Bibliothèque nationale (Estampes, Na 22, fol
FRANÇOISE BABOU, Damo cI'Estrées, M'jrc de la Belle Gabrielle Crayon de la Bibliothèque Nationale attribué à Clouet (La lettre mise au bas est fausse)
conservèrent prisonnier au château d'Heidolberg jusqu'en 1581. En 1583, il avait tué en duel le baron de Vitteaux dont nous parlions plus haut, l'assassin de du Guast et du père d'Yves d'Alègre. Henri IV, pour récompenser cette rude nature de bretteur et de condottiere, lui confia, en 1592, le gouvernement d'Issoire, en Auvergne, où. Yves emmena sa maîtresse, alors âgée de cinquante ans.
Une belle fille eût dédaigné ce laid personnage à nez gros, aux yeux énormes, à l'air cruel <. Mais M™« d'Estrées était arrivée à un âge où l'on ne calcule plus guère. Elle jouait avec lui la dernière partie, et tenait à la faire sérieuse. Issoire servait à payer les frais de l'escapade; contributions de guerre, levées extraordinaires de deniers, d'Alègre ne ménagea rien pour satisfaire aux exigences terribles de la dame.
Les habitants soulevés par les sieurs de Liron et d'Auteroche se réunirent dans une cave pour aviser. On résolut d'employer la force contre ces énergumènes dont les fantaisies croissaient d'heure en heure. Yves d'Alègre était logé dans la maison Cherrier. Au moindre éveil donné, c'en eût été fait des conjurés et de leur ville. Ils convinrent d'agir sur-lechamp. Munis de mèches allumées et de pétards destinés à faire sauter les portes, ils gagnèrent la maison du gouverneur, escaladèrent sans bruit la galerie, et placèrent leurs engins. En cet instant même, ils entendirent M'"" d'Estrées, réveillée subitement, dire à d'Alègre : « Je sens la mèche et entends du bruit! » Celui-ci sauta à bas du lit, accumula les meubles contre la porte pour l'empêcher de céder, mais une des grenades fit explosion et un éclat le blessa au bras. 11 n'était pas lâche toutefois, il se souvint de Bussy d'Amboise luttant seul contre vingt ennemis armés, et s'empara d'une pertuisane qui ne le quittait pas. Malheureusement, les conjurés forcèrent la porte et tout aussitôt se précipitèrent en masse dans la chambre. L'un d'eux, un hercule nommé Blezin, se jeta sur d'Alègre et l'étendit roide mort d'un coup de poignard, Françoise Babou, en chemise, s'était réfugiée dans la ruelle où couchaient ses suivantes, elle poussait les hauts cris. C'est là qu'un boucher nommé Bessant vint la quérir. Elle cria : « Voulez-vous donc tuer aussi les femmes? »
1. Il y a un portrait d'Yves d'Alègre à la Bibliothèque nationale (Estampes, Na 21 a, fol. 32). C'est le seul connu de lui.
Bessant répondit : « Le chien et la chienne ! » et il lai porta un coup de couteau au sein gauche '.
Alors, dans la scène de pillage qui suivit, les assassins firent des constatations étranges sur le corps de M™'' d'Estrées. On vit jusqu'où ces dames raffinées poussaient la coquetterie et le luxe dans leur débauche K Brantôme avait bien raison do dire que les Françaises tenaient le premier rang sur ce fait, mais personne n'alla plus loin dans l'amour du ruban et des colifichets que la mère de Gabrielle d'Estrées.
