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venir, au moyen de quelques recherches, à leur faire recouvrer une somme antérieurement due au Sr Rameau par le SrFourdinier de Saint-Michel, et dont le payement a été ordonné par arrêt du 4 septembre 1781, sommes convenus de ce qui suit :
Je cède et abandonne à Brassart le 1/4 des sommes qu’il pourra nous faire recouvrer par ses soins et recherches, provenant même des suites des créances que nous avons exercées et que nous pouvons encore avoir à exercer comme héritiers de Me J . Ph. Rameau sur les Srs Fourdinier de Saint-Michel, dont nous n’avons aucune connaissance, malgré les recherches que nous avons pu faire, à condition toutefois qu’une somme de 14.000 livres ou environ, qui est au Bureau des Consignations, et dont nous avons une parfaite connaissance, ne sera point comprise et ne fera nullement partie des sommes que M. Brassart pourra nous faire toucher.
En plus, j’abandonne à M. Brassart 200 livres pour l’indemniser des menus frais qu’il pourrait faire, soit pour lever des extraits d’actes ou autrement . (1) »
Nous ignorons si ce courtier marron obtint quelque résultat; aucun document n’est venu nous renseigner à cet égard, mais il est probable que Mme Rameau mourut avant que ses enfants aient reçu satisfaction.
' Le 22 mars 1^85, on l’enterrait au cimetière d’Andresy.
« L’an 1785, le 22 mars, a été inhumé dans le grand cimetière de ce lieu par nous curé soussigné Le corps de Marie Louise Mangot, décédée d’hier, bourgeoise de cette paroisse, âgée d’environ 78 ans, veuve de Jean Philippe Rameau, Ecuyer, en présence de Messire François-Marie de Gaultier, Chevalier, ancien officier des mousquetaires du Roy, et chevalier de L’ordre Royal et militaire de Saint Louis, de Messire Louis- Pierre Brissart de Launoy, Ecuyer, gendarme de la Garde ordinaire du Roy, de Georges Desmoulins de Charmes, officier du Roy, lesquels ont signé avec nous.
Signé : Gaultier. Brissart de Launoy.
Georges des Moulins de Charmes.
f. Calmelet, curé. (2)
On remarquera que Claude-François n’assista point à l’enterrement de sa mère. Nous pouvons le suivre jusqu’en 1789, car, en qualité de fils d’ancien « auteur de l’Opéra », il avait ses entrées gratuites à l’amphithéâtre de l’ Académie royale, et son nom figure, de ce chef, avec celui de son beau frère Gaultier, sur les états ad hoc que conservent les Archives
(1) Arch. de Seine et Oise, E. 1025.
(2) Etat civil d’Andrésy, 1785, f° 7v° et 8 recto.
SgGNS, 72
gjth
nationales (i). Le nom de Rameau ne se lit plus sur l’état des entrées gratuites relatif à 1789-1790.
Des enfants qui naquirent du mariage de Claude-François avec Suzanne Dubois, nous ne connaissons que l’aîné, un garçon né à Paris le 28 mai 1773, et dont le roi et la reine furent le parrain et la marraine :
« L’an mil sept cent soixante-quatorze, le cinq décembre, Louis Antoine, fils de M.Claude François Rameau, Ecuyer et garçon de la chambre du Roi et de Dame Marie Françoise Suzanne Dubois son Epouse, né le
28 de may an 1773 Sur la paroisse Saint-Gervais à Paris et y ondoyé le
29 dudit mois susdit an, en vertu de la permission de Mgr l’Archevêque de Paris en datte du 12 du susdit mois et an, suivant l’Extrait d’ondoyement de la susdite Paroisse de Saint-Gervais cy-joint, a reçu le supplément des cérémonies du Baptême par nous soussigné Curé. Le parein a été Très-haut, Très Puissant et Très-Excellent Prince Louis Auguste, Roi de France et de Navarre, représenté par Très haut et très-Puissant Seigneur Louis-Alexandre Céleste D’Aumont, Duc de Villequier, premier gentilhomme de la Chambre du Roi en survivance, Maréchal de ses Camps et Armées, Gouverneur en survivance de Boulogne et Païs Boulonnois, Seigneur du Marquisat de Genlis et autres lieux. La Mareine, Très-haute, très puissante et très-Excellente Princesse Marie- Antoinette D’Autriche, Reine de France, représentée par très-haute et très-puissante Dame Mme Anne Claude Louise D’Arpajon, Comtesse de Noailles, Grande d’Espagne de la première classe, Grand croix de l’Ordre de Malthe, Dame d’honneur de la Reine, qui ont signé :
Signé : Le Duc de Villequier.
