieux.

Onze heures matin-Température axillaire 58,3.

Deux heures. — Température axillaire 58,4.

A l’auscultation on a du côté gauche quelque gros râles disséminés, mais le murmure vésiculaire, a repris partout et n’est plus masqué ^par les sibilances qui pourtant se font entendre du haut en bas. A droite quelques râles sibilants disséminés.

Il est bien entendu que toujours, quand nous parlons d’auscultation, nous évitons àdessein, pour ne pas faire de redites inutiles de parler des craquements humides du sommet gauche qui s’entendent toujours de la même façon.

Vers trois heures survient un peu d’agitation avec quintes de toux et expectoration de deux ou trois crachats sanglants. Ces symptômes sont combattus par les mêmes moyens. Depuis hier le sulfate de quinine a été remplacé par lebrornhydrate de quinine mieux toléré par l’estomac.

. 5 heures. — Température axillaire37,8 ; pariétale gauche 37,5; droite 5&,6.

Cn peu après sommeil entrecoupé de rêves et de réveils en sursaut, puis à quatre heures le malade est réveillé brusquement par une nouvelle hémoptysie d’environ un grand verre de sang. Même traitement, nouvelle apuücatiou de ventouses.

Après ce dernier crachement de sang, l’abattement de .M. X... est très grand, il est plongé dans une sorte de stupeur, s’occupe à peine de ce qui se passer autour de lui ; les veux sont ternes, la face pâle couverte de sueur, le pouls extrêmement fâibl ...ou, dépressible. A l’auscultation on entend de nouveau de nombreux râ iu côté gauche. De temps en temps on lui fait prendre une gorgée d cognac.

Dix lieures. — Soubresauts des tendons, carphologie, pouls de plus en plus

faible, presqii'insensible, râles trachéaux, tendance au l’efroidissernent. Je fais alors coup sur coup deux piqûres d’éther d’une seringue chacune, suivies presqu’aussitôt de deux autres. Le pouls ne tarde pas à se relever et à prendre de l’ampleur, le malade semble .renaître ; il demande à boire. On lui donne du vin de cannelle et du rhum. De demi-heure en demi-heure je fais une injection d’éther en même temps que le malade prend du consommé par cuillerées et de la potion cordiale.

Peu à peu les forces renaissent, la respiration devient plus facile, les râles trachéaux disparaissent et nous arrivons ainsi jusqu’au matin.

18 octobre. — Huit heures matin. Température axillaire 57,2 ; pariétale gauche 56,8 ; droite 56,9.

A onze heures M. Peter ordonne un nouveau vésicatoire qui est appliqué à la face interne de la cuisse gauche. On continue le bromhydrate de quinine 0,20 centigrammes tous les quatre heures.

A onze heures. —Température axillaire 58,5.

A trois heures. — Température axillaire 58,4.

A l’ausculation mêmes signes qu’hier matin.

A quatre heures. — Agitation, oppression, de nombreux râles.

Température axillaire 56,8; pariétale gauche 57,5; droite 56,5.

Sinapismes, glace, vingt ventouses. A six heures, ces symptômes inquiétants ont disparu.

A huit heures. — Température axillaire 58,2 ; pariétale gauche 57; droite 37.

A minuit le malade sommeillait assez tranquillement, le pouls était bon, mais pourtant les pommettes étaient très colorées, et à la palpation, malgré une sueur assez abondante, on pouvait sentir la peau chaude, quand il est réveillé par une nouvelle hémoptysie d’environ deux tiers de litre de sang, à la suite de laquelle nous croyons qu’il va succomber tant la respiration est pénible, la trachée étant encombrée de sang, tant le pouls est de nouveau comme hier petit, fuyant, irrégulier.

Nous faisons coup sur coup huit injections d’éther, et de nouveau la jpeau redevient moite, le pouls plus ample et régulier. Le malade prend environ 100 grammes de cognac et s’endort d’un sommeil d’abord très agité, mais de plus en plus calme, toujours pourtant avec soubresauts, réveils brusques, plaintes et gros râles trachéaux.

19 octobre. — 6 heures du matin. Température] axillaire 37,2 pariétale gauche 37,6; droite 36,9.

A ce moment l’agitation était plus grande.

A huit heures. — Température axillaire 37,3; pariétale gauche 36,5* droite 36,2.

Peu de râles dans la poitrine. Injection de morphine.

La journée se passe assez bien, M. X... prend un peu de nourriture. A six heures du ^ir légère dyspnée, chaleur à la face.

