C. Hochereau
Cette partie de l'inventaire est particulièrement intéressante, en ce que, d'abord elle nous montre que Rameau avait chez lui un important fonds de sa musique, et ensuite, par ce qu'elle signale l'existence de manuscrits, les uns déjà publiés, les autres inédits (1).
Le fonds Decroix de la Bibliothèque nationale contient une partie des œuvres inédites de Rameau.
Nous connaissons ainsi ce qui a survécu de deux tragédies
(1) Du temps de Rameau, la plupart des auteurs éditaient et vendaient eux-mêmes leurs œuvres. Il y avait peu d’éditeurs de musique achetant des manuscrits pour les faire graver à leur compte.
lyriques, Les Boréades et Linus ; Abaris ou les Boréades dont il existe deux partitions d’orchestre manuscrites, l’une in-8° portant la cote Vm! 396, et l’autre, in-40, portant la cote Vm2 397.» ®^t représente de plus, dans le fonds Decroix, par une liasse de toutes les parties séparées de cet opéra.
Voici le titre de la partition in-8° :
Les — Boréades — Tragédie lyrique — Par Mr — Mise en Musique — Par M1 — Rameau.
Ce titre est inscrit dans un cartouche dû à J. B. Bithard et représentant des attributs maritimes ; il est suivi d’un Avertissement ainsi conçu :
Avertissement
, « Cette tragédie est le dernier ouvrage de Musique de Rameau. L’Académie royale de Musique en allait faire la répétition, Lorsque l’auteur mourut en septembre 1764. La représentation n’eut pas lieu.
Le Poème et la Musique n’ont point été gravés ni imprimés.
L’Auteur du Poème n’est pas connu (1). »
Les parties séparées qui forment une liasse inventoriée sous la cote Vm2 398 comprennent : i°) la partition des chœurs, 2°) les rôles, 30) les parties d’orchestre, et nous permettent, dans une certaine mesure, de savoir quelle était la distribution projetée de la pièce. C’est ainsi que les rôles de Sémire et d’une Nimphe devaient être confiés à Mlle Dubois, que ceux de V Amour et de Polymnie revenaient à Mlle Bertin, que Larrivée était désigné pour remplir ceux de Borée, d’Adamas et d’Appollon, et que Gélin chantait Borilée. Quant aux rôles d 'Abaris, d’Alphise et de Calisis, ils ne portent aucune attribution d’interprète.
La distribution des ensembles vocaux était la suivante :
Ier Dessus
2e Dessus
Mlle Bertin.
Mlle Favier.
Mlle Bouillon Mlle Canavas.
Mlle Desjardins.
Mlle De Chèvremont.
Mlle Dubois, cadette.
Mlle Aubert.
(1) Decroix lui-même, dans son Ami des Arts, attribue le poème à Cahusac.
Htes-contres M. Le Bègue.
M. Bazire.
Tailles M. Joli.
M. Charlet.
M. d’Egremont.
M Bosquillon.
M. Guérin.
M. Caze.
M. L’Evêque.
M. Joquet.
M. Abraham.
Basses
M. Camus L.
M. Doublet.
Les parties d'orchestre comprennent : une partie de Ier violon avec la mention : « Caraffe », deux parties de 2e violon dont Tune porte l'indication suivante : « MM. Razetty et Francœur », une partie de 2e violon et hautbois avec la mention : «Camus, Bouleron», une partie de haute-contre et taille de violon, deux parties de basse de violon, une partie de contre-basse, une partie de Ier dessus de hautbois et flûte, une partie de 2e dessus de hautbois et flûte, deux parties de Ier et 2e bassons, une partie de basse générale et bassons, une partie de Ier cor en fa, une partie de 2e cor en fa, soit en tout douze parties instrumentales (i).
L'ouverture, en trois parties, présente comme mouvement intermédiaire un Menuet confié aux cors avec accompagnement de violons à demi jeu ; le dernier mouvement consiste en une Chasse.
La tragédie de Linus, en cinq actes comme la précédente, n'est représentée que par deux copies de la partie de Ier violon (Vm2 381).
Sur la première d'entre elles, on peut lire le titre suivant, écrit de la main de Decroix :
Linus — Tragédie Lyrique — de M. de la Bruere — mise en musique — par — M . Rameau — Partie détachée du — Premier violon .
La seule
Qu’ait pu recouvrer M. Rameau après une répétition de cet opéra chez Mme la Marquise de Villeroi.
La partition et toutes les autres parties détachées ayant été Dérobées
(i) A signaler une note relative aux clarinettes qui figure dans la partition in 40 : « S’il y a des clarinettes, elles joueront les parties des violons, et les Bassons celles des Basses, qu’il faudra néanmoins copier partout. »
Les Boréades comprennent des cors en fa comme Acanthe et Cêphise et Les Paladins. Les indications relatives à la distribution des rôles confirment le dire de Decroix en situant les répétitions de l’ouvrage entre 1762 et 1764.
