MESURES A PRENDRE
Sur environ 600 combattants 140 furent évacués, c'est-à-dire près du quart de notre bataillon.
La maladie est plus meurtrière que la guerre il est donc de tout intérêt de perfectionner le service de santé avec autant de soin que les armes à feu. L’épidémie dont nous avons décrit la marche dans une cellule de l’armée fut générale de la mer aux Vosges et menaça nos eflectifs au point de déterminer une crise sérieuse. Nous croyons qu’il est indispensable pour assurer des mesures de prophylaxie convenable de ne pas s’en tenir aux saintes circulaires.
Le'tonneau d’eau javellisée dont nous contions plus haut l’héroïque carrière est une preuve de l'inefficacité de certaines instructions : |
On doit prévoir pour les troupes en campagne une eau potable et agréable. Dans le bois de Cheppy les Allemands buvaient uniquement de l’eau minérale qui leur était donnée dans des bouteilles soigneusement cachetées.
Nous pouvons sans faire exactement comme nos : ennemis obtenir d’aussi bon résultats :
1° En javellissant l’eau de boisson.
2° En y introduisant une certaine quantité de gly-
— 24 pe zine ou d’un corps analogue qui la rendra buvable.
Les poètes ont chanté le vin de France qui soutenait le moral du poilu et chassait l’odieux cafard.
Sapeur, ton cœur il ne faut pas L'interroger à chaque pas, Lampe dans l'ombre un quart de vin, Le reste en vain.
Il faudrait aussi non pas chanter en vers évidemment mais célébrer, aux soldats, les bienfaits de l’eau stérilisée buvable. L'éducation du soldat pour les gaz asphyxiants a donné de bons résultats. Les conférences sur ces gaz étaient nombreuses et très répétées, elles indiquaient les dangers des vagues délétères et les avantages du masque quisupprimait tous ces dangers. Le soldat soignait son masque et s’exerçait à le mettre rapidement. /
Pourquoi ne pas en faire autant pour les maladies contagieuses, indiquer leur mode de transmission, la mortalité nombreuse et la manière de s’en préserver.
Nous sommes convaincus, la crainte étant toujours le commencement de la sagesse, qu'une instruction ainsi comprise donnerait d'excellents résultats.
Dans les voitures médicales où se rencontrent à coté de trousses parfaites des instruments préhistoriques il serait bon de faire quelques remplacements. | Mettre dans un des paniers, par exemple, une boîte
contenant produits et appareils suffisants pour déterminer la quantité de chloreà mettre dans l’eau pour
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la stériliser. Au 71° Régiment le D' Grenié réalisa de sa propre initiative une boîte de genre et dont voici la composition :
1° Six fioles de 150 grammes portant un trait de lime à 100 grammes ;
2° Üne boîte métallique contenant de la poudre d’amidon, des comprimés d'iodure de potassium, et un compte-gouttes ;
3° Dans la première fiole se trouve Feau de Javel très diluée.
Dans la deuxième l’amidon cuit (empois)
Dans la troisième un comprimé d’'IK dans de l’eau.
Dans les trois flacons 100 grammes de l’eau à
Javelliser.
Fonctionnement.— Versez une goutte d’eau de Javel
- dans le flacon 4, 2 gouttes dans le flacon 5, 3 gouttes dans le flacon 6. Laissez agir vingt minutes.
Le chlore brûle la matière organique inerte ou vivante. Après les vingt minntes verser quelques gouttes de la solution de KI, et un peu d’empois d’amidon cut,
S’il y a excès de chlore dans le flacon 6 par exemple une partie du chlore n’est pas combiné à la matière organique, ce chlore agit sur le KI, déplace l’iode qui colore en bleu l’amidon.
Dans ce cas on conclut qu'il y a lieu de mettre deux gouttes, environ de la solution d’eau de Javel
employée pour détruire la matière organique dans
100 grammes d’eau.
Ce procédé n’est pas d’une exactitude scientifique rigoureuse ce n’est qu’une approximation qui donne aux médecins de troupes toujours livrés à eux-mêmes le moyen d'obtenir une eau buvable sans javellisa
tion excessive.
Une autre mesure à prendre est d'augmenter la ration de savon du soldat afin de lui permettre de se
laver fréquemment les mains.
Le soldat, quoiqu'on ait dit, n’est pas sale par goût, il préfère la propreté, seulement donnez-lui les moyens de se nettoyer. Finissons avec ces vieux usages qui veulent que le soldat sacrifie encore à son pays son argent avec son temps et sa vie.
Il faut assurer aux militaires une existence confortable qui ne les obligent pas à puiser — chose qu'ils font toujours avec regret — dans leur bourse pour l'achat d'objets de toilette.
Un autre point important dans la prophylaxie de la fièvre typhoïde est l’organisation des W.-C. En 1914 on ne s’en occupait pas, aussi les sources de
contagion se rencontraient à chaque pas, par la
suite en 1915-1916 ce service fut très organisé et la désinfection au chlorure de chaux ou au crésyl put se faire régulièrement.
Les médecins chefs de régiment qui connaissent la vie du troupier seraient utilement consultés sur la réorganisation du service de santé.
Les états-majors médicaux ont une trop grande tendance à voir les choses à travers les rapports et
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an les circulaires et cet état d’esprit inspire des directions souvent irréalisables.
Ces considérations sont probablement communes à tous les anciens médecins de bataillon qui ont tâté de la troupe et de la tranchée. Il est navrant de penser que des milliers de soldats sont morts de fièvre typhoïde en 1914 parce qu'aucune mesure n'avait éte prise pour le sauvegarder.
Nous sommes convaincus que cette négligence dans l’organisation qui fut cause de tant de nos mal-
heurs ne se produira jamais plus dans le service de santé.