QUE RAP
un verre d'eau bien claire et limpide. « Qu'est-ce que cela? lui deman-
dait-il. — La question est bonne; c’est de l’eau.» M. Chapelain reprenait
le verre, ou même, le lui laissant dans les mains, magnélisait l’eau avec
l'intention tacite, connue de lui et de moi seuls, qu’elle crût y voir
du vin de Champagne, qu’elle aimait beaucoup. « Buvez, lui disait-
il,» — « Comme votre vin de Champagne est bon, docteur, » disait-elle
après avoir avalé le verre tout entier, et elle le tendait pour en deman-
der encore. Bientôt les phénomènes de l'ivresse se déclaraient, et al-
laient au point de lui faire babiller ses secrets. Elle demandait alors merci. M. Chapelain, par sa volonté, dissipait l’ébriété et la rendait à
elle-même. Pour qu'elle pût mieux apprécier les phénomènes produits
chez elle, M. Chapelain n’opérait quelquefois que graduellement la
transmutation des liquides. « Eh bien! croyez-vous? lui demandionsnous.— «Oui, pour l'instant, pour aujourd’hui; mais demain, je ne vous
en réponds pas. » Nous, passions souvent à un troisième ordre de
faits. M, Chapeluin lui disait d’aller toucher une feuille d’un oranger
magnétisé par lui ; à peine l'avait-elle saisie, que le sommeil s’emparait
d’elle par degrés, et de manière à ce qu’elle en eût conscience ; il de-
venait enfin complet , et elle entraït en somnambulisme.
Elle tâchait toujours de lutter, par sa volonté ; contre ces phénomènes qui se développaient sur elle malgré elle : il faut tout dire, elle essayait moins de résister aux effets magnétiques de l’oranger , parce qu’elle se plaisait à ceux qu'il faisait naître en elle. « Quand on s'approche de lui, disait-elle, le cœur vous bat de plaisir comme lorsque l’on va à un rendez-vous. » Les gens du monde et beaucoup de prétendus savans , après vous avoir souvent forcé, malgré vous , à leur raconter quelques faits extraordinaires de somnambulisme , vont consulter sur leur fidélité les sujets mêmes qui en ont été le théâtre, et en reçoivent presque toujours des réponses négatives. « Cominent voulez-vous que je vous croie, vous disent-i's alors, quand ceux chez qui vous prétendez avoir produit ces effets n'en conviennent pas ? » Ces personnes trouveront dans les faits que je viens de citer la réponse à leurs doutes et à leurs reproches. Madame H... D... nous
(76) a offert lé plus souvent ; pendant son somnambulisme , un phénomère; qu'on rencontre du reste chez quelques sujéts, mais rarement ; je veux parler de la paralysie de la langue. Elle entendait bien ce qu’on lui demandait : on voyait même qu'elle faisait des efforts inouis pour articuler une réponse , mais c'était en vain. Par la volonté et quelques attouchemens dirigés de AE en dehors sous la à so inférieure ; on pouvait dissiper peu à peu et détruire enfin tout à fait cette paralysie spontanée : on obtenait d'elle d'abord une prononciation un peu enrouéé, qui sé débrouillait par degrés , et devenait enfin nette et distincte. Il était facile aussi de provoquer, par la volonté’, cette paralysie | et de s’en servir comme d'une expérience confirmative de l'influence qu’on pouvait exercer sur cette femme malgré elle-mérné. Rién aussi n'était plus aisé que de déterminer chez elle pendant'son somnambulisme , et même à l'état de veille, des phénomènés'cataleptiques : ainsi on pouvait lui faire tenir immobile , élevé ét tendu un de ses membres supérieurs pendant une demi-heure , trois quarts d'heure de suite, et même davantage.
Réflexions. Cette observation , où se pressent tant de phénomènes si curieux du somnambulisme , pourrait, avec les réflexions sans nombre qu'elle comporte , fournir à elle seule là matière d’une thèse. Mais au milieu de toutes celles qui en ressortent nécessairement , et que j'äbandonne à la sagacité de mes juges, je me contenterai de choisir celles qu'’inspire l’incrédulité invincible de cette femme. Les personnés'qui dorment seulement du sommeil magnétique simple , etcelles} moins nombreuses, qui sont susceptibles du somnambulisme le plus lucidé', ne conservent ordinairement, par elles-mêmes , à leür réveil ou au sortir de cés déux états, aucun souvenir de ce qu'ellés ont été, dé'ce qu’elles ont dit et fait pendant leur durée ; mais’, comme on'en trouve des exemples dans les faits que j'ai cités , par la volonté expresse de leur magnétiseur , elles peuvent , bien que! rendues à l’état de veille, continuer à avoir conscience de quelquesuns des actes, des peñsées ou des paroles de leur vie magnétique.
