Livres pour le mobilier
En cette circonstance, Gaultier avait recours à l’obligeance de sa belle-mère ; il lui empruntait 14 . 000 Livres, à charge de lui payer, à partir du Ier janvier 1766, une rente de 700 Livres, (4) et Mme Rameau prenait hypothèque sur les immeubles achetés par son gendre.
Nous trouvons Gaultier installé en 1772 à Andrésy,«où il mène l’existence d’un gentilhomme campagnard tout occupé à gérer ses vignes, ses prés et ses moulins. » L’ancienne étude Costy
(1) Le contrat Rameau-Gaultier fut insinué à Paris le 27 mars 1765 ; Reçu 50 Livres. Arch. nat. Y 407, f° 298 v° et 299 recto.
(2) Andrésy, canton de Poissy. Seine et Oise.
(3) Vente du j'r Août 1765. Minutes Bricault, Desforges sucer.
(4) Constitutions de rente du Ier 1765, mêmes minutes.
àAndrésy contient une foule d’actes relatifs à la gestion du mousquetaire (i).
Claude-François Rameau se maria beaucoup plus tard que sa sœur. J al, dans son Dictionnaire, cite l’acte de son mariage qui porte la date du 7 mai 1772. (2) Claude-François épousait en l’église Saint-Paul « Marie-Françoise-Suzanne Dubois, âgée de vingt-six ans, fille majeure de feu Louis-Charles Dubois (3) sindic général des Tontines, et de Dlle Maria- Anne Tissier ». L’acte était signé Rameau, Tissier, mère de la future et Lardier. Antoine Nicolas Lardier, correcteur en la chambre des comptes, représentait au mariage de Claude-François sa mère Mme Rameau, alors à Andrésy, qui lui avait donné procuration, à cet effet, par acte du Ier février 1772 (4).
Que Mme Rameau résidât à Andrésy, cette année là, c’est ce qu’un autre acte vient nous apprendre, confirmant ainsi les déclarations de Jal. Le 10 mai 1772, en effet, la veuve du musicien passe devant Me Costy, notaire à Andrésy, une procuration, à l’effet de continuer les poursuites intentées depuis 20 ans contre les héritiers Fourdinier de Saint-Michel :
«Par devant le Notaire de la prevosté d’ Andrésy soussigné furent présents :
Dame Marie Louise Mangot veuve de Jean Philippes Rameau, Ecuyer, Messire Marie François de Gaultier, Ecuyer, mousquetaire du Roy en la ire compagnie et damoiselle Marie-Alexandrine Rameau, son épouse qu’il authorise, demeurans à Andrésy, Et Claude François Rameau,
( 1 ) Les minutes Costy sont entre les mains de Me Millardet notaire à Andrésy.
(2) Malgré toutes nos recherches, nous n’avons pu jusqu’à présent, découvrir le contrat de mariage de Claude-François Rameau. Les registres d’insinuations, conservés aux Archives nationales, permettront sans doute de le retrouver ; mais, comme à cette époque aucun délai n’était prescrit pour l’insinuation des contrats de mariage et donations, il arrive souvent que cette formalité s’effectue longtemps après la passation des actes ; c’est ainsi que le contrat de mariage de Jean-Philippe Rameau ne fut insinué que 34 ans après son établissement ; on comprendra, dans ces conditions, que la recherche d’un contrat de mariage par le dépouillement des registres de la série Y, entraîne à un travail particulièrement ingrat et pénible. La date du mariage de Claude François Rameau nous a été confirmée par le cabinet généalogique Pavy, Andriveau et Schoeffer. Voir Jal, p. 1036.
