IV. M. Chaban. (Voir de quel ordre il a été écroué
26 novembre 1748.
Le Sr Ramaux, Neveu du Sr Rameaux(sic), acteur de l’Opéra, a été conduit au fort l’Evêque par ordre du Roy, le 5 de ce mois, pour s’être trouvé sur le Théâtre de ce Spectacle où il a fait plusieurs extravagances et Insulté l’un des Directeurs
L’ordre de sa détention n’a pas passé par la Police et a été envoyé directement à M. Du val. (4)
s’adresser à M. de Maurepas.
27 novembre.
(1) Bibl. de l’Arsenal. Arch. de la Bastille 1 1. 656. Lettre adressée à M. de Berryer Lieutenant général de Police.
(2) Jean Frédéric Phelypeaux, Cte de Maurepas, Secrétaire d’Etat.
(3) Cet ordre du roi a été cité par M. Monval dans son édition susvisée du Neveu de Rameau , p. 128.
(4) Du val était « Guidon » de la compagnie d’infanterie du Guet commandée par M. de Rocquemont ( Almanach royal , 1751. p. 288
Cette pièce est accompagnée de la lettre suivante de Rameau le neveu :
Monseigneur.
Il y aura demain trois semaines que je suis au fort l’Evêque pour avoir fait les plus légères instances contre la garde de l’Opéra qui me vouloit empescher l’entrée du Théâtre où chacqun se rend avant le spectacle. Si j’ai satisfait à la justice de votre grandeur, jose vous supplier, monseigneur, de vouloir bien ordonner mon élargissement.
J’ai l’honneur d’être, avec le plus profond respect, Monseigneur, votre très humble et très-obéissant serviteur.
Rameau le neuveu-
Au fort Lévêque, le 26 novembre 1748.
D’autre part, on lit, dans la correspondance du secrétariat de la Maison du Roy avec l’Opéra, la lettre suivante adressée à M. de Tréfontaine, le concessionnaire du privilège de l’Académie royale de Musique (1).
A Fontainebleau, le 7 novembre 1748.
A M. de Tref ont aine.
J’envoye au Sr Duval un ordre du Roy pour retenir en Prison le neveu du Sr Rameau ; vous verrés avec son oncle le tems qu’il croira convenable qu’il y reste et vous me le marquerés.(2).
Rameau, de son côté, s’était adressé en haut lieu pour se débarrasser momentanément d’un neveu aussi compromettant. C’est ce qui semble résulter de la lettre ci-après que lui écrivait Phelypeaux :
A Fontainebleau, le 12 novembre 1748.
A M. Rameau :
Il est fâcheux, M, pour M. votre neveu, qu’il ne profite pas de la bonne éducation que vous luy avés procurée et qu’il vous soit devenu un sujet d’affliction. Je donnerai avec plaisir les ordres pour le faire passer aux Colonies si il veut y aller, mais il ne seroit pas possible de l’y faire conduire de force, ainsi vous me marquerès S. V. P. dans quel port vous conviendrés qu’il se rendra, afin que j’écrive au Commissaire qui peut le laisser embarquer sur un des premiers vaisseaux qui partira pour Saint-Domingue ou la Martinique. Je vous suis, M. très-profondément dévoué que personne au monde. (3).
(1) Tréfontaine avait succédé à Berger le 3 mai 1748.
(2) Arch. nat. O* 393, f° 554
(3) Ibid . Oi 393, f° 562. 563. Ces deux lettres ont été copiées par M. Nuitter (Arch. de l’Opéra). La 2e est visée par Monval dans son édition du Neveu de Rameau (p. 128), et par Thoinan dans sa Vie de J . F. Rameau, (p. 198).
D’ailleurs, Jean François ne demeura guère que trois semaines en prison, et la menace formulée par son oncle, de le faire embarquer pour les colonies, ne fut pas mise à exécution (i).
Mais Rameau n’avait pas à se plaindre de son seul neveu. L’Opéra, pour lequel il travaillait de façon si fructueuse, ne semblait point reconnaître à son gré les bons et glorieux services qu’il lui rendait, et l’ingratitude de l’administration de l’Académie royale touchait le musicien à un point tout particulièrement sensible. Maigres honoraires et pas de pension, voilà ce que l’auteur d 'Hippolyte, de Castor et de Dardanus, retirait de ses travaux. Il convient toutefois de remarquer que la pénible situation financière dans laquelle se débattait alors l’Académie royale ne facilitait guère l’octroi de libéralités aux auteurs des ouvrages représentés.