Avant d'en arriver à la célèbre maîtresse du Vert-Galant, qui tenait pour une bonne part de sa mère, je voudrais esquisser la physionomie effrontée et rieuse de cette Fosseuse, dont on parle à peine, et qui joua un si grand rôle à la cour de Navarre. Elle succédait dans les faveurs du roi Henri à Dayelle, déjà oubliée^ et à M"" Rebours, une ennuyeuse personne dont la chaîne pesait trop lourd. On était en 1579, Marguerite de Valois cherchait dans ses alentours quelque petite fille douce et modeste, dont son mari se fût accommodé, et qui ne l'eût point accaparé outre mesure. Elle avisa Françoise de Montmorency-Fosseux, une enfant de quinze ans, jolie comme une fée. Henri ne se fit pas prier. Tout aussitôt « il commença à s'embarquer » dans ce nouveau roman, suivant l'expression de Marguerite elle-même. Et quand la cour de Navarre eut quitté Pau pour Montauban, et que Henri fut tombé malade, il continua à servir sa jeune maîtresse avec mille marques de tendresse, sans autrement effaroucher la reine complaisante et désabusée. Marguerite trouvait d'ailleurs que son choix était excellent; Fosseuse « se maintenoit avec tant d'honneur et de vertu que si elle eût toujours continué de cette façon elle ne fust tombée au malheur ».
C'est vers le temps que Henri III vint à Nérac; il vit la belle Fosseuse, dont le nom courait dans toutes les bouches, et il ne lui déplut pas de faire à son beau-frère le tour de la lui enlever. Henri de Navarre prit assez mal la plaisanterie ; il s'imagina que cette intrigue s'était nouée sous le
4. Annales de la ville cVIssoire, publiées par J. Bouillet, Clermonl-Ferrand, 1848, in-S» p. 232 et suivantes,
2. Voyez à ce sujet les Observations sur Alexandre et sa clef, t. I du Journal de Henri III, édit. de 1720, p. 275. Voir aussi Brantôme (édit. Lalaune), t. IX, p. 266.
couvert de sa femme, par jalousie et dépit; et ce n'est pas le côté le moins curieux de cette histoire bizarre, que de voir Marguerite de Valois employer toute son éloquence à détourner son frère de son dessein, pour conserver à son mari une amie agréable.
Alors la mijaurée jeta le masque ; le roi lui permit de parler haut, elle en abusa. Marguerite nous rapporte dans ses mémoires ses mécomptes et ses misères. Pour comble, M'" de Fosseux devint grosse. « Lors, se sentant en cest estât, elle change de toute sorte de procédé avec moi, et au lieu qu'elle avoit accoustumé d'y estre libre, et de me rendre auprès du roy, mon mary, tous les bons offices qu'elle pouvoit, elle commença à se cacher de moy et à me rendre autant de mauvais offices qu'elle m'en avoit fait de bons. Elle possédoit de sorte le roy, mon mary, qu'en peu de temps, je le connus tout changé. Il s'estrangeoit de moy, il se cachoit, et n'avoit plus ma présence si agréable qu'il avoit eu les 4 ou 5 années que j'avois passées avec luy en Gascogne, pendant que Fosseuse s'y gouvernoit avec honneur. »
L'enfant qui naquit de l'aventure mourut en venant au monde ; la jeune fille perdait le meilleur point de son jeu.
Quand un peintre s'avise de la crayonner elle a dit adieu aux amours princiers ; Dieu sait qu'ils étaient éphémères, à la cour de Navarre! C'est une belle fille de vingt-cinq ans, agaçante comme une soubrette, et qui ne paraît pas se soucier autrement de l'abandon du roi. Elle a une gorge splendide, un col admirablement modelé, bien qu'un peu court. Sa bouche croquerait toutes les pommes du paradis terrestre, ses yeux damneraient un saint '. « Ces trésors parangons à nuls autres », commeeûtdit Brantôme, passèrent en la possession d'un seigneur peu farouche, nommé François de Broc, sieur de la Pile de Saint-Mars, fils d'une Beaumanoir Lavardin. M"'' de Fosseux arrivait à la trentaine, et avait laissé couler l'eau du Lethé sur ses fredaines passées ; elle vint grossir le nombre des maîtresses oubliées, des pseudo-reines de France, qui, dans ces époques, ne se comptaient vraiment plus guère.