Les oi vies étant alors en An sorte liées l'une à à l'autre, la js en la dernière est facile à ces personnes, pour peu qu elles soient assez bien organisées ; ellé s'établit en élles d’une manière solide . moitié par instinct et par intuition , moitié par raisonnement. Chez les intelligences bien faites et capables, cette foi peut s'engendrer, d'une manière rationnelle seulement : il suffit, en effet, de ‘leur prouver, à l'état de veille, qu’elles seules ont pu dire ou faire telle et telle chose pendant le Sohiniell lucide ; elles exaininent et croient. Mais pour certains êtres ; comme madame H.... D... , il est impossible de faire naître cette foi , ou de la faire durer, si elle paraît un instant; en vain par toutes les preuves accumulées lés réduisez-vous à avouer que tels faits ont été nécéssairetñnent produits sur eux et par eux; en vain, comme chez’elle , déterminez-vous chez eux. éveillés , une série de phénomènes somnambuliques qu'ils peuvent observer , jugér et sentir : vains efforts ! ils croiront , comme elle, pendant. une heure , un instant ! Mais cette foi fugitive cède au moindre souflle ; il n’y a point de lien possible entre leur vie maguétique et leur.vie ordinaire ; elles sont mortes l’une à l’autre. Somnambules , ils croient ; éveillés, ils nient ; quelques-uns font plus, ils. ridiculisent des faits dont ils ont été passible. et mu eur ont sauvé la vie. |
L'étude de cette classe d'êtres, 1°. est éminemment propre à prouver que ni le somnambulisme ni le sommeil magnétique né sont les produits de limagination-ou de la foi; 2°. ellé peut nous rendre compte de faits-que nous-voyons tous les jours, et que nous avons surtout observés à propos du magnétisme et du somnambulisme. Combien n'ai <je pas vu, en effet, d'hommes du monde et dé médecins, railleurs impitoyables des phénomènes magnétiques avant de’ les avoir examinés:! Ils tombaient malades ; et, après avoir épuisé. tous les:moyens habituels de l’art conseillés PAS les praticiens ou les confrères les plus’ distingués, ils avaient à la dérnière extrémité recours au-inagnétisme. Un magnétiseur peu rancuneux menait à leur lit de mort une bonne somnambule qui relevait les erreurs des
médecins, des confrères, les leurs propres. Sa consultation , étonnante par sa simplicité et sa vérité, arrachait jaux malades des larmes d'espérance et d'admiration ; ils la suivaient. Le médecin qui avait amené la somnambule les magnétisait, et leur donnait de sa vie. Pendant le traitement, leur enthousiasme n'’éclatait jamais assez à leur gré en faveur du magnétisme; ils maudissaient leur incrédulité passée, entretenaient de leur foi nouvelle tous ceux qui venaient les visiter : eh bien, rendus à la santé ils traitaient de chimères tous ces faits, prenaient en pitié ce qu'ils appelaient leurs momens d’erreur; quelques-uns semblaient même tout oublier, et déversaient le: ridicule sur ceux qui les avaient guéris.
Combien u’ai-je pas vu de personnes, même de l’art, assistant à des expériences magnétiques, après avoir torturé de la manière la plus cruelle de pauvres somnambules sur lesquelles ils avaient pu exercer impunément des traitemens qui auraient effarouché la pudeur d’un officier de hussards, être forcés de reconnaître la vérité de certains faits, y croire malgré eux dans le moment, et quelques jours plus tard oublier complèteinent ce qu'ils avaient cru, poursuivre de leurs railleries ou protéger de leur pitié ceux qui les avaient admis à de pareilles expériences |
J'ai vu des magnétiseurs qui, après avoir guéri par le magnétisme des maladies rebelles à d’autres traitemens, après avoir produit souvent les faits les plus curieux du somnambulisme, et constaté leur vérité, être peu à peu entamés par le doute, et finir par se taire , quand ils ne brisaient pas le dieu qu'ils avaient encensé!
