‹ Quelques faits et considérations pour servir à l'histoire du magnétisme animalChapitre 10 sur 13 · CINQUIÈME FAIT · texte numérisé non relu

CINQUIÈME FAIT

Somnambule se guérissant elle-même ; accouchant sans douleur ; opérée d'une tumeur, sans douleur ; guérissant sa fille, etc., et restant incrédule, malgré tous ces faits.

Madame H...… D... est une femme de vingt-neuf ans, d’une figure agréable, grande, maigre, brune, très-nerveuse, véritable petite maîtresse, et une de ces femmes du monde pour qui la moindre doua physique est redoutable à l’égal du supplice le plus cruel. Dans

‘état de veille ordinaire, c’est un sujet on ne peut plus médiocre et mobile, ayant de la grâce et ce babil qu’on est convenu d’appeler esprit dans la société, mais dans le fond incapable de rien de soutenu et d'élevé. Elle fut atteinte, il y a plusieurs années, d’une bronchite chronique fort grave, simulant la phthisie pulmonaire, et à laquelle des médecins habiles opposèrent un traitement rationnel des mieux entendus. Néanmoins l’état de cette dame alla en empirant, les hommes de l’art finirent par en désespérer. M. Chapelain, qui fut alors appelé en désespoir de cause près de la malade, la magnétisa et obtint chez elle un somnambulisme lucide, dans lequel madame H..... D... sentit parfaitement son mal et se prescrivit un traitement, qui, suivi, amena une guérison complète. Guérie, elle ne put croire qu'elle düût sa guérison à elle-même et resta incrédule aux phénomènes dont elle avait été le sujet.

Plus tard, devenue enceinte, elle recut id soins de M.Chapelain. Appelé près ñ elle au commencement du travail, ce médecin la mit en somnambulisme, et suspendit chez elle les douleurs de la parturition qui s'étaient déjà déclarées avant le sommeil. Elle n'en sentit aucune pendant toute la durée du travail. Les contractions utérines eurent lieu comme dans l’état ordinaire; mais quand madame H..... D... sentit que le fœtus allait être expulsé, elle pria M. Chapelain de l’éveiller, et de lui laisser éprouver la dernière douleur, parce que, lui dit-

( 66.) elle , « j'enaimerai mieux mon enfant. Je veux me rappeler quil m'a faitsouffrir.» M. Chapelainserendit ses désirs, et l'accouchement setermina quelques minutes après son réveil. Ces deux faits m’ont été rapportés par M. Chapelain. J'ai vu de mes propres yeux ceux qui suivent, et qui rentrent dans les deux premiers. |

Quand je me trouvai pour la première fois avec madame H..…. D... , elle offrait sur la partie latérale droite du cou une tumeur allongée, étroile (longueur deux pouces, largeur un demi-pouce ), assez saillante , ‘d’un rouge vif, très-douloureuse, formée par la peau et le tissu cellulaire sous-cutané induré, La peau était décollée presque partout, et ouverte en‘quelques points; il s'était formé de petits trajets fistuleux, dont les orifices laissaient suinter un ichor fétide et âcre. Cette tumeur, par sa saillie rouge sur le cou, était un ornement peu flatteur à l'œil d’une petite maîtresse ; aussi madame H..... D... désirait-elle vivement s’en voir délivrée; mais la crainte de la douleur qui naîtrait de l'opération balançait ce désir , et l’emportait sur lui. M. Chapelain lui proposa de lui enlever la tumeur pendant qu'elle serait ensomnambulisme; elle n’y consentit au’après des prières etdes raisonnemens inouïs. Assiégée de la pensée qu’elle souffrirait, même en somnambulisme, de l'opération qu'on allait faire , elle opposa à l’action magnétique de M. Chapelain toute la résistance que sa volonté put puiser dans l'énergie de ses facultés cérébrales. Ce médecin eut de la peine à la plonger dans un somnambulisme parfait qui le rendit maître de paralyser chezelle lasensibilité. Elle offrit d'abord, en effet, un som-

nambulisme incomplet, où.la crainte perçait encore à travers un reste de résistance, qui succomba enfin.