Arpajon Comtesse de Noailles.
Rameau. Dubois- Rameau.
Allart, curé, (2)
Quant à Gaultier, il émigra en 1792. Dans le dossier qui lui est consacré aux archives départementales de Seine-et-Oise (3)
(1) Cf. M. Brenet Guide musical du 31 juillet 1898. et Arch. nat. O* 618.
(2) Registre des Baptêmes de la Paroisse Notre-Dame de Versailles , 1774, f° 95.
Les registres paroissiaux de Versailles ne renferment aucune autre mention d'enfants de Claude-François Rameau. Ces enfants, à supposer qu’il y en eut d’autres, naquirent vraisemblablement à Paris comme Louis-Antoine. Claude- François Rameau habitait place Baudoyer, paroisse St Gervais. En 1779, d’après V Almanach musical , il demeurait rue du Roi de Sicile,
(3) Ce dossier non encore inventorié, nous a été obligeamment communiqué par l’archiviste de Seine-et- Oise, M. Coüard. Il provient du versement effectué par les domaines et figure dans la série Q : Emigrés, condamnés , déportés. Il ne faut pas confondre ce nouveau dossier avec ceux auxquels nous avons déjà puisé et qui figurent dans la Série E.
on lit, en effet, une délibération de la municipalité d’ Andrésy, en date du io mai 1792, déclarant que :
« M. Gaultier et son épouse sont absents depuis environ 3 mois ; qu’ils sont propriétaires d’une jolie maison bien meublée, jardin y attenant,
2 clos en terrasse, En face de ladite Maison, la grande rue, entre environ
3 arpens de terre et 5 arpens de près-isle qui sont loués à divers particuliers... (1) ».
Dès le 14 mai 1792, les scellés étaient apposés à la maison de Gaultier et l’inventaire de ses meubles et effets était dressé par Jacques Jean Mireux administrateur, membre du Directoire du District de Saint-Germain, en exécution de l’arrêté des officiers municipaux d’ Andrésy, Nicolas Mercier et François- Joseph Mouchi.
La maison de l’ancien mousquetaire, située « en très belle vue et près le point de jonction de la rivière de Seine à la rivière d’Oise (2) », se composait de deux corps de bâtiments séparés par une cour en laquelle on entrait par une grille donnant sur la grande rue d’ Andrésy ; le bâtiment principal d’habitation était celui de gauche, et comprenait un rez-de-chaussée, un étage et des greniers ; il se divisait en un assez grand nombre de pièces dont l’inventaire décrit le contenu ; le mobilier paraît modeste ; çà et là, des fauteuils en velours d’Utrecht ou en tapisserie, des commodes en marqueterie, des tentures en toile de Jouy, mettent une note d’élégance dans cette gentilhommière campagnarde ; il y a aussi quelques tableaux et estampes, et bien entendu, le baromètre et le thermomètre de rigueur ; puis, des instruments d’optique, un microscope, une lunette d’approche servant sans doute à scruter le bel horizon déployé devant les fenêtres. Gaultier, pour charmer ses loisirs, possède une bibliothèque de 700 volumes et des outils de tourneur ; il possède même « une trentaine de livres de musique et 3 violons », ce qui donne à supposer que, comme le chevalier de Saint- Georges, il maniait cavalièrement l’archet. Puis, ce sont les hardes et les armes de l’ancien mousquetaire; les municipaux
(1) Délibération de la Municipalité d' Andrésy, io mai 1792. (Dossier Gaultier, Q).
(2) Procès-verbal de Vente des Immeubles de l'Emigré François Marie Gauthier en la commune d' Andrésy , faite au Directoire du District de la Montagne Bon air , le 2e Prairial de l'an second Républicain . Même dossier.
d’Andrésydécouvrent une housse de cheval galonnée, un sabre et « un cimeterre », un hausse col, un habit d’uniforme blanc, 4 culottes blanches, etc.
