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Que la foi de nos enfants courait un grand danger

4. ° Qu'un grand nombre de nos compatriotes s'éloignaient de l'église ;

5. ° Que depuis longtemps nous demandions un prêtre de notre race et de notre langue ;

6. ° Que notre curé avait dit du haut de la chaire qu'il était juste que notre curé fût canadien-français;

7. ° Que nous n'avons jamais pu avoir de réponse satisfaisante de nos évêques;

8. ° Que ces mêmes évêques et notre curé ne se sont jamais montrés sympathiques à la race canadienne-française et à notre langue ;

9. ° Que notre curé n'avait pas l'autorité nécessaire pour retenir nos compatriotes à l'église.

A cette lettre, Son Eminence nous répondit qu'Elle s'empresserait de prendre toutes les informations nécessaires pour régler la question en litige.

Quelles informations Son Eminence prit-elle? Nous l'ignorons. Tout ce que nous savons, c'est qu'Elle n'en prit aucune auprès de nous et que, s'il y eut enquête, elle a dû être faite auprès de Mgr Tierney, qui avait tout intérêt à ne pas représenter notre côté de la question. Une autre chose à considérer, c'est que le délégué apostolique comprend peu l'anglais et nullement le français. A nos yeux, une enquête qui ne voit qu'un côté d'une question en litige ne peut valoir. A cette requête, Mgr Satolli nous répondit bien poliment qu'étant ici aux Etats-Unis nous ne pouvions pas nous attendre à voir notre langue parlée comme au Canada et quïl fallait nous fier à la sagesse

de notre évêque. Sur les conseils de son Eminence nous 'envoyâmes une nouvelle délégation a Mgr Tierney ; mais, comme d'habitude, les résultats en furent nuls, et comme d'habitude aussi nos curés canadiens sont toujours trop jeunes, de l'avis de l'Ordinaire dé Hartford. Du train que vont les choses, ils ne vieilliront pas de sitôt, et une jeunesse éternelle leur est presque promise.

C'est alors, M. le président, que nous décidâmes de ne plus aller à l'église. L'action suivit notre décision, et, les dimanches suivants, c'est à peine si 30 ou 40 Canadiens assistaient au saint sacrifice de la messe.

Les choses en étaient la, quand le Rév. M. Bourret fit des promesses au Dr Leclaire pour nous faire rentrer à l'église et pratiquer nos devoirs religieux comme par le passé. Le curé de Waterbury ayant cru devoir nier ces mêmes promesses, le docteur fit la déclaration suivante devant un juge de paix et notaire public.

" Le 6 juin 1895, je reçus une lettre de M. l'abbé J.-E. Bourret, de Waterbury, me demandant d'aller le voir pour une affaire importante. Je lui rendis visite â son presbytère le jour suivant. La première chose qu'il me dit à mon arrivée fut: " Est-ce toi, Leclaire? Devenez-vous fous à Danielson? „ Je lui répondis: " Je ne le pense pas. „ Dit-il : " Vous êtes hors de l'Eglise. „ Je répondis : " Nous le savons. „ — " Soumettez-vous et avant un mois et demi ou deux au plus, Roy sera avec vous autres. „ Il répéta cette déclaration deux ou trois fois dans le cours de la conversation. Il dit aussi : * J'ai appris la nouvelle avant-hier soir, je t'ai écrit hier matin, et te voilà. „ Pendant l'interview je lui demandai : " Que ferons-nous des fonds que nous avons déposés en banque? „ Il répondit: " Gardez-les, et lorsque Roy sera rendu avec vous, vous les lui donnerez. „

" C.-J.-A. Leclaire, M. D. „

" Souscrit et assermenté devant moi ce 31ieme jour de mars A. D. 1896.