Gabrielle d'Estrées qui prit sa place à un certain intervalle et après
1. Bibliothèque nationale (Estampes, Na 21 a, fol. 8b). C'est le seul portrait connu de M°" de Saint-Mars.
plusieurs intermèdes variés, entra en fonction un an juste avant la mort terrible de sa mère à Issoire. Si l'on en croyait Bassompierre, elle eût été présentée très jeune et mal formée à Henri III qui la trouva trop sèche, car il avait lu les Droits nouveaux de Goquillart :
. , .. . Grant femme seiche, noire et mesgre,
Qui veult d'amour suivre le trac, On dit que c'est un fort vinaigre Pour gaster un bon estomac.
Il avait le même mécompte chez lui dans la personne de sa femme Louise de Lorraine, et le change eût été illusoire. Gahrielle d'Estrées qui cherchait aventure s'accointa avec Saint-Lary Bellegarde, un drôle qu'elle se prit à aimer et, ce qui est pis, à vouloir épouser. Lui n'entendait point de cette oreille, mais il joua au plus fin. Henri IV, le bon prince, toujours on quête d'histoires nouvelles, trouva certain jour la jeune fille sur son chemin, au débotté de je ne sais quelle bataille; il se crut un grand séducteur d'avoir trompé son sujet, son meilleur ami, en pareille occurrence, car M"' d'Estrées ne se défendit point très longtemps, et par une chance bien incroyable^ Bellegarde ne s'aperçut de rien. Les rois ont de ces bonheurs!
Quand la brave fille eut fait main-mise suffisante sur le cœur du monarque, elle développa tantôt son programme. Il lui fallait une maison, une éducation princière et un mari en guise de pavillon protecteur. On lui dénicha cet oiseau, d'ailleurs peu rare à l'époque, Nicolas d'Amerval sieur de Liancourt, veuf d'Anne Gouffier qui lui avait donné quatorze enfants !
Il se montra peu difficile, il accepta d'avance ce qu'on lui imposa. Quatoi^ze enfants à nourrir, à pourvoir, à lancer dans le monde ! Il eût pu dire comme le sergent de Molière : Frappez ! Il consentit à n'avoir qu'un titre purement nominal, et s'engagea à ne point faire valoir ses droits. Mais quand on voulut faire prononcer une séparation basée sur une prétendue impuissance, il se récria. Un père de quatorze enfants! Ses voisins de campagne riaient à se tordre, les railleries pleuvaient dru comme grêle. L'offlcialité d'Amiens qui s'était emparée de la cause, bravait I honnêteté dans un latin bizarre, et démontrait qu'il faisait nuit en plein jour. On avait bien trouvé un moyen de séparation, basé sur la consanguinité;
GABRIELLE D'ESTRÉES ea 1595 caviroii Grnyon de la Bibliothèque Nationale
Gabrielle était parente d'Anne Gouffier, la première femme. Malheureusement César de Vendôme vint au monde dans l'intervalle, il ne fallait pas qu'il pût et dût porter le nom d'Amerval, et la seule ressource, c'était une bonne et vigoureuse taxation d'impuissance contre le père putatif. Un habile homme, François Roze, doyen d'Amiens et officiai de l'évêché, se chargea de faire la lumière dans ce chaos. Après les constatations d'usage, ilréputa Amerval froid et nul^ imhecillem et frigidum, et pour l'empêcher de crier, on lui jeta un os à ronger : on lui fît remettre 8,000 livres soidisant prêtées par lui au roi Henri IV, en lui abandonnant la terre de Falvy-sur-Somme qui valait au moins le double
Cette situation de maîtresse avouée, que le roi conduisait aux camps, montrait à la cour, faisait de Gabrielle une véritable reine. Les peintres amoureux de l'astre qui se lève cherchaient à lui plaire par mille moyens. C'est Benjamin Foulon, employé par Henri IV aux armées, qui dessine César de Vendôme et signe même son travail afin que nul n'en ignore ^ C'est François Quesnel, l'artiste en titre d'office dont les portraits du roi ont été gravés par Thomas de Leu, qui prend divers croquis de la jeune femme ^ On s'accorde à la trouver ravissante, bien que le profil fût plus agaçant que fia. Guillaume du Sable chante en vers ses cheveux noirs
Qui ornent chaque temp le, Son beau et large front, ses sourcils ébenins. Son beau né décorant et l'une et l'autre joue Sur lesquelles amour à toute heure se joue, Et ses doux brillants yeux deux beaux astres bénins.