Et pour sortir des faits relatifs au magnétisme, combien n’en avonsnous pas vus dans ces temps , si fertiles d’ailleurs en miracles de tous genres; combien n'en avons-nous pas vus, dis-je. d'hommes politiques , qui semblaient avoir pris racine dans de certaines idées opiniâtres, être forcés, émus qu'ils étaient par le spectacle imposant d’événemens nouveaux, de quitter ces idées, d’en revêtir de jeunes, auxquelles ils crurent un instant; et quelques jours plus tard, le lendemain peut-être, retomber dans leur ancienne assiette, quand l'exci-
tant momentané qui les avait jetés hors, venait à manquer sous eux. Et j'entends bien dire que tous ces hommes étaient de bonne foi dans leur croyance, leur doute, leur négation alternatifs! Car J'écarte de la question ceux qui, dirigés dans leur mobilité volontaire par un intérêt sordide , soutiennent aujourd’hui ce qu'ils ont, nié hier, et nient aujourd'hui ce qu’ils défendaient naguère, Cette race jésuitique , qui a conscience de sa versatilité de rapport , n'est qu'infâme. L'étude de ceux dont j'ai parlé d’abord est, au contraire, propre à faire naître plus d’une considération ; la seule à laquelle je m'arréterai , est la suivante : on ne doit pas consulter indistinctement tous les somnambules sur la vérité des phénomènes magnétiques dont ils peuvent avoir été le sujet. Avant de croire à l'opinion de certains hommes, même les plus célèbres, sur la valeur de ces faits, ou d’autres tout à fait étrangers, qu'ils jugent , disent-ils, après examen , il faut avant tout descendre dans la nature de ces hommes, et bienla. connaître ; car là où le fait est vrai, l'homme peut être faux sans le savoir lui-même, et avoir défailli quand le fait était bien vivant. Combien, en effet, la défaillance d'hommes renommés n’a - t - elle pas tué, pour un temps s'entend, de vérités qu'ils n'avaient pu comprendre !!! Le
Après ces quatre observations importantes, je pourrais en citer encore beaucoup d’autres non moins majeures; mais je m’arrête, car une thèse a ses limites. J'aurais pu soumettre les particularités de chacun de ces grands faits à plus de réflexions, et même à quelques discussions ; mais ces dernières aigrissent souvent plus qu’elles n’éclairent ; aussi les ai-je évitées avec soin; j'ai même tâché que mes réflexions. fussent autant que possible des éclaircissemens : j'ai préféré donner à ces faits tous leurs détails, et les laisser parler et se défendre eux-mêmes. D'ailleurs, les discussions auxquelles j'aurais pu me livrer, sont toutes abordées et parfaitement résolues par M. Rostan. Outre que je me serais exposé à répéter plus faiblement ce qu'il -a si bien établi, je n'aime pas les redites doni on encombre les sciences. Aussi je prends la liberté de renvoyer à son excellent article
tous ceux qui veulent bien examiner la question du magnétisme animal avant de la juger. FFEe
De tout ce que j'ai raconté, je tirerai les conclusions suivantes :
1°, Quelque extraordinaires que paraissent les faits magnétiques (et un fait, quel qu'il soit. en général), l’homme dont le cœur est probe, et l'esprit droit et juste, ne peut ni les rejeter, ni les adopter d'avance ; mais il doit en douter, et désirer de les vérifier, s’il les juge importans pour l'humanité. Croire d'avance à un ‘fait extraordivaire est d’un enthousiaste imbécille; le nier sans examen‘ est toujours d’un esprit mal fait, et souvent d’une âme sans conscience. On peut vérifier les faits magnétiques comme tous les autres , soit en les observant produits par soi-même, soit en des observant déterminés par un autre. te
2°. Pour déterminer soi-même ces phénomènes, il-n'est pas necessaire d’y croire, d'avoir.ce qu’on nomme.la foi ; il suffit dé vouloir (condition, du reste, indispensable pour: la manifestation d’ün effet quel qu'il soit); mais peur faire naître ceux-ci, il«faut une volonté énergique et durable. La volonté seule, ainsi caractérisée, suffit, mais” elle détermine des crises graves et pénibles; forte, mais, de plus, bienveillante, ses effets sont plus salutaires .et plus: faciles; ils lé devienvent davantage encore, s’il se joint à la volonté d’autres facultés.'Le magnétiseur le plus puissant sera celui dont une volonté calme} faculté principale, prend son appui dans une. grande fermeté, une conscience pure, un respect religieux de la nature de l’homme ,‘ une grande bienveillance, de l'amitié, et une belle santé physique. Les gestes décrits par les magnétiseurs sous le nom de passes n'étant que les instrumens de la volonté et des autres facultés cérébrales’, sont ce qu'elles veulent qu'ils soient ;. ils. répandent leur action sur le magnétisé, ou la concentrent sur un de ‘ses organes seu lement. . L
&. De la part du magnétisé, la condition indispensable est non pas la foi aux phénomènes magnétiques, mais la faculté innée de les éprouver" Cette faculté existe-t-elle, un magnétiseur habile les déterminera chez
le magnétisé, quelque opiniâtre que soit son incrédulité, malgré,
toute sa volonté. J’ajouterai, tirant ces conclusions non des faits de la thèse, mais de faits nombreux que j'ai observés : cette faculté manque-t-elle, toute la puissance du magnétiseur, toute la force d'imagination du magnétisé, la foi la plus vive, sont impuissantes à les faire naître. Pour que leur développement soit facile et sans danger, il faut dans le magnétisé ce calme qui n’est ni ami, ni ennemi ; un désir trop vif s'oppose à leur développement, plus encore peutêtre que la résistance la plus opiniâtre. Quand on observe ces phénomènes produits par un autre, il faut se placer dans ce calme de cœur, d'esprit et de corps, que j’appellerai philosophique ou ‘scientifique, qui n'incline ni pour ni contre. En effet, une disposition bienveillante de la part de l'observateur aide à la puissance de l’expérimentateur pour la production de ces phénomènes, mais elle peut égarer l'observateur. Üne attitude ennemie s’oppose à leur développement, si son génie est plus grand que celui de l'expérimentateur; les rend plus lents ou à peu près nuls, s’il balance le sien ; les dénature, s’il lui estinférieur. Dans quelques cas, elle fait plus, elle produit pour le patient une véritable souffrance.