Température axillaire 38,4 ; pariétale gauche 58,2 ; droite 38,3.

La nuit est assez bonne.

20 octobre. — Quatre heures du matin. Un peu d’agitation.

Température axillaire 59,2 ; pariétale gauche 38,5; droite 57,8.

A midi. — Température axillaire 58,6 ; pariétale gauche 58,2 ; droite 58,4.

A quatre heures du soir. — Températureaxillaire58,6 ; pariétale gauche 56,8; droite 57.

Depuis ce matin il y a autant de râles sibilants à droite qu’à jgauche, et en outre, il semble que derrière eux on saisit au sommet quelques craquements fins. L’état général du malade est assez bon, en ce sens que sa peau est moite, qu’il [a recouvré toute sa connaissance, que le pouls est bien plein, tout en étant très dépressible. Mais les pommettes sont toujours très colorées et la res" piration très courte.

A cinq heures le malade s’assied brusquement sur son lit. Je vais, dit-il, encore cracher du sang, mais cette fois il vient du côté droit. A peine a-t-il achevé qu’il est pris d’une hémoptysie de trois grands verres de sang. Faiblesse extrêne. Pourtant après]deux injections d’éther, il se trouve mieux, et nous répète encore qu’il est sûr que le sang est venu du poumon droit.

Très nombreux râles des deux côtés droit et gauche.

M. X... s’endort vers sept heures d’un sommeil agité qui dure toute la nuit. Rêvasseries. Soubresauts des tendons.

21 octobre. — Huit heures du matin. Températuro axillaire 56,8 ; pariétale gauche 36,5 ; droite 37,6.

Les craquements au sommet du poumon droit sont devenus très manifestes plus fins, mais aussi nombreux et dans une zone aussi étendue qu’à gauche.

A trois heures. — Température axillaire 38,6 ; pariétale gauche 37,4 ; droite 37,5.

Sept heures dusoir. — Température axillaire 58,6; pariétale gauche 57,5; droite 37,7.

A huit heures du soir. — Quelques crachats fortement colorés en rouge. Nombreux râles en avant aux deux sommets.

22 octobre. — Sept heures du matin. Température axillaire 37,4 ; pariétale gauche 36,4 ; droite 36,8.

A neuf heures. — Il se fait une assez forte poussée congestive : toux, agitation, dyspnée, nombreux râles des deux côtés. Le malade se plaint de trop de fatigue quand je veux prendre sa température. Injection avec moitié de la seringue de Pravaz d’ergotine Yvon et moitié de solution de morphine à 1 p. 50. Au bout de quelques minutes il dormait, et une demi heure après les râles avaient disparu.

A midi. —Température axillaire 38; pariétale gauche 37,5; droite 37,5,

Cinq heures. — Température axillaire 37,4; pariétale gauche 36,8; droite 36,6.

23 octobre. — A trois heures et demie du matin, en se réveülant d’un sommeil pénible, hémorrhagie de deux verres de sang environ. Le sang des deux dernières hémoptysies est très rouge, rutilant, bien plus liquide qu’au début de la maladie et ne se prend en caillots que longtemps après l’hémoptysie.

Très nombreux râles sibilants et craquement des deux côtés.

A dater de ce jour notre extrême fatigue nous force à quitter le malade et nous ne pouvons plus continuer à suivre d’aussi près les détails de son observation. Mais notre ami le docteur Colson qui continua à le voir plusieurs fois par jour voulut bien prendre les températures locales que nous ne transcrivons ; pas ici, elles sont figurées dans la courbe.

Il n’y eu plus de nouvelle hémoptysie.

Pendant trois jours encore le poumon droit sembla seul être le siège de poussées tuberculeuses. Les craquements s’y faisaient entendre de plus en plus gros et abondants, et gagnaient de plus en plus de haut en bas, tandis qu’à gauche les signes physiques restaient à peu de chose près les mêmes. Des deux côtés il y avait moins de râles sibilants que pendant la période hémoptoïque, mais pourtant plus à droite qu’à gauche.

A partir du 27 octobre : craquements humides et râles muqueux du haut en bas ^es deux poumons. Le malade ne peut plus prendre aucune nourriture, sa toux est incessante. Les crachats muco-purulents très abondants, la respiration fréquente et superficielle. Enfin il succomba dans la soirée du 30 octobre sans avoir présenté d’autres nouveaux signes que ceux d’une tuberculose généralisée à la totalité des poumons.

li’autopsie n’a pu être faite.

Fotcî, résumées en tableau les différentes températures observées chez notre malade.

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PAPn5TAI.ES j

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