DU JOURNALISME CANADIEN ET DE LA LANGUE FRANÇAISE
La mission du journalisme dans notre province semble être mal comprise ou méconnue par un bon nombre d'écrivains.
Celui qui se pose devant le public, qui entreprend de diriger l'opinion du peuple, assume cependant une grave responsabilité.
Il peut rendre de grands services à ses compatriotes en les éclairant sur leurs véritables intérêts, comme aussi leur causer
des maux incalculables, s'il ne possède pas lui-même les connaissances et la rectitude d'esprit indispensables à tout homme qui veut édifier, au moyen de la pensée et de l'opinion publique, quelque chose de durable et digne d'admiration.
Créer un courant quelconque dans l'opinion publique et s'en faire son porte-voix, ne requièrent pas un grand effort d'intelligence; mais celui qui comprend sa mission et a à cœur les véritables intérêts du peuple, envisage les choses à un point de vue plus élevé.
Si nous voyons tant d'indignes combattants envahir l'arène du journalisme où ne devraient pénétrer que les âmes d'élite, que des athlètes sincères et qualifiés, cela est dû au mépris de cette morale publique, ou à l'absence de cette conviction de responsabilité vis-à-vis la société.
Chaque année surgit de nos hautes écoles une pléiade déjeunes gens en quête d'états et de positions qui deviennent de plus en plus rares. Plusieurs d'entre eux, après avoir essayé un peu de tout, se jettent, en désespoir de cause, dans le journalisme qu'ils considèrent comme une planche de salut ou un marche-pied pour parvenir.
Si, au moins, après être sortis du collège, ils avaient agrandi le cercle de leurs connaissances par de nouvelles et fortes études ; s'ils avaient complété l'ébauche du cours collégial, bien élaborée si vous voulez, mais insuffisante et propre qu'à certains états, ce ne serait qu'un demi-mal d'avoir embrassé une carrière par déjà trop encombrée. Mais le plus souvent, ayant quitté les classes sous l'impression que leurs études sont finies, ils
n'ont rien fait de plus depuis. Ajoutez à cela la nécessité, l'amour du gain et la passion d'arriver vite, et l'on ne sera pas surpris des abus et des faiblesses qu'on a maintes fois reprochés au journaliste canadien ; l'on n'aura pas lieu d'être étonne dis-je, si. le plus souvent, l'art est néglige, si on substitue l'illusion à la substance et le faux à la réalité.
Sans doute il y a parmi nous des écrivains dont le savoir et la connaissance de l'art sont à la hauteur de la conscience, des écrivains de mérite, qui honorent la presse et en soutiennent la dignité. Certes, nous serions bien à plaindre s'il en était autrement, et mieux vaudrait renoncer tout de suite à l'espoir de jamais devenir un grand peuple.
Dieu merci, nous commençons à avoir des journaux bien rédigés, et nous ne sommes plus dans l'obligation de recourir aux publications anglaises pour nous instruire et nous renseigner. On a tant parlé de nos vertus et de nos défauts depuis ces dernières années, on a si souvent signalé les écarts et le manque de tact de notre presse, qu'il y a eu forcément amélioration et progrès quelque part.