Ces cheveux noirs sont blonds, dans les portraitures, le front est large, mais le nez descend un peu bas. Et si nous jugions la belle Gabrielle d'après les portraits gravés nous serions sévères. Foulon et Quesnel ne l'ont point épargnée non plus dans leurs crayons de la Bibliothèque nationale; ils lui donnent je ne sais quelle apparence de pulcinella qui pouvait
1. Consulter à ce sujet la Bibliothèque de l'École des chartes, S' série, t. I.
2. Biblioihèque nationale (Estampes, Na 22, fol. 43). Ce portrait de César Vendôme est signé Fulonius fecit.
3. La Bibliotlièque nationale possède un crayon signé Quesnel qui paraît être l'original d'après lequel Thomas de Leu grava sa planche, et six autres dessins représentant Gabrielle à différents âges 11 y a un portrait peint au Musée de Blois (2» tableau de la 3" travée).
être la beauté au temps de Henri IV, mais qui nous laisse plus froids à cette heure. Tous les copistes, les g'raveurs, les éditeurs ont redit à l'envi cette frimousse pointue et peu agréable. Mais au milieu de ce fatras un grand crayonneur inconnu nous a conservé la Gabrielle d'Estrées de la flu, celle qui avait cessé de plaire et qui se lamentait dans son particulier sur la frivolité des choses. Les traits sont beaux, mais l'oeil s'est fatigué dans les pleurs. C'est celle que nous montrons ici, c'est la plus vraie, et assurément la plus belle en dépit des chagrins rongeurs; or c'est la seule portraitiire que personne ne connaisse. Le nom si populaire de cette belle dame lui a d'ailleurs été funeste sur ce fait. Il n'y a pas de musée qui se respecte où l'on ne trouve couramment une femme décolletée, affublée de coiffures étranges, baptisée la belle Gabrielle. C'est aussi le cas de Diane de Poitiers et de Marguerite de Valois. Au fond il n'y a pas en France plus de dix portraits sérieux de la maîtresse de Henri IV, et la Bibliothèque nationaleen conserve au moins sept pour sa part. Reste la médaille charmante ciselée par Guillaume Dupré, quand elle fut créée duchesse de Beaufort, qui nous découvre un profil allongé et fin comme celui d'une dame du xviii*^ siècle
Quand Zamet l'eut empoisonnée, dans un repas donné en son honneur, elle fut transportée dans la maison du doyen de Saint-Germain l'Auxerrois, où elle recevait le roi d'ordinaire. Sauvai, qui écrivait au milieu du XVII® siècle, avait connu des vieillards qui la virent exposée sur un lit de parade dans la grande salle, revêtue d'un manteau de satin blanc. Son pauvre visage, bouleversé par les philtres subtils de l'Italien, était resté noir après la crise horrible qui l'avait terrassée. On la porta à Tabbaye de Montreuil-sous-Laon, où on lui éleva un mausolée. Elle est représentée, sur le bas-relief de marbre, dans la pose nonchalante et reposée des dames romaines; sa main gauche soutient sa tête, sa droite laisse échapper un livre de prières. A la voir ainsi tranquille et presque souriante dans son merveilleux costume, on la prendrait pour une princesse un instant assoupie et qui va se lever tout à l'heure ^
Telles furent ces « grandes » que Brantôme a toutes adorées et qu'il a
i. La légende porte : GAB. DES. IREZ. DVC. DE. BEAVFORT. ■ 2. Bibliothèque nationale (Estampes), colleclion Edouard Fleuiy, VII, 37.