M. Diémer a publié divers fragments instrumentaux de cet opéra.
ou égarées chez cette Dame pendant une maladie grave qui lui survint, alors et qui mit beaucoup de trouble et de confusion dans sa maison.
C’est de M. Rameau fils que l’on tient ces particularités (i).
L’histoire de Linus nous a été racontée par Decroix et par l’abbé de la Porte. «Cette tragédie, écrit Decroix, avait été répétée chez Mme la Marquise de Villeroi ; mais on ne l’a point retrouvée parmi les papiers de Rameau, et l’on ne sait ce qu’elle est devenue (2).» Après avoir exprimé le souhait de voir les « Amateurs éclairés » faire des recherches à cet égard, Decroix ajoute : « M. le Duc de Nivernois, protecteur si distingué des lettres et des arts, auteur et musicien si estimable lui-même, pourrait donner peut-être, quelques indices pour cette découverte intéressante. Linus fut probablement composé sous ses yeux par M. de la Bruère son secrétaire d’ambassade, lequel est mort à Rome en 1754 (3).»
La répétition à laquelle il est fait allusion ici doit être antérieure à 1752, car l’abbé de la Porte en touche un mot dans son Voyage au séjour des Ombres, daté de cette année là (4).
Huit ans plus tard, en 1760, l’abbé de la Porte, revenait sur le même sujet : « M. Rameau a, dans son portefeuille, une autre production de M. de la Bruère, et il serait à souhaiter qu’il en
eût plusieurs . L’ouvrage dont il s’agit est l’Opéra de Linus.
On en a fait une répétition chez Mme de Villeroi ; quelques défauts dans la musique du cinquième acte ont empêché qu’on en donnât la représentation » (5).
Il y avait bien d’autres choses encore dans le portefeuille
( i ) Cette indication montre que c’est par les soins du fils Rameau que De croix fut mis en possession de ces diverses pièces. Le fils Rameau, ainsi que nous le verrons plus loin, obtint, après la mort de son père, la pleine propriété des manuscrits de celui-ci.
Une copie des paroles de Linus existe à la Bibliothèque Nationale, Collection Soleinne, Ms. fr. 9253, f° 180.
(2) Dans l’article qu’il a consacré à Rameau dans la Biographie Michaud , Decroix prétend que le reste de la partition de Linus fut égaré à la mort de Mme de Villeroi.
(3) Decroix, L'Ami des Arts , pp. 154. 157. Louis Jules Barbon Mancini Mazarini, duc de Nivernois fut ambassadeur à Rome de 1748 à 1752.
(4) Abbé de la Porte : Voyage au séjour des Ombres (1752), p. 161.
(5) Abbé de la Porte : L} observateur littéraire (1760), IV, p. 73. Après avoir reproduit ce passage, Decroix ajoute, non sans justesse : « qui sait si ces prétendus défauts n'étaient pas des beautés particulières auxquelles Rameau s’était attaché, et si les importuns qui voulaient les lui faire changer ne l’ont pas déterminé à supprimer l’opéra entier ? Il était homme à faire de pareils sacrifices. ^ (p. 157, en note).
de Rameau (i). Le 2e Recueil de Ballets en un acte, mis en musique par Rameau, contient un acte intitulé Io, où figurent Jupiter sous le nom d’Hilas, Mercure, Apollon sous le nom dePhilémon et la nymphe Io (2). De plus, l’ensemble de pièces coté Vm' 3620 et intitulé : Fragmens de Rameau, etc. MS provenant du Don delà famille Decroix renferme une foule d’airs, de fragments symphoniques, de variantes, d’esquisses non encore identifiés, parmi lesquels nous signalerons un Duo paysan par M. Rameau : « Lucas pour se gausser de vous », et des fragments d’un autre opéra, Roland, dont quatre actes sont représentés par des airs de basse déjà indiqués par M. Pougin. (3) Enfin, c’est dans cette collection que se trouve le Duo de M. Mangot que nous avons visé précédemment.
Mais fermons cette longue parenthèse pour en revenir à l’inventaire ; cet inventaire nous renseigne de plus sur la bibliothèque de Rameau, bien pauvre en vérité ; c’est le Mercure de France, et probablement le Journal de Trévoux qui en constituent le fonds avec quelques ouvrages de piété. Rameau lisait donc peu ou point vers la fin de sa vie; il se contentait de conserver par devers lui les numéros des périodiques contenant des articles relatifs à ses ouvrages, ou ses discussions avec Bournonville, par exemple.
Suivent les deniers trouvés dans le Secrétaire inventorié dans la chambre
de Madame Rameau. (4).
«14 sacs de 1.200 Livres, un sac de 1.002 livres, et
et monnoye, le tout prisant 18.045 Livres .
936 Louis d’or de 24 Livres chacun .
un sac de sols de 75 Livres, cy .
243 Livres en écus . . 18.045 Livres