La présence d’un lit d’enfant prouvait que le ménage Gaultier laissait quelque progéniture ; mais hélas, il laissait aussi des dettes, car le dossier le concernant est rempli de réclamations de créanciers.
Quant à la progéniture, elle dut être fort nombreuse, si nous en jugeons par les renseignements que nous donne à cet égard l’état civil d’Andrésy. De 1773 à 1779, en effet, c’est-à-dire à partir du moment où il se fixa à Andrésy, Gaultier eut 4 enfants; cela permet de supposer que son union avec Marie- Alexandrine Rameau ne dut pas rester stérile au cours des 8 années précédentes.
Quoi qu’il en soit, l’aîné des enfants Gaultier-Rameau nés à Andrésy est un garçon, André Paul Louis Marie.
« L’an mil sept cens soixante treize, le premier juillet, a été baptisé par nous curé soussigné, André Paul Louis Marie, né le jour précédent du légitime mariage de Messire François Marie de Gaultier, Ecuyer, Mousquetaire du Roy dans sa première compagnie, Bourgeois de cette paroisse et de damoiselle Marie- Alexandrine Rameau. Le parrain, Messire André Amable de Gaultier, Ecuyer Mousquetaire du Roy dans sa première compagnie. La marraine Dammoiselle Anne-Mangot pensionnaire en l’abbaye de Poissy (1), lesquels ont signé avec nous, le père présent.
Signé : Gaultier, père, Gaultier de Blaque, Anne Mangot.
Calmelet cuié. (2)
André Paul Louis Marie ne vécut que 20 mois ; il mourut le 7 février 1775, et fut enterré le 8 dans le petit cimetière d’Andrésy. Son père, sur l’acte de décès, prenait le titre de « sous brigadier dans les mousquetaires du Roy »; il avait donc reçu de l’avancement. (3)
Le 28 octobre 1776, Gaultier a de nouveau un fils, Antoine Jean Simon.
>. L’an mil sept cens soixante seize, le vingt huit octobre, a été baptisé par nous curé soussigné, Antoine Jean Simon, né de ce jour du légitime
( i ) En venant se fixer à Andrésy, Mme veuve Rameau se trouvait à proximité de la résidence de sa sœur.
(2) Etat civil d' Andrésy. Baptêmes, année 1773, 16.
(3) D°, Décès, année 1775, f° 2.
mariage de Messire François Marie de Gaultier, chevallier, ancien officier des mousquetaires du Roy et de dame Marie Alexandrine Rameaux. Le parein : André Claude Louis Marie De Gaultier, chevallier, son frère; la mareine : Mademoiselle Thérèse Victoire Milet Delaveau, fille de M. Robert Milet Delaveaux, officier de cavallerie et de dame Marie- Thérèse Fontaine, demeurant à Paris, rue et paroisse Saint- André des Arts, lesquels ont signé avec nous, le père présent.
Signé : Gaultier, Millet de La veaux, Gaultier,
j Calmelet, curé, (i)
Puis, ce sont ses deux derniers enfants, un fils, Jacques François Guillaume et une fille, Antoinette Marie Victoire Suzanne. Depuis 1776, Gaultier n’est plus au service du roi; il n’a que 37 ans, mais il a préféré prendre sa retraite pour s’adonner tout entier à ses affaires; décoré par le souverain de la croix de Saint-Louis, il prendra à partir de cette époque le titre « d’ancien officier de mousquetaires ». Voici les actes de baptême des derniers enfants de Gaultier :
« L’an mil sept cens soixante dix huit, le huit janvier, a été baptisé par nous, curé soussigné, Jacques François Guillaume né de ce jour, du légitime mariage de Messire François Marie De Gaultier, chevalier, ancien officier des mousquetaires du Roy et de dame Marie Alexandrine Rameaux. Le parein Messire André Claude Louis Marie de Gaultier son frère, chevalier, la mareine dame Marie Louise Mangot veuve de Messire Jean Philippe Rameaux chevalier de l’ordre du Roy, toutes de cette paroisse. Lesquels ont signé, le père présent.