4°. Les phénomènes produits sont des crises affreuses, si l’action du magnétiseur est énergique, mais dure, impérieuse, dépouillée de sympathie; si le magnétisé est incrédule et résiste. Si les circonstances sont favorables des deux côtés, la nature des phénomènes est diffé- . rente. Parmi eux, les plus simples sont : un engourdissement plus ou moins profond , durant lequel on oublie ses souffrances et on jouit d’un bien-être délicieux, peuplé d'idées riantes et douces; puis l’occlusion d'une ou des deux paupières, incomplète ou complète, et d’autres phénomènes partiels d’un fait plus compliqué : le sommeil magnétique complet. Ce dernier est caractérisé par un mol abandon de tout le corps, le système musculaire de la vie animale ayant cessé ses contractions ; par l'abolition complète des cinq sens; le plus souvent par un peu plus d'accélération dans la circulation ct la respiration, si ces fonctions étaient calmes avant, et leur ralentissement, au contraire , si
(82) elles étaient accélérées ; par une activité plus grande imprimée à toutes les fonctions interstitiélles ; par une sorte, de turgescence érectile de tout l'individu, et une expression générale de calme et de béatitude iadicible ; par l'oubli de toutes les peines, quelles qu'elles soient, et la jouissance consciencieuse de son bonheur; par l'isolement du magnétisé de toutes les choses et personnes environnantes ; la conservation de ses rapports avec le magnétiseur, et, quelquefois , avec ceux qui Jui portent une affection très-vive; enfin l’oubli complet au réveil. Mais, le fait le plus compliqué et le plus intéressant est, sans contredit, le somnambulisme, dont les facultés remarquables sont les suivantes : 1°, L'insensibilité extérieure. 2°. La vue, sans le secours des yeux, par le front, l'occiput, l’épigastre, etc. 3°. L’exaltation des facultés morales intellectuelles et physiques. 4°. L'appréciation du temps actuel. 5°, La vue dans le passé, dans l'avenir (rétrovision , prévision ), 6°. La vue dans l'espace. 7°, La faculté de percevoir l'état sain ou malade de ses organes ou des organes d'un autre, d’appliquer à leurs maladies les remèdes convenabies. 8°, La faculté de lire dans la pensée du magnétiseur ou des personnes en rapport, de saisir leur caractère, et, en un mot, les particularités les plus intimes de leur organisation individuelle. 9°. La faculté de prendre les symptômes des maladies étrangères. 10°. L'oubli complet au réveil. 11°. Une soumission trèsgrande, le plus souvent entière, aux volontés du magnétiseur. Il peut, par sa volonté mentale ou exprimée, s’isoler ou non du somnambule; établir entre ce dernier et d’autres personnes un rapport plus ou moins complet, l'en isoler entièrement , si ce rapport existe ; faire disparaître chez lui toutes les impressions morales , intellectuelles ou physiques déterminées sur lui ou nées en lui, leur en substituer d’autres; paralyser chez lui la sensibilité , le convulser ; changer pour Jui les liquides, faire que l’eau soit du. vin , et produire en lui la vue de certains objets et de, certains êlres éloignés ; faire qu’à son réveil il conserve le souvenir d'un ou de plusieurs faits de sa vie magnétique ; il peut même reproduire sur le somnambule ; rendu à l'état de veille , la plupart des-effets qu’il détermine pendant son sommeil.
5°. Les crises magnétiques graves, comime celle que j'ai rapportée et que produisait si souvent Mesmer, sont dangereuses dans la plupart des cas, surtout chez les sujets faibles et épuisés par de longues maladies; néanmoins, dans quelques circonstances rares , chez des individus difficiles à émouvoir et qui auraient besoin de fortes sécousses, - il serait avantageux peut-être de les provoquer ; elles pourraient älors être employées et agir à l'instar de ces médicamens perturbateurs auxquels nous devons de si bons résultats dans la médecine ordinaire. Ces crises d’ailleurs ne sont vraiment effrayantes que pour un magnétiseur novice, ou pour des personnes étrangères aux expériences magnétiques. Un magnétiseur habile et sûr de lui-même les craint peu ; car il sait qu'il a la vertu de les calmer. Je le répète, dans les mains d’un tel homme ces crises bien appliquées peuvent End we des sie et n'offrent jamais de danger réel.
