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TRANSFUSION DU SANG

Doit-on dans la transfusion du sang employer du sang complet ou du sang défibriné ?

Cette question n'est encore absolument résolue nt dans un sens ni dans l’autre. Par l’étude de l’excrétion biliaire après la transfusion, je crois avoir introduit dans la discussion un argument d’un certain poids. |

Les premiers physiologistes qui, à la suite de Denys, pratiquèrent la transfusion du sang étaient fort ignorants de la composition de ce liquide ; aucun d’eux n’eût osé lui retrancher un de ses éléments dont on ignorait le rôle, et qu’on était disposé à regarder comme un des principes les plus essentiels à la vie.

Jusqu'au commencement de ce siècle on ne pratiqua donc que la transfusion immédiate.

Vers cette époque les notions physiologiques deviennent plus précises; des recherches nouvelles mettent en lumière le rôle prépondérant des globules rouges dans l’acte de la respiration. Dans l’enthousiasme produit par cette découverte les physiologistes sont disposés à regarder comme accessoires tous les autres éléments du sang.

Or, la fibrine, par sa coagulation, peut produire des accidents d’embolie chez le malade qui subit la transfusion ; tout au moins force-t-elle à compliquer l’opération par l’emploi d'appareils spéciaux et un ensemble de précautions minutieuses.

Muller ayant avancé que la défibrination du sang. n’altère pas les globules, c’est à l’unanimité que les transfuseurs se décidèrent à retirer au sang un élément aussi gênant et, croyaient-ils, aussi inutile.

Dieffenbach, Bischoff, Giovanni Polli, Brown Sequard, Panum, Worm Muller, Kuster,!Leinsrick, J. Casse, Tassinari, Christoforis, Landoiïis, de Belina ont été les principaux apôtres de la défibrination.

Magendie le premier résista à l’entraînement. Il fit des saignées à des chiens et leur injecta ensuite dans les veines leur propre sang préalablement défibriné. Les animaux soumis à ces expériences s’affaiblirent graduellement et succombèrent à la répétition de cette opération. Les viscères et les parenchymes étaient imbibés de sérum sanguinolent ; le foie, les

poumons, le cerveau étaient le siége de congestions

intenses et d’extravasations sanguines. Magendie en conclut que la fibrine a la fonction spéciale de faciliter la circulation capillaire : « La même substance, « dit-il, qui se solidifie quand elle est hors des vais- « seaux, mais qui est liquide dans leur intérieur, la « fibrine donne au sang la merveilleuse viscosité né- « cessaire pour parcourir les capillaires les plus « fins. » (Agents physiques et chimiques de la vie.)

Tel est aussi l'avis de Claude Bernard.

Aujourd’hui, nombre de savants, surtout en France, en Italie et en Russie se sont ralliés à lopinion des deux éminents physiologistes, et estiment . que la fibrine n’est peut-être pas si inutile dans le sang qu’on l’avait cru pendant quelques années. On peut citer parmi les adversaires de la défibrination Ponza, Albini, Carlo Livi, Gesellins, Hasse, Moncogq, Behier, Roussel, Oré, Devay et Desgranges, Frantz Glénard, etc.

Hasse va jusqu’à prétendre que la transfusion de sang d'agneau complet est plus avantageuse pour l’homme que la transfusion de sang humain défibriné.

Je n’insiste pas sur les travaux de ces différents physiologistes, n’ayant aucune intention de refaire historique de la question qui se trouve très-complet et très-bien exposé dans le remarquable ouvrage de M. Oré. Je ne parlerai que du travail le plus récent, de celui qui m’a donné l’idée de mes recherches.

M. Hayem, dans la Revue scientifique du mois de janvier dernier, donne le récit d’expériences fort curieuses :

Il à entrepris de ranimer, par la transfusion, des chiens exsangues et condamnés à une mort certaine.

I n’a obtenu de résultats satisfaisants que par l’emploi du sang complet, ét — détail curieux — il a constaté que le sang défibriné a une action moins favorable que le simple sérum.

Le sang défibriné, loin d’avoir la valeur thérapeutique du sang complet,aurait donc une action nocive, due probablement aux embolies capillaires, produites par les cristaux d’hémoglobine dont on constate la présence dans le sang à l’autopsie, ou par les stromas agglomérés de globules en voie de destruction.

D’après le savant professeur, les globules transplantés d’un organisme dans un autre sont destinés à périr. La greffe sanguine est une chimère. Avant de périr définitivement, le sang transfusé peut continuer à remplir quelque temps dans le système vasculaire de l’opéré ses fonctions respiratoires, et permettre d’attendre la formation de globules autochthones, qui seuls auront une existence durable. C’est par ce mécanisme, par la surexcitation qu’elle produit dans la fonction hématopoiétique, par les matériaux qu’elle apporte pour la création de nouveaux globules et quelquefois en facilitant mécaniquement la ciculation, que la transfusion peut rendre des services.

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La seule différence qui existe entre les deux formes de transfusion, c’est que les globules du sang complet semblent être plus stables que les globules du sang défibriné.

Pourrait-on saisir sur le fait cette destruction de globules ?

Un moyen se présente immédiatement à l'esprit, c’est d'étudier l’élimination de leur élément caractéristique, le fer.

Je n’ai pas recherché ce métal dans l’urine. Les quantités qui y sont contenues sont très-faibles, et Claude Bernard a montré qu’une médication ferrugisineuse très-active ne les faisait varier que dans des proportions insensibles. C’est dans la bile — véritable émonctoire du fer de l’économie — que j'ai dosé cet élément après les deux formes de transfusion.

Voici l’exposé rapide des différentes expériences

que j'ai effectuées.

4° Transfusions de Sang défibriné.

Expérience 1. — Beau chien métis de 15 kilog. 800, à l'inanition depuis deux jours.

Le 1‘ décembre, on recueille la bile de la vésicule et on établit une fistule biliaire, suivant le mode opératoire habituel, sauf que la vessie de caoutchouc est laissée dans le ventre.

Immédiatement après, on injecte dans le bout périphérique de l'artère fémorale gauche 120 grammes de

sang defibriné froid. (Ce sang avait été pris à une chienne soumise, dans une expérience précédente à l’action de oxyde de carbone.) * Le lendemain, à deux heures. l'animal meurt subitement. L'autopsie est faite immédiatement. et la bile recueillie.

Il n'y à pas de pus dans le péritoine; l'urine ne contient pas de sang.

ANALYSE DE LA BILE

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Au spectroscope, raies de l'hémoglobine oxygénée.

N. B. — Les chiffres de l'analyse ci-dessus sont rapportés à un litre de bile ; dans les analyses suivantes, ils seront toujours rapportés à un kilogramme.

Expérience 2. — Chien bouledogue de 17 kilog. 300, a l’inanition depuis deux jours.

Le 20 janvier on lui retire, par la veine fémorale, 400 grammes de sang, qu’on réinjecte immédiatement après l’avoir défibriné dans le bout central de la veine. (On peut estimer que, par l'opération de la défibrination et de la filtration, il s’en est perdu environ £0 grammes.)

Immédiatement après cette opération, on établit la fistule biliaire, suivant le procédé habituel.

Le lendemain matin, on trouve le chien mort et froid. L'urine ne renferme pas de matière colorante du sang.

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