Signé : Mangot- Rameau, Gaultier, Gaultier, Calmelet curé.(2)
« L’an mil sept cens soixante et dix-neuf, le quinze octobre, a été baptisée par nous curé soussigné, Antoinette Marie Victoire Suzanne, née d’avant-hier du légitime mariage de Messire François Marie de Gaultier, chevalier, ancien officier des mousquetaires, chevalier de l’ordre royal de Saint-Louis, habitant de cette paroisse, et de dame Marie- Alexandrine Rameau. Le parrain, Louis Anthoinne Rameau, fils de Claude François Rameau, Ecuyer, pensionnaire du Roy et de dame Marie- Françoise Suzanne Dubois sa mère et la marraine. Lesquels ont signé avec nous, le père présent :
Signé : Rameau-Dubois, Gaultier, Rameau. Calmelet curé (3).
(1) D°, Baptêmes, année 1776, f° 17.
(2) D°, année 1778, f° 2.
(3) D°, année 1779, f° 21.
Le dernier enfant de Gaultier eut donc pour parrain le propre neveu de celui-ci, le jeune Louis Antoine, dont nous avons signalé plus haut la naissance, et qui était alors âgé de 6 ans, et pour marraine la femme de Claude François.
L’émigration de Gaultier fut constatée par arrêté du Département du 14 juillet 1792 (1) :
« Le directoire a pris connaissance de l’Extrait des Délibérations de la Municipalité d’Andrésy du 10 mai 1792, comprenant la liste des personnes possédant des biens sur ladite paroisse et qui sont émigrés, notamment du Sr Gaulthier(sic) décoré de la croix de Saint-Louis.
Comme il ne s’est pas conformé à l’Art. 9 de la loi du 8 avril 1792, en envoyant au Département des certificats de résidence actuelle et depuis 6 mois dans le Royaume, ses biens sont mis sous la main de la nation en vertu du Décret du 9 février 1792, et administrés par le Directeur de la iégie nationale. »
Désormais gérés « nationalement », les domaines de Gaultier subissent quelques vicissitudes ; d’abord, l’administration cherchera, mais vainement, à les louer. Le receveur de l’enregistrement de Poissy constate « qu’il est impossible de procéder au bail de la maison de Gaultier, ce particulier devant plus de 30.000 livres dans Andrésy» et que ses créanciers sont disposés à en requérir la vente à la « première occasion ». (2) D’ailleurs ,1a vente prescrite par la loi de septembre 1792 constituait un obstacle à toute location. Cette vente ne fut réalisée que le 2 prairial an II ; elle portait sur l’ensemble des immeubles ayant appartenu à Gaultier, et le procès-verbal auquel elle donna lieu, nous apprend qu’outre la maison principale et une seconde habitation située vis-à-vis de celle-ci, le gendre de Rameau possédait un jardin clos de murs et planté d’arbres fruitiers, 4 pièces de terre labourables, 11 pièces de prés situées soit sur le terroir d’Andrésy, soit dans les îles d’Achère et de Pégrand, enfin 3 saulaies sur des îles en Seine (3).
(1) Le gardien des biens séquestrés de Gaultier était un menuisier dénommé Riflard qui touchait 2 livres 5 sols par jour, en cette qualité. (Voir, même dossier, arrêté du 17 floréal, an II, et lettre du Directeur de la régie nationale du 18 germinal anll). Gaultier portait le n° 7 sur la 2e liste imprimée des émigrés du départ1 2 3 4.
(2) Lettre du 10 octobre 1792. Voir aussi lalettre adressée le 30 octobre 1792 au procureur syndic du District par le Directeur de la régie nationale.
(3) Procès-verbal susvisé. Arch. de Seine et Oise, Sie Q. District de St Ger-
main-en Laye, N08 1301 à 1326 du Répertoire.
Les biens de François-Marie de Gaultier furent vendus moyennant une somme globale de 96.825 francs. (1) A partir de ce moment, on perd la trace de l’ancien mousquetaire ; nous ne savons où il alla se réfugier, et ce qu’il advint de ses enfants. L’existence d’héritiers actuels de Rameau, existence qui nous a été affirmée, permettra peut-être de combler les lacunes de notre travail.
(1) Ce chiffre montre, par comparaison avec le prix d'achat payé par Gaultier en 1765, que celui-ci avait considérablement arrondi son bien.