Dans la médecine ordinaire , le fait que nous sommes le plus me de déterminer dans une maladie est ; après la guérison , un bon sommeil; car nous savons tous ses effets salutaires ét médicamenteux : il fait cesser la vie de relation, souvent si fatale ; enidort les blessures de toutes natures, reploie et concentre l'être dans sa vie organique , en harmonise les fonctions, active les absorptions interstitielles , résout les points malades, et en même temps nourrit; car s'il est un proverbe vrai c'est le suivant : Qui dort. dine. Souvent, je né dis pas toujours, il n’est donc pas de médicament qui vaille un bon sommeil. Eh bien, le sommeil magnétique possède tous les bienfaits du sommeil ordinaire, et il les possède à un plus haut degré ;‘ïl est’; de plus, prodigue d’autres bienfaits qui sont refusés à ce dernier!: aussi ses effets curatifs sont:ils plus rapides et plus marqués que les siens; souvent il suffit seul pour guérir; et s'il ést nécessaire de faire coïncider: avec ce médicament d’autres médicarnens , il reste toujours le principal. Souverain par lui-même , il peut davantage encore quand le magnétiseur, par sa toute-puissance sur le magnétisé ; ÿ ajouté dw sien et renforce son action de l’action bienveïllante de personnes amies: Le médecin magnétiseur qui se sentira en lui les facultés que j'ai sie
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gnalées , et qui trouvera dans son malade ce calme patient et cet abandon ‘dont j'ai parlé, pourra toujours, sans danger, chercher à déterminer le sommeil. magnétique.’ Ainsi produit, il sera’‘utile dans toutes les maladies, s’il estadministré avec modération, et si, pendant sa durée, le magnétiseur s’abstient de toute expérience de pure curiosité, Heureux donc les malades auxquels la nature a donné le pouvoir de dormir du sommeil magnétique! mais plus'heureux encore les somnambules, car ils dorment de ce sommeil et sont doués en, outre de facultés plus précieuses !
7 Leur étude éclaire l'histoire de lumières pbitatles et lui prête un instrument, le plus vrai peut-être, pour ses investigations.les plus obscures : elle donne à la physiologie humaine et à la physiologie générale une base plus large; elle s'adresse à la psychologie et la rectifie : la politique, la morale peuvent en tirer des leçons utiles ét insolites ; car des faits humains aussi importans que ceux-ci n’apparaissent pas sans mettre en émoi toutes les choses humaïnes. Je n'ai pas le temps d’insister sur toutes ces prétentions ; je sens en outre combien il serait dangereux de les développer dans une thèse dont on fait hommage à beaucoup de personnes différentes , et qui toutes pe, seraient pas aptes à lire ces révélations. Je ne m'attacherai donc qu'aux facultés somnambuliques pouvant servir au oies et au traitement des maladies.
&. Bien que notre intelligenceet notre science médicales aient, dans ces derniers temps surtout, porté à un haut degré de certitude le diagnostic des maladies des solides , nous ne pouvons nier cependant qué, dans beaucoup de cas, ce diagnostic ne soit obscur, difficile , impossible même avec les données actuelles. Le’ diagnostic, malgré les secours récens de la chimie, est encore dans l'enfance pour ce qui regarde les altérations des liquides, et surtout des fluides impondérables ; eh bien, je suis autorisé à penser, d'après les faits que j'ai cités, que les facultés instinctives des somnambules pourraient servir à rectifier, éclairer ou confirmer notre jugement sur les altérations des solides dans les circonstances obscures, nous mettre sur la voie
des découvertes à faire sur les altérations des liquides et des fluides. Ces facultés nous seraient utiles surtout pour éclaircir l’histoire des névroses , des affections cutanées et de beaucoup d’affections chroniques ; elles pourraient peut-être en pénétrer les causes , qui nous échappent encore. Une maladie est souvent constatée par un médecin; mais il doute ou se méprend sur sa nature : il la juge inflammatoire, elle est nerveuse. Une bonne somnambule peut alors lever ses doutes, redresser ses erreurs. :
9°. La thérapeutique médicale a fait d'immenses progrès par les travaux des modernes ; mais, il faut l’avouer, et le moment est favorable pour être modeste, combien n'est-elle pas encore impuissante pour beaucoup de’ maladies! Elle ne peut donc dédaigner de nouveaux secours ; elle en trouverait, je pense, dans les lumières que fourniraient les somnambules employés à la recherche des remèdes et au traitement de certaines affections aiguës ou chroniques, les plus graves et les plus incurables.