ANTOINETTE DE PONS, Marquise de Gcercheville Crayon attribué à Fr. Quesnel
si maltraitées dans sa langue impudente. Est-ce à dire qu'il n'y ait jamais eu d'exception, même dans ces temps, et que les plus lionnêtes dames ou princesses se puissent toujours mesurer à cette aune spéciale? Il y en a au moins une, — une seule peut-être, — qui a bravé les langues acérées, les inventions, les calomnies, une qui a su résister au plus galant des princes, à Henri IV lui-même, qui a quitté son nom pour ne pas être confondue avec Gabrielle d'Estrées, et qui a mérité d'être nommée dame d'honneur sans mensonge ni duperie. Elle se nommait Antoinette de Pons dame de Guercheville ; elle était fille d'un demi-huguenot, Autoine de Pons, comte de Marennes, et de la belle Montchenu, « une des plus diffamées demoiselles de France », au dire de Théodore de Bèze. Elle avait épousé très jeune tienri de Silly, comte de la Rocheguyon, dont elle resta veuve de bonne heure, et même à la cour de Henri 111, au milieu des séductions et des offres de tous genres, parmi les corruptions infinies, elle garda sa sérénité hautaine, non point prude assurément, car elle savait rire à l'occasion, mais enjouée à la fois et retenue, au grand étonnement des autres.
Un jour, en 1578, elle fut reine de la fève. Henri III la conduisit à la messe à la chapelle de Bourbon, « désespérément brave, frisé et gauderonné », suivi de ses mignons vêtus de soie et de perles. C'est même à cette occasion que Bussy d'Amboise fit une sortie insolente contre tous ces freluquets; il arriva en costume très simple suivi de valets habillés d'or. « La saison est venue, dit-il, que les bélistres seront les plus braves ' . »
On dit que Henri IV, au retour de la bataille d'Ivry, passa par la Rocheguyon et fut reçu par la jeune comtesse. C'était une blonde aux yeux éveillés et moqueurs, aux grands sourcils arqués et francs, aux lèvres pincées. « Plus de calcul que de passion », eût dit undeviseur. Un peintre l'a crayonnée dans son costume de cour avec ses affiquets, ses collerettes, ses colliers, son attirail de femme à la mode '\ De prime-saut, le roi fut frappé de cette grâce réservée, et tandis que Loménie, son secrétaire, se laissait brûler aux yeux d'une suivante de la dame, Henri s'emporta
d. Journal de Henri III, année 1878.
2. Bibliothèque nationale (Estampes, cartons alphabétiques, Liangourt). Il y a trois crayons différents de la même dame. Il y a un portrait peint au Musée de Blois (4« travée, 2« tableau).
dans sa passion naissante jusqu'à signer de son sang une promesse de mariage. C'était sa manière à lui de faire sa cour, et elle trouvait peu d'insensibles. M'"^ de Guercheville lui rit au nez très gentiment, et l'assura que jamais elle ne consentirait à une pareille folie; que pour l'accointance passagère il y fallait moins compter encore. Henri n'en revenait pas, pas plus qu'il no comprit plus tard sa cousine Catherine de Rolian, refusant son alliance dans des conditions semblables avec une crudité de langage extraordinaire.
Voyant que la belle comtesse serait inflexible, il se prit à l'honorer avec tout le respect imaginable. 11 lui chercha un parti digne d'elle et lui trouva Charles du Plessis, sieur do Liancourt. Une seule chose arrêta la dame ; c'était ce nom de Liancourt qui appartenait à Nicolas d'Amerval, mari de Gabrielle d'Estrées. Elle voulut bien le mariage, mais exigea de ne jamais porter ce nom. Il fallut en passer par là.
En 1601, Henri IV la présenta à Marie de Médicis comme dame d'honneur, « sans fraude », et elle en reçut l'office à 1,200 livres de gages. Elle apparaît toute seule dans les comptes sous cette rubrique spéciale, comme si on n'eût osé lui donner dos compagnes moins dignes de ce titre; elle y resta trente et un ans
Elle mourut le 5 janvier 1632. Elle fut une des rares dont les méchantes langues n'aient point glosé, une des plus belles cependant et des plus aimables. Gardons-nous toutefois de chercher trop loin et laissons à M'"^ de Gaercheville cette auréole extraordinaire de femme de la cour de France demeurée chaste au temps où Brantôme écrivait ses menteries de haute graisse, et ses tranquilles horreurs sur les grandes généralement quelconques.