* Arthur G. Bill, " Notaire Public. „

Sur les conseils du président de notre comité de paroisse, et ignorant les promesses faites, les Canadiens retournèrent â l'église, ne devant pas un seul centin pour leurs dûs. Avant de rendre publiques ces promesses, le Dr Leclaire écrivit deux fois au Rév. M. Bourret lui deman-

dant ce qu'il devait faire; car, si dans l'espace de trois mois le curé canadien-français n'était pas arrivé, les journaux et les Canadiens de Danielson seraient mis au courant de l'entrevue du 7 juin 1895. Nous regrettons de vous dire que, pour une raison ou pour une autre, le curé de Waterbury ne jugea pas à propos de répondre à ces deux lettres. D'après le proverbe: " qui ne dit mot consent „, le Docteur crut qu'il était autorisé à rendre ces promesses publiques, et c'est ce qu'il fit. Une autre délégation fut alors envoyée à Sa Grandeur Mgr Tierney, et c'est à cette entrevue que Sa Grandeur fit les promesses suivantes à nos délégués MM. J.-M. Bessette et Eloi Jetté:

Mgr Tierney: — "Je vous promets qu'à la première occasion vos vœux seront exaucés et il y aura un changement à Danielson. „ Ces paroles ont été répétées quatre ou cinq fois.

M. Eloi Jetté: — " Dans un an, Monseigneur, dans 6 mois? „ Mgr Tierney: — " Un an, c'est trop long. „

M. Bourret, présent à l'entrevue: u Mes amis, comprenez bien ce que Monseigneur vous dit. 31 veut dire deux ou trois mois au plus. „

Nos délégués revinrent au milieu de nous, satisfaits; car, ne connaissant nullement l'art de la diplomatie, ils ne soupçonnaient pas qu'on jouait sur les mots et qu'on n'avait jamais pensé a leur accorder ce qu'ils avaient demandé. Nous sommes convaincus que M. l'abbé Bourret lui-même ignorait que Monseigneur voulait nous imposer les RR. PP. de la Salette. Dans tous les cas, si le curé de Waterbury connaissait les desseins de Monseigneur, il nous aura induits en erreur deux fois. Maintenant, M. le président, vous avez une bonne idée de nos troubles; mais, pour vous donner encore plus de satisfaction, nous ajouterons les notes suivantes qui achèveront de vous édifier:

1. ° Le R. P. Soquet a dit, le 8 décembre 1895, devant MM. le Dr C.-J. Leclaire, L.-J. Tétreault et E.-A. Gareau, que les RR. PP. de la Salette n'avaient accepté la paroisse qu'à condition qu'ils pourraient la ramener et donner satisfaction aux paroissiens; que la communauté désirait une paroisse pour aider à payer les -±0,000 piastres que les RR. PP. devaient sur leur collège de Hartford. A cette même rencontre, nous lui avons dit que les Canadiens n'étaient pas satisfaits et qu'ils comptaient continuer à refuser tout paiement à l'église.

2. ° Dimanche, le 19 janvier 1896, le même R. P. Soquet a déclaré du haut de la chaire que " plus de la moitié des catholiques de Danielson n'assistaient pas au saint sacrifice de la messe. ,

3. ° Le Rév. P. Soquet a déclaré, le 26 janvier 1896, devant deux de nos bons Canadiens, que l'évêque leur avait donné, à Danielson, des propriétés valant 40,000, piastres et que tout se dépenserait avant qu'il s'en allât. " L'évêque nous a donné la paroisse, et nous comptons la garder. „

4. ° Le Rév. P. Soquet a dit à un autre Canadien, lundi, le 27 janvier 1896, que les Canadiens avaient beau faire, il était pour rester et ne s'en irait pas; que l'évêque avait donné les propriétés de la paroisse à la communauté, et qu'il n'y aurait jamais de prêtres canadiens dans Danielson, ajoutant aussi que les prêtres canadiens étaient trop jeunes pour être mis à la tête des paroisses.