Ce qui caractérise le grand médecin, c’est ce tact médical que la science accomplit, mais qu'elle ne donne pas, faculté moitié instinctive, moitié rationnelle, par laquelle il descend dans les individualités morbides différentes et saisit les indications propres à chacune d'elles. Cette combinaison heureuse de l'instinct et de l'intelligence, qui est le génie , se trompe encore ; elle est d’ailleurs très-rare. Le vulgaire des médecins est réduit aux lumières péniblement acquises par leur intelligence, qui connaît bien des règles générales, mais qui, s’appliquant difficilement et avec peu de bonheur aux cas particuliers, est chligée alors de tâtonner sans cesse. Or, dans le somnambulisme ressort spécialement l'instinct de l'homme, faculté remarquable chez certains êtres et éminemment propre à deviner les besoins individuels. Pourquoi l'instinct de somnambules éprouvés ne s’unirait-il pas à l'intelligence des médecins pour le traitement des maladies graves et douteuses? Leur instinct sentirait, découvrirait ce que l’intelligence des derniers jugerait et rectifierait ; elle proposerait à son tour des moyens dont le premier préciserait l'opportunité relative.
Toutes ces expériences sur les facultés, instinctives des somnambules appliquées au diagnostic et au traitement des maladies, ont besoin d'être faites avec sagesse et tempérance, comme toutes les expériences en général. Peut-être même exigent-eiles plus de prudence, à cause de leurs difficultés et de l'importance des erreurs ; mais de même . qu'il y aurait de la folie à croire sans examen tout ce que pourraient annoncer les somnambules, il y aurait aussi, je pense , de la mauvaise foi à rejeter d'avance les services qu'ils sont susceptibles de rendre. Quelle est en effet l'ambition légitime du médecin? De guérir. Il doit donc, s’il est conséquent avec lui-même, s’entourer de toutes les puissances capables de le conduire à son but, pourvu toutefois qu'elles ne blessent pas la morale. Pour moi, étudiant afin de l’être un jour, je me suis occupé du magnétisme animal, parce que rien de ce qui pouvait servir au diagnostic et au traitement des maladies ne devait w'’être étranger. Médecin , j'appliquerai le magnétisme aux affections qui le demandent, comme je le ferai de l’opium , du quinquina, de l’émétique et d’autres remèdes ; je tirerai parti du, somnambulisme comme de l’auscultation. et de la percussion , ete. Des médecins déhontés et faisant trafic de leur art me traiterontt sans doute de : charlatan; je serai un fanatique crédule aux yeux de plus d’an Orgon médical. Un sot, un fou, un ambitieux, verront peut-être en moi leur image; je sais tout cela, car j'ai appris à connaître ces, hommes. Mais qu'y faire? Quand l’émétique et le quinquina. parurent en. Europe, on traita de fous , de charlatans, de fanatiques les médecins qui. les premiers eurent le courage de. les employer. Aujourd'hui on se moquerait. avec Justice de ceux qui nieraient leurs: vertus. Il.en sera de même un jour du magnétisme et, du somnpambulisme. Soyons donc fou aujourd’hui pour être sage un jour.
10°, La puissance absolue du magnétiseur et obéissance passive du somnambule ouvrent un. vaste champ aux effets curatifs dans les maladies de ce dernier; et d'abord, le somnambule dort de ce: sommeil magnétique si salutaire par lui-même; il est susceptible en. outre de voir ses maux et leurs remèdes. Vous, son, magnétiseur, vous les. ap-.
