AVANT L'ÉPIDÉMIE
Au mois d'octobre 1914, au début de la guerre de tranchées, le 3° bataillon du 71° régiment d'infanterie se rendit à Berles au Bois pour occuper le secteur.
La relève eut lieu par une nuit sombre et l’incendie qui brüûlait le village rendait tristes les choses et les âmes. Nous allions vers l'inconnu, une nouvelle forme de guerre commençait, nous nous demandions quel y serait le rôle du médecin, quel y serait le rôle du soldat.
Les premières journées vécues dans ce secteur peuvent compter parmi les plus mauvaises de la guerre. Le danger n’était pas très grand : de temps à autre une fusillade ou un court bombardement, la misère en revanche était considérable. L’organisation était à son début ; les tranchées existaient mais les abris étaient a l’état &... débauche lente à venir ». |
La nourriture se mangeait froide, défense formelle d'allumer du feu dansles parages.
Il faut se représenter la vie du soldat dans ces con-
ditions pour comprendre toutes les affections dont
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il fut alors la victime. Ce fut d’abord la dysenterie rebelle à tout traitement et dont tout le monde à peu près eut à souffrir.
Je ne crois pas à dire vrai que le terme de dysenterie employé ici soit exact ; nous n’étions certaine ment pas en présence de cette affection amibienne ou bacillaire car en général après une durée de huit jours l’inidvidu malade reprenait sa santé normale. C'était plutôt une diarrhée provoquée par le régime alimentaire nouveau et les conditions nouvelles d'existence appliquées au soldat en campagne. En effet à la période d'absence d’abris tous les nouveaux arrivés au régiment étaient atteints de ce mal, plus tard alors que les abris furent organisés, que le soldat fut isolé du sol par une couchette métallique et que sa nourriture fut servie chaude nous n'avons > plus remarqué que de rares cas de diarrhée.
Les premiers jours de l’hiver 1914 furent très froids aussi nous eumes au bout de quelques semaines plusieurs cas de pieds gelés. Chose singulière plusieurs malades vinrent nous trouver alors que leurs pieds étaient déjà très endommagés ; sur l’étonnement que nous manifestions pour leur venue tardive à la visite, la réponse ne variait pas: « mais nous ne - souffrions presque pas ». Ceci était d’ailleurs général dans toutes les armes puisque le G. Q. G. -— adressa une circulaire aux régiments, circulaire ren- dant responsables les commandants de compagnie de tous les hommes de leur compagnie évacués avec le diagnostic « pied gelé ». Cette circulaire eut un