(3) Il y avait beaucoup de personnages du nom de Dubois dans l’administrations des Tontines. En 1753 et 17 54, on trouve des contrôleurs de rentes de ce nom. ( Almanach royal. 1754, pp. 340-343). En 1767, il y a un Dubois, contrôleur qui habite Versailles. (. Almanach royal. 1770, p. 367)
(4) Nous n’avons pu retrouver cette procuration qui est indiquée par Jal. ( Loc.cit )
Ecuyer, garçon ordinaire de la chambre du Roy, demeurant à Paris, place Baudoyer, paroisse Saint-Gervais. Etant ce jour en ce lieu d’Andrésy. Lesquels ont volontairement fait et constitué pour leur procureur général et spécial La personne de Me Thomas Lasnier, ancien procureur en la Cour . à l’effet d’occuper pour lesdits Sieurs et Damoiselles consti¬
tuants dans toutes les causes et instances qu’ils ont pendentes actuellement aux Requestes de l’hôtel et au Parlement à l’Encontre des veuve, Enfans et héritiers et Représentants de Me Nicolas Fourdinier de Saint- Michel, décédé, conseiller du Roy, président trézorier de France au
Bureau des finances d’Amiens, leurs créanciers et débiteurs . faire
déclarer exécutoires contre les damoiselles Fourdinier de Saint-Michel, en qualité d’héritières, chacune pour moitié, de la dame leur mère, Les titres de créance que lesdits constituants ont contre elles . » (i)
Cette pièce, édifiante au sujet des lenteurs de la justice civile au xvme siècle, prouve en outre que Mme Rameau n’avait pas achevé le bail de 9 ans relatif à son appartement de la rue des Bons Enfants, puisque ce bail n’expirait qu’au mois d’octobre 1772 (2). Elle résidait encore à Paris en août 1768, lorsque, par devant Me Lambot notaire à Paris, Jacques Gastaldy, receveur des Gabelles de Vienne en Dauphiné, reconnaissait lui devoir la somme de 28.000 Livres prêtée par son mari au prédécesseur de ce fonctionnaire, le Sr Antoine Gabriel Pallu (3), mais elle habitait alors, rue de Richelieu, paroisse St-Roch ; ces 28.000 livres, Pallu ne les avait point remboursées à Rameau, en dépit de la sentence obtenue par ce dernier le 12 août 1760, au châtelet de Paris ; c’était son successeur Gastaldy qui, 8 ans après, endossait cette dette, affectant à la sûreté de celle-ci une somme égale constituant le montant du cautionnement qu’il avait versé entre les mains de l’adjudicataire général des Fermes Jean-Jacques Prévost. Le 15 février 1775, Mme Rameau par les soins de son gendre Gaultier, transporte la créance Gastaldy à « Dame Louise Hypolite Labussière, veuve de Hugues Durand de Saint-Romans, Ecuyer, Chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint Louis, capitaine lieutenant de la Maréchaussée de Dauphinédemeu-
(j) Procuration du io mai 1772. Minutes Costy, Millardet succr à Andrésy. — M. Millardet a bien voulu faire à notre intention des recherches dans son répertoire. Il n’a point trouvé d’actes passés par Mme Rameau antérieurement à 1 77 2*
(2) Voir ci-dessus l’Inventaire de Rameau à la rubrique « Papiers. »
(3) Obligation du 2 août 1760. Voir plus haut, et Délégation du Ier août 1768. Minutes Lambot, Père succr.
rant à Vienne (i) » et, aussitôt ce transport payé, elle s’empressait d’en placer le montant.
Toujours par l’entremise de son procureur spécial, François Marie de Gaultier, qui prenait alors le titre « d’officier des mousquetaires du Roy», elle prête le même jour, 15 février 1775, 19.000 livres à Anne Nicolas Robert de Caze, chevalier, demeurant à Paris, rue des Champs Elysées, paroisse de la Madeleine de la Ville l’évèque (2), puis, le 6 mars suivant, elle prête le reste, soit 9.000 livres, à Paul Pierre Kolly, « l’un des fermiers généraux de Sa Majesté demeurant à Paris, cul de sac Saint-Hiacinthe, paroisse Saint-Roch. » Les deux créances de Caze et Kolly furent remboursées, la première, le 20 septembre 1780, et la seconde le 25 octobre 1776 (3)
Ainsi se trouva définitivement liquidée l’affaire Pallu ; elle avait duré 15 ans.
L’affaire Fourdinier, en revanche, menaçait de s’éterniser. En 1781, le 4 septembre, un arrêt était bien intervenu condamnant les hoirs Saint-Michel au payement de leur dette, mais il demeura sans effet, à telles enseignes que les 8 et 9 août 1783, Gaultier, qui depuis 1776 était, ainsi que nous le verrons, décoré de l’ordre de Saint Louis, recevait procuration de sa femme et de son beau frère Claude-François (4), afin d’essayer encore une fois de rentrer dans tout ou partie de la malheureuse et chimérique créance.
Le 5 septembre 1783, Gaultier passait avec Henry Ildephonse Brassart, intendant de S.-A.-S. Mgr le Drince de Nassau, une convention ainsi rédigée :
« Sur ce qu’il a été représenté par mondit Sr Brassart aux héritiers de Messire Jean Philippe Rameau Ecuyer, qu’il serait possible de par-
'1) Transport, Obligation et Délégation du 15 février 1775. Mêmes minutes.
(2) Obligation de Case-Rameau, 15 février 1775. Mêmes minutes. De Caze s’engageait à rembourser sa dette le i<r octobre 1780 et affectait à la sûreté de la créance Rameau, 2 récépissés des Fermes. Le 9 février 1780, Mme Rameau, par devant Costy, notaire à Andrésy, donnait à son gendre procuration de transporter 4000 livres à prendre sur la créance de Caze.
(3) Obligation Kolly à Mme Rameau, 6 mars 1775. Minutes Lambot.Père succb Kolly affectait à la sûreté de sa dette un récépissé expédié par M. Colin de St Marc, receveur général des Fermes unies de France.
(4) Procuration du 8 août 1783. Minutes Raux-Roland à Versailles. Haizet succr. Arch. de Seine et Oise, E. io25.Voir aussi plus loin aux actes de baptême des enfants Gaultier.