67) prouvez ou les repoussez. Mais ensuite vous pouvez tout sur cet étre qui dort là devant vous. Vous voulez, et il est enlevé à toute l’atmosphère d'hommes et de choses qui lui sont funestes, et placé dans celle qui lui est bienfaisante! A-t-ii froid, vous le réchauffez: a-t:il chaud , vous le rafraîchissez? Vous souflez sur toutes ses douleurs, quelles qu’elles soient, et ses douleurs se dissipent ; vous changez ses pleurs en rires, son chagrin en joie ; son pays, sa mère lui manquent-ils , vous les lui faites voir sans les avoir vus vous-mêmes ; estil faible , vous lui donnez de la force ; est-il trop fort, vous l’affaiblissez; est-il abattu, vous le relevez; prend-il les symptômes morbides d'un autre ; vous les chassez de son corps; vous paralysez sa sensibilité s’il doit subir une opération cruelle ; vous commandez, en un mot, à toutes ses fonctions. Vous transformez l’eau en un liquide qu'il désire ou que vous lui jugez utile , et l’eau agit comme ce liquide. Vous pourriez faire qu'elle restât de l’eau pour son estomac et ses intestins enflammés , et qu’elle devint du quinquina pour son sang et son système nerveux. J'ai fait plus, j'ai rempli pour une somnambule un verre vide : elle buvait; les mouvemens de la déglutition avaient lieu comme à l'ordinaire , et sa soif était apaisée ; avec rien, j'ai calmé sa faim; avec rien, je lui ai servi des dîners splendides (des médecins concevront dans certains cas la nécessité de pareilles expériences ). Un point souffre, on le dégage; et par sa volonté, on établit un révulsif sur un autre. Je n’en finirais pas si je détaillais toutes les particularités de l'empire du magnétiseur. Que ne peut-on pour la guérison d’un être sur lequel on peut tout! Voilà, certes, une médecine nouvelle, une médecine d'homme à homme. L'homme a d’abord cherché le remède à ses maladies et aux maladies de ses semblables dans les substances inorganiques, dans les substances végétales et animales mortes. Elles lui en ont offert, elles peuvent lui en offrir encore de précieux , de spécifiques même; mais sa plus grande puissance médi-. catrice est en lui; le remède souverain, c’est lui-même. Une volonté ferme et morale, pleine de tendresse et de charité , dans un corps sain et vigoureux , voilà le plus grand modificateur de toutes les ma-
ladies en général; cela est vrai, surtout des maladies des somnambules ou de ceux qui sont susceptibles du sommeil magnétique. Mais il ne faut pas se le dissimuler, cette médecine sympathique est fatigante pour celui qui la fail; on donne de sa vie à l’homme qu’on magnétise ; on peut prendre ses maladies. Pour réussir sans dommages , il faut lui être et lui rester toujours supérieur. Elle peut offrir encore plus de danger pour lé magnétisé, On les conçoit tous, quand on pense que la puissance du magnétiseur peut aller jusqu’à suspendre la vie du somnambule. Un magnétiseur inhabile , mal portant, impuissant, peut déterminer des désordres très-graves chez le maonétisé , et l’afiliger d’une maladie nouvelle en cherchant à le guérir de celle qu'il à; mais ces dangers, quelque graves qu'ils soient, ne sout rien auprès de ceux dont la morale peut être blessée. Des médecins les comprendront sans peine, et m'approuveront de ne pas les détailler dans une thèse. |
Si des magnétiseurs immoraux ou charlatans, pour des plaisirs infâmes ou un vil intérêt, peuvent abuser du magnétisme, des somnambules mal dirigés ou abandonnés à eux-mêmes peuvent employer d’une manière funeste pour eux et ceux qui les consultent, les facultés que leur a données la nature. Les grandes villes renferment beaucoup de ces consultantes ou sibylles, car ce sont presque toujours des femmes. Leur charlatanisme s'affiche comme bien d’autres. Si d’abord elles étaient douées d’une belle lucidité, elle se détériore, et se perd bientôt par l’appât du gain, seul mobile qui remplisse leur âme. (Car la soif de l'or tue les facultés du somnambule, comme la puissance du magnétiseur, qui s'exaltent au contraire par le désintéressement. ) Elles continuent néanmoins leur commerce trompeur; et leurs divinations fabuleuses, suivies par des êtres crédules, deviennent fatales. Ce charlatanisme menteur et funeste sous tant de rapports, ne peut aller que croissant dans un siècle de liberté générale en tout , et où la licence n’est malheureusement que trop voisine de la liberté. Et cependant, si la liberté ne doit être donnée qu’à ceux qui en sont dignes, cela est vrai surtout de celle de pratiquer le magnétisme animal? Les