En 1750, pourtant, le 10 avril, le Roi accordait à Rameau 1.500 Livres de pension viagère payable par les concessionnaires de l’Opéra sur le produit des représentations (2). C’est là un fait qui découle de l’examen de Y Inventaire du musicien et qui paraît indiscutable. Comment expliquer alors les plaintes dont Collé se fait l’écho dans son Journal, au mois de mai 1751, plaintes qui tendraient à laisser supposer que la libéralité royale demeurait lettre morte en raison de l’état de la caisse de l’Opéra ?
Voici, en effet, ce qu’on lit dans le Journal de Collé, à la date de mai 1751 :
« Autre malheur. M. Le prévôt des marchands a été ce mois-ci rendre une visite intéressée à Rameau. La recette de l’Opéra qui devient tous les jours plus faible l’a obligé de faire cette démarche. Il lui a demandé les opéras nouveaux qu’il avait faits. Rameau a répondu qu’il étoit prêt à les lui donner, mais à une condition, c’est qu’on lui accorderait 1000 écus de pension sur l’Opéra. Il a représenté que MM. Campra et Destouches en avoient eu chacun une de 2000 écus, et qu’ils avoient été de moins de ressource que lui à l’Opéra ; que cependant, vu l’état où étoit actuellement ce Spectacle, il ne demandoit que la moitié de ce que ces MM. avoient eu ; qu’à ce prix, et en lui payant ses opéras nouveaux à l’ordinaire, il donneroit tout à l’heure ce qu’on lui demandoit. Le prévôt des marchands, qui n’est que le commis de d’Argenson, a été trouver ce ministre qui a refusé tout net. Rameau, de son côté, jure qu’ils n’auront rien qu’ils ne l’aient satisfait à cet égard. Il a été
(1) Ibid. p. 198.
(2) Voir plus loin l’ Inventaire de Rameau, à la rubrique: « Papiers »
voir l’abbé de Bemis et lui a dit en lui présentant un papier : Je ne sais point, Monsieur, faire de mémoire bien raisonné, moi, mais voici un état, jour par jour, de ce que mes opéras ont produit.Voyez cet état, il monte à 978.000 Livres, sur quoi je n'ai bénéficié que de 22.000 Livres.
L’abbé de Bernis s’est chargé, s’il en trouvoit l’occasion, de montrer cet état à Mme de Pompadour. Elle ne fera rien pour Rameau, elle n’aime guère sa musique moins encore sa personne. Il est pourtant bien honteux qu’on ne fasse rien pour un si grand artiste ! Pas même la moitié de ce que l’on a fait pour des gens qui valaient la moitié moins que lui ; cependant, qu’est-ce qu’une pension pour un homme de 66 ou 67 ans et qui se meurt presque ?(i)
Quoiqu’on puisse espérer que ses ouvrages se trouveront à sa mort et que, peut-être, on n’en perdra rien, quelle différence d’en avoir l’intelligence d’un Rameau lui même pendant qu’il vit, et qu’ils soient joués et exécutés dans le goût qu’il les a faits ! Cela crie vengeance ! (2).
Si les déclarations de Collé apportent quelques révélations assez piquantes sur le peu de goût que Mme de Pompadour montrait à l’égard de la musique de Rameau et sur l’antipathie qu’elle témoignait pour sa personne, ces déclarations s’accordent mal avec le fait que nous venons de signaler, avec l’octroi d’une pension, fût-ce d’une pension toute platonique. Il y a là, dans la biographie de Rameau, un point encore bien obscur. Sur la question des honoraires que le musicien retirait de ses ouvrages, nous ne sommes que très imparfaitement renseignés, en raison de la pauvreté des archives de l’Opéra en documents de comptabilité relatifs à cette époque.
Il existe cependant une pièce assez explicite à cet égard. Elle concerne les honoraires touchés par Rameau, à l’occasion de la Guirlande ou les Fleurs enchantées, représentée le 21 septembre 1751.