‹ Quelques dames du XVIe siecle et leur peintresChapitre 8 sur 15 · Iconographie espagnole, t. II · texte numérisé non relu

Iconographie espagnole, t. II

3. Les portraits de cette princesse sont très rares. Gaignières en avait un dessin disparu. J& citerai : i° celui de la Bibliothèque nationale (Na. 21, fol. 61); 2° un autre? jeune (cartons alphabétiques, Elisabeth de Valois); 3" ibidem qui est celui ici reproduit; 4° un crayon à Gastle Howard publié par L. Ronald Gower [French portraits, I, 31); 3° un crayon à la Bibliothèque d'Arras (Manuscrits 266, fol. 73); 6» un portrait peint au Musée de Versailles, n» 3,197; 7° la statue de l'Escurial, publiée par Gardereira [Iconographie espagnole, t. II). Peut-être faudrait-il joindre à ces portraits un panneau du Musée de Madrid, portant le n° 1717, et qui représente une princesse inconnue. Ce tableau est attribué à Antonio Moro.

année, et de fait la petite fille délurée, au masque ardent et rieur que nous montrent les crayons, méritait ces enthousiasmes juvéniles ; déjà coquette, elle a ses modes spéciales, ses coiffures à elle ; elle salue avec une intention marquée les ambassadeurs des puissances. Les pamphlets nous la disent pervertie dès cet âge au contact de ses frères aînés; mais craignons les pamphlets politiques ou religieux, les pires choses du monde.

Son plus grand admirateur, son historien, on peut même dire son amoureux, — il avait aimé toutes les princesses, — c'est Brantôme. Quand il parle d'elle à découvert c'est la merveille du monde, l'astre éclatant de la cour de France, la femme idéale, une déesse, Vénus, que sais-je encore? Mais s'il joue à l'ambiguïté en laissant les noms de côté, il s'avance un peu, non pas à la proclamer cruelle ou méchante, elle ne le fut pas, mais à la mêler aux aventures les plus galantes, jusqu'à passer la mesure.

Dans ses propres mémoires elle cherchera à pallier ce que les méchantes langues ont colporté sur elle dans le public, mais à son tour elle exagère en sens contraire. Elle raconte le plus sérieusement qu'après son mariage, sa mère ayant voulu la faire divorcer d'avec Henri IV lui demanda si son mari était bien un homme; elle répondit en baissant les yeux qu'elle ne savait pas ce que cela voulait dire. Elle dut bien rire en écrivant cette phrase délicieuse.

Elle fut la grande coquette de la cour, la beauté à la mode; tout un monde de courtisans, de petits seigneurs musqués se pressaient sur son passage, guettant une faveur, une écharpe ou un sourire. Elle, bonne fille comme toujours, parlait un peu légèrement à ces mignons infatués, à quelque Bussy d'Amboise trafiquant de ses charmes ou do son épée, et elle devait se compromettre pour peu de chose. Au fond, ce qui la préoccupait c'était de tenir le pas sur tout le monde pour le clioix des étoffes, la délicatesse des ajustements, l'invention des affiquets. Brune, elle décolorait ses cheveux en blond, les moutonnait, les crépelait, c'est Ronsard qui le dit :

Son chef divin miracle de nature Estoit couvert de cheveux ondelez, Nouez retors, recrespez, annelez, Un peu plus noirs que de blonde teinture.

MARGUERITE DE VALOIS à 20 ans

i^iMv.jH de la Bibliothèque Nationale attribué à François Clouet'

Sur ce chapitre des atours et de la majesté, Brantôme ne tarit pas : « Je croy, s'écrie-t-il, que toutes celles qui sont, qui seront et jamais ont esté, près de sa beauté sont laides. » Rien n'y manque en un mot. Elle a le visage, la taille, le maintien, la démarche, tout ce qui fait l'honneur et la grandeur des rois. Et c'est ce que tout le monde peut voir, mais le reste ! Il n'en parle que par induction, le mécréant, mais non sans grâce : « Celles qui sont secrettes et cachées sous un linge blanc et riches parures et accoustremens, on ne les peut dépeindre ni juger sinon que très belles et singulières aussi, mais c'est pour foy créance et présomption, car la veue en est interdite. Grande rigueur pourtant que de ne voir une belle peinture faite par un divin ouvrier, qu'à la moitié de sa perfection, mais la modestie est louable, vérécondie l'ordonne ainsy qui se loge plus volontiers parmy les grands, princesses et dames que parmy le vulgaire. » En d'autres lieux le bavard écrira précisément le contraire, mais il le dira si drôlement que nul n'y trouverait à redire, Marguerite même ne l'eût su faire.

Elle était le portrait de sa mère Catherine avec les yeux des Valois, ce qui les a fait confondre par les meilleurs juges, entre autres M. Niel*. Elle avait à ses vingt ans le nez fort, la bouche sensuelle et rouge, un bel ovale ' de visage, mais je ne sais quoi de vulgaire et de gros dont nous ne saurions faire la beauté suprême. Méâons-nous toujours des opinions anciennes :

nous ne voyons plus de même ; ce qui reste acquis, c'est que l'avis de Bran- • tome n'est pas isolé. Don Juan d'Autriche, qui la connaissait, assurait, dans son langage espagnol, que cette charmeuse, plus divine qu'humaine,, était mieux faite pour damner les hommes que pour sauver leur âme. Les ambassadeurs turcs, amoureux des formes opulentes, restèrent stupéfaits en sa présence; elle les étonna surtout de son air royal et de sa démarche; ils convinrent que le Grand Seigneur se rendant à la mosquée en superbe équipage ne la dépassait pas. Sur ces propos colportés dans les cours do l'Europe, on vit un Napolitain l'attendre deux mois pour l'apercevoir dans un défilé, et quand il l'eut entrevue, il la compara à cette princesse de Salerne qui attirait à Naplos les voyageurs de toutes les parties du monde.

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