5. ° Dimanche le 5 février, le R. P. Pajot, supérieur de la communauté de la Salette, a dit que * l'évêque avait donné la paroisse à la communauté et que ça ne servait a rien de regimber, qu'ils étaient venus pour rester. „

6. * A la demande du R. P. Soquet, nous lui avons présenté une requête, signée par environ 300 pères de famille et pensionnaires, lui déclarant que nous n'étions pas satisfaits et que nous comptions continuer a ne pas payer nos dûs à l'église.

7. ° Que le Rév. P. Soquet a dit, du haut de la chaire, que nous étions des ignorants, ne connaissant pas la première page de notre catéchisme.

8. ° Que le même R. P. Soquet a déclaré que Grosvenordale, du même diocèse, n'aurait jamais de prêtre canadien et que, si par hasard, les désirs de cette dernière paroisse étaient exaucés, nous, Canadiens de Danielson, pourrions de suite nous présenter devant l'évêque et que dans l'espace de huit jours un curé canadien-français serait au milieu de nous.

9. ° Que le même a déclaré que, si Mgr Tierney faisait droit à notre demande, il serait par le fait même forcé d'en faire autant pour les autres paroisses canadiennes.

10. ° Que c'était probablement là les raisons qui empêchaient Sa Grandeur de nous accorder un curé canadien-français. De ces paroles nous concluons que l'évêque de Hartford ne veut pas mettre nos prêtres canadiens à la tête de nos paroisses canadiennes.

11. ° Que dimanche le 31 mai 1896, un prêtre irlandais de l'ordre des Passionistes, après nous avoir dit maintes choses désagréables, ajoutait les paroles suivantes : " I don't speak for you, my good English-

speaking friends, but I speak for thèse straugers who corne here to suck the blood of our beloved country (1). „

12. ° Le même missionnaire irlandais défendait à nos enfants de parler le français, sous prétexte qu'étant nés aux Etats-Unis ils étaient Américains.

13. ° On a refusé de baptiser un enfant, parce que le père de cet enfant ne voulait pas donner quatre piastres.

14. ° A une assemblée de paroisse restée mémorable, et dont le dénouement se déroulera prochainement devant les tribunaux civils, le Kév. P. Soquet prit sur lui de refuser aux paroissiens le droit de vote. 11 exerça, en cette circonstance, les fonctions de président et de secrétaire, faisant les propositions et les déclarant adoptées contre le vote adverse de la majorité. Bref, c'était la légalité renversée, la minorité narguant la majorité, l'injustice bravant la justice. Jamais on n'avait été témoin d'un pareil spectacle à Danielson.

Maintenant, M. le président, pour terminer nous vous réservons une surprise qui vous prouvera plus que jamais qu'il y a chez les autorités religieuses dessein arrêté de ne pas nous accorder la plus simple justice.

Désirant, avant la convention de Willimautic, en venir à une entente avec Sa Grandeur Mgr Tierney, nous nous adressâmes à un cauoniste éminent du Canada pour venir nous représenter auprès des autorités religieuses du diocèse de Hartford. Ce savant théologien, par pur dévouement, ne voyant que le bien des âmes, se rendit auprès de Mgr Tierney avec la procuration suivante, dûment signée par le comité de paroisse:

A Sa Grandeur Mgr Tierney.

Monseigneur,

Après discussion avec le Rév. M. P., que nous nommons par les présentes notre délégué officiel, et désirant un compromis honorable avec Votre Grandeur, nous venons lui faire les propositions suivantes que nous la prions de bien vouloir accepter :

1 .° Avec une promesse de Votre Grandeur de nous donner, d'aujourd'hui à six mois, un prêtre curé canadien-français ou la division de la

(*) Je ne parle pas pour vous, mes bons amis de langue anglaise, mais je parle pour ces étrangers cpai viennent ici sucer le sang de notre bien-aimée patrie.

paroisse avec un curé canadien-français a notre tête, promesse formelle donnée à notre susdit délégué le Rév. M. P., nous ferons une soumission complète aux règlements du diocèse;

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