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LES CAISSES DE FBSISTANGB

Dialogue (*)

Pierre, — Dis-moi, Jacques, crois-tu que la pièce d'un anc que tu donnes chaque mois, pour la caisse de rélistance de notre métier, ne serait pas plus avantageuseent placée à la caisse d'épargne ?

Jacques, — Certainement, mon ami, à première vue il paraît que ce qui est déposé à la caisse d'épargne profite plus que l'argent versé dans une caisse de résistance ; mais si Ton réfléchit sérieusement à ce qu'est la condilion de l'ouvrier et au but que se proposent les caisses de résistance, on s'aperçoit bien vite que ces dernières ont unq utilité bien supérieure aux caisses d'épargne.

Pierre, — Cependant, ce que tu déposes à la caisse d'épargne t'appartient complètement, lu peux le retirer à chaque instant, et, à la fin de l'année, tu reoois, on intérêts, une certaine somme variable suivant le montant de tes \ dépôts ; tandis que ce que tu déposes à la caisse de résis- ^ lancé appartient à la société, et il se peut que jamais

(l) Extrait de VAImanac/i du Peuple j^our Jc>'7 1,

tu ne sois dans roblîgation d'avoir recours aux i payés en cas de chômage, de nfialadie, etc. , de so tu ne retirerais ainsi aucun béné&ce de tes versem

Jacques, — Ce sont là des raisons qui sont mal sèment encore adoptées par un grand nombre d*o qui croient ainsi défendre leurs intérêts ; mais rie aussi illusoire, au point de vue de l'amélioration < de l'ouvrier, que ce prétendu salut par Tép^rgne duelle.

Pierre, — Eh bien, voydns, explique -moi donc sont les avantages que tu vois dans la caisse d tance.

Jacques. — D'abord, comment se fait- il que tu déposer, à la fin de chaque mois, une certaine som caisse d'épargne? C'est simplement parce que le sah tu reçois contre ton travail est supérieur au mont dépenses nécessitées par ton entretien. Tu te sou vie depuis que nous travaillons ici, le taux de notre sal pas toujours été le même, que deux fois nous a\ subir une baisse, et ce n*est que dernièrement qi avons obtenu une augmentation. Tu te souviens enc la seconde baiàse que nous avons dû subir était te considérable, que tu avais été contraint de suspec versements à la caisse d'épargne : tu vois donc par la possibilité d'épargner dépend, en première li^ salaire que reçoit un ouvrier.

Pierre, — J'admets tes raisons; mais notre n'est pour rien dans !a fixation des salaires ; loi travail manque, les fabricants, les patrons ont to ,cilitc pour baisser les salaires ; lorsque le travail eî dant, ce sont les ouvriers qui, à leur tour, peuvent r( une augmentation.

Jacques, — Voilà précisément où tu te trompes, en que la volonté des ouvriers n'est pour rien dans la

LES CAISSES Dfi RIËSISTAnCJî

d^B saliîres. Commeot se fail'îl qu'en lempa de crise les

t fabricants et les palroiis aient autcint de facilité de baisser les salaires qu'ils accordent à leurs ouvriers? C'est que ceux-ci^ pour la plupart privés de ressources, soot con* Irainls, pour vivre, de travailler aux conditions qu'on leur 0lîre; de sorte qu'il sufGt à un fabricant, pour baisser les KpHx dans une profession^ de menacer les ouvriers les plus P pauvres de leur retirer Fouvraefe s*ils ne consentent pas à le faire à un prix réduit; ceux-ci^ prives d*aulres ressources, doïvenl nécessairement céder » et, à leur tour, ceux des ou-

Ivriers qui auraient d'abord facilement pu résister doivent ^ubir aussi la baisse des prix, sous peine de ne plus être ûêcupés ; c'est ainsi que le sort des ouvriers privilégiés — qui méprisent mallieureuaement trop souvent les moins favorisés qu'eux — se trouve, en (îo de compte, solidaire de celui de ces derniers.

^ Pien-e, — Je conviens que c'est ainsi que la plupart du H temps la baisse des salaires a lieu, mais je ne vois pas en- ■ core comment les ouvriers pourraient intervenir erScacement pour Te m pécher,

Jacqtws. — Je vais te le démontrer, mou ami. Un fabrî- I cant se présente chez un ouvrier horloger et lui offre du ; travail (1) ; les prix ne conviennent pas à Touvripr, mais il |a une nombreuse famille qui souiTre ; Il se dit: a Mieux vaut cola que rien ; je travaillerai une heure de plus par [jour» et mon budget sera toujours le même ». Mais, au lieu I d'être ainsi isolé et délaissé de tous, supposons que cet ûU- I vrier appartienne à une société de résistance ; lorsque le fabricant se présente chez lui, Touvrier a une au Ire nlter- [llative que le plus complet déniiement s'il n'aocepte pas les [cotidilions qui lui sont olfertes; il sait que s'il manque

. Il) Oaûs ce temps-Iît, la plupart d^s ouvriers IvorlogÊr» tr*l- [mllaiêtit êiiez eux, et non dans un atelier ûq un^ manufactur*.

de travail, pour en avoir refusé à des prix réduits, il recevra chaque jour, de la part de sa société, un subside équivalent aux dépenses journalières de sa famille, et que tous^ses coassociés refuseront, comme lui, des conditions jugées onéreuses pour les ouvriers.

Pierre, — Je commence à comprendre que les ouvriers, en se concertant et en se soutenant mutuellement, peuvent exercer une influence sur la fixation des salaires ; mais^il me se'mbie que, dans ces associations, les bons ouvriers doivent être souvent dupes des fainéants qui n'aiment pas le travail, de sorte que je préférerais encore la caisse d'épargne ; car, au moyen de l'épargne, celui qui en a réellemont la volonté pçut aussi se procurer quelque? ressources pour les mauvais jours, de manière à n'être pas complètetement à la merci des événements ; ce qui offrirait jusqu'à un certain point les mêmes avantages que la caisse de résistance, sans en avoir les i'pconvénients.

Jacques, — Tu es dans l'erreur, comme je te l'ai déjà dit. En temps de crise, ceux que tu appelles les bons ouvriers finissent toujours par souffrir autant que les imprévoyants ; les exemples de ce que j'avance sont nombreux ; .je t'en rappellerai seulement un. Dans l'atelier de Monsieur H. travaillaient deux jeunes gens peu prévoyants; lorsque la crise éclata, ils furent les premiers à proposer au patron de travaillera prix réduits; les autres durent nécessairement céder aussi. Tu en concluras probablement à l'impossibilité de rien faire de sérieux avec des hommes pareils; c'est ce que nous allons e^caminer.

Tu ne peux certainement pas contraindre deux jeunes \ gens à faire des . économies et à les placer à la caisse

d'épargne ; de sorte que, où la volonté n'est pas, il n'y a rien à faire par ce moyen. Avec le système des caisses de résistance, nous nous trouvons en présence de deux alternatives : ou bien nos deux ouvriers consentent à en faire

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