{ 89 ) hommes honnêtes, qui se sont occupés de cette question, ont dû en signaler sans doute tous les dangers. M. Rostan , le seul que j'aie lu, l’a fait avec discernement. J’appelle à mon tour sur eux l'attention des médecins. Ce n’est pas en niant le magnétisme et le somnambulisme, en les regardant passer, les bras croisés, du haut de notre grandeur, que nous étoufferons leur existence; nous nous priverons seulement de leurs bienfaits, et n’empêcherons pas leur abus, qui s’augmentera encore de notre dédain ou de notre anathême lancé sans examen; car les hommes sont ainsi faits, ils se prennent de passion . pour les exilés, mais leur enthousiasme entretient et fait pulluler les charlatans moins encore que notre proprefaute. S'il y a des charlatans en médecine, les médecins doivent s’en prendresurtout à eux-mêmes. La plupart, en effet, dominés par le système exclusif qui règne alors dans la science , repoussent dans leur pratique les moyens opposés à ce système dominateur. Les charlatans habiles s’en emparent, les affichent, réussissent dans les cas nombreux où ils conviennent réellement, tuent dans d’autres où ils sont contraires, mais n’en exploitent pas moins aux dépens de la société et de la médecine une foule de malades. Voyez; quand les charlatans aux remèdes dits purgatifs des humeurs , dépuratifs du sang, réconfortans, et autres, ont-ils eu plus de vogue? Âu moment où la médecine antiphlogistique, essentiellement solidiste, s'était emparée de presque toutes les intelligences médicales, que de victimes n’ont-ils pas faites, je le sais ! Placé dans les hôpitaux, j'ai recueilli plus d’un de leurs blessés à mort. Mais, il faut l'avouer, ils ont obtenu et obtiennent encore d’éclatans succès là où le traitement antiphlogistique avait été et doit être impuissant, Je dirai plus, contraire, Eh bien! je pense que l'audace et le nombre de ces charlatans disparaîtraient, ou du moins diminueraient de beaucoup, s’il n’y avait pas aussi une mode en médecine, si les médecins cessaient d’être en général exclusifs; si, plus sages, ne rejetant aucun moyen, mais cherchant à adapter à chaque cas individuel celui qui convient, ils faisaient, comme font nos grands praticiens, la médecine des mala-
des,et non celle d’un,système ou: d’un homme. IL y a des charlatans mâles et femelles de magnétisme-et. de, somnambulisme, parce que les. corps. sayans. ou en repoussentiindistinctementitous les faits, ou ne les reconnaissent que partiellement, et avee mauvaise grâce, et' parce que. les. médecins. négligent les secours si grands qu'ils:en pourraient tirer. Mais. que la, Faculté de. médecine de: Paris, où:se pressent tant de notabilités médicales si justement: célèbres, prenne l'initiative: de cette questions l'examine avec cette: élévation et: cette: impartialité scientifiques, qui, commandent. le: respect et la: foiset: si, comme: je n'en doute.pas, elle reconnaît la vérité.et l'importance defaits-attestés par Georget, MM: Rostan, Malfatti, Hufeland', Deleuze, et tant d'autres, hommes, distingués et: de bonne:foi:, qu'elle demande-et obtienne une chaire.de magnétisme-animal; comme on:en voit dans .Jés-facultés d'Allemagne.et;de-Russie; qu'on:passesur ce sujet des thèses, comme sur d'autres; que, réduit à.sa juste valeur, il tombe dans lé domaine de la,science, médicale. ét, serve: aux. cas: nombreux qui: l’appéllént , alors,ces charlatans.de.tous genres disparaîtronts car, accueilli däns sa vraie, patrie, sa vogue d'enfant proscritine l’entourera plus, et son utilité. réelle, avouée. et- mise à profit:en hautilieu, là ‘où elle doit l'être enfin, ne,sera-plus exploitée dans les:carrefours; oùvont:en se cachant-la.chercher comme un dernier: espoir, ducs, généraux, ministres.et médecins mêmes, pour qui la science: actuelle: a .confessé qu'elle ne. pouvait;plus rien;
Ma, thèse, était finie, quand j'ai pu lire.le dernier: rapport sur: le magnétisme animal, fait:à l'académie royale, de: médecine: les : 24 et 28 juin.1831, par-MM;, Bourdais de la Mothe; Fouquier; Guéneau de Mussy, Guersent, Husson, Itard, J.-J: Leroux; Marc; Thillaye.: Dans ce rapport sont consignés des. faits, de. sonimambulisme analogues à beaucoup; de ceux quejai cités, et tout aussi extraordinaires-qu’eux: Ces faits.constatent d’une manière positive.et irrécusabled’insensibilite, la clairvoyance,ou vision ; à, travers . les paupières. closes, l'intuition, la prévision intérieure, la prévision, extérieure-des somnambules (ce sont les propres expressions du rapport). Parmi les hommes qui les attes-
( gr ‘M tent , les uns sont, comme MM. J.-J. Leroux et Fouquier, professeurs à la faculté de médecine ‘de Paris, et placés à la tête des services importans des hôpitaux; les autres, comme MM. Husson, Guéneau de Mussy, Guersent, sont des médecins célèbres de l’'Hôtel-Dieu et des enfans malades. M. Marc est premier médecin du Roi; M: Jtard, médecindirecteur de l'institution des sourds - muets; MM. Bourdois de la Mo-
the, Thillaye sont connus. Tous ces hommes sont remarquables: par
leur bonne foi, leur moralité , leurs lumières, et des travaux-scienti-
fiques estimés. Leur rapport, qui un jour sera éclatant dans l’histoire du magnétisme animal, fait donc autorité. Aussi, après l'avoir lu, ma première pensée avait été de le faire imprimer à la suite de ma thèse , et de le donner à ceux À qui cette thèse sera-offerte, En plaçant
ainsi sous son patronage , sous son égide. amie, ce faible essai, jeune”
homme j je défendais les faits extraordinaires que je raconte par des
faits semblables attestés par des hommes graves, et mes maîtres en |
la science. Mais ne pouvant faire imprimer cé”rapport, J'Y renvoie néanmoins tous ceux qui liront ma thèse; je les prie de ne la ; juger qu'après l'avoir médité.