Lorsqu'elle eut été amenée au degré désiré, la métamorphose chez elle fut totale. De récalcitrante qu'elle était un instant avant ,' elle devint de suite victime soumise et dévouée. Le contraste frappant dans l'état de cet être au moment de sa lutte, et pendant son obéissance, eût suffi pour convaincre un esprit sévère, mais impartial, qu'il n’y avait là ni compérage, ni effet produit par l'imagination. La résistance de madame H.... D... avait été celle de l’effroi; vaincue ; Son

obéisshnce fut, nôn° pas une résignation ,'mais un élan. Elle‘enleva d'elle-même le fichu qu'un instant avant'elle pressait avec terreur contre son cou ; comme pour le sauver du séalpel, pencha la tête à gauche.ét tendit la partie malade à l'instrument, 'au-devant duquel elle alla. L'opération fut faite exprès avec lenteur ct à petits coups: Elle consista à diviser les trajets fistuleux avec un bistouri cônduit sur une sonde cannelée; à ébarbér la péau décollée sur les côtés de la tumeur, et'à emporter celle-ci. On'rapprocha un peules bords ‘de la plaie: résultant de l'opération avec deux petites bandelettes ‘agglutinatives, on appliqua’sur elle un petit plumasseau sec ; quelques com pressés et un bandage médiocrement serré autour du cou: Pendant sa durée’et celle du pansement' qui la suivit, la inalade ne témoigna non-seulement pas de doùleur, mais même pas la plus légère sensibilité. M: Chapelain voulut qu’à son réveil linsensibilité persistât ;'elle persista en effet. La malade causait, riait avec nous, et refusait de croire que l'opération eût été faite. Elle nous avoua alors qu'elle avait résisté autant qu'elle avait pu à l’action magnétique, et qu'elle était venue chez M. Chapelain dans‘la ferme inténtion de ne pas se laïsser opérer. Trois jours après, l'appareil fut levé ; la malade étant en somnambulisme ; la‘ plaie fut'cautérisée avec la pierre infernale: et pansée; aucune douleur, pas laplus petite preuve de sensibilité. Les jours suiväns , les mêmes soins furent répétés avec les mêmes résultats'y il n’était pas même nécessaire d’endormir la malade ; elle réstait éveillée :’ M, Chapelain se contentant de paralÿser la sensibilité’autour de la plaie et sur elle. Un jour madame H.... D... prétendit qu’elle ne souffrait pas parce qu'elle ne devait pas souffrir ; M: Chapelain fit cessér la paralysie de la sensibilité ; à l'instant , madame’H..... D... poussa des cris dé douleur, et, repentante ; demanda bien vite qu'on suspendît de nouvéau la sensibilité chez elle. La guérison eut lieu facilement,'et ne fut pas suivie de différmité. L’incrédulité de ma-

dame H.... D... résista à ces nouvelles épreuves. Un mois après, la petite fille de cette dame, âgée de dix-huit mois, tomba malade, L’affection était d'abord une.bronchite très-légère.

M. Chapelain, qui vit l'enfant par hasard, prescrivit une infusion émolliente , moins de nourriture, et recommanda expressément à la mère de l'envoyer chercher, pour peu que l’état de l'enfant s’aggravât. (En partant pour l'Angleterre, le mari de madame H.... D...., qui avait été convaincu par les faits précédens de la puissance du magnétisme, avait fait jurer à sa femme de n’appeler d'autre médecin que M. Chapelain, si leur fille ou elle tombait malade.) L'enfant alla plus mal. Madame H.... D... ne prévint pas M. Chapelain, et vit à sa place un médecin distingué, qui donna à sa petite fille des soins assidus et pleins de bienveillance. Son état devenant de plus en plus grave, ce médecin demanda et obtint une consultation avec M. J'adelot. Ils jugèrent tous deux sa position désespérée. Ce fut alors seulement que madame H.... D... écrivit à M. Chapelain la lettre suivante que je cite parce qu’elle sert à peindre et la personne et la situation.

« Mon cher docteur,

« Après votre visite de mardi soir 30 novembre, pour ma petite, je restai tranquille et ne m'inquiétai pas. Le danger augmenta sans que je m'en doutasse; une dame de mes amies , voyant l’état de l'enfant, m'amena son médecin. Par tous les remèdes qu’on appliqua à l'enfant, je compris que j'étais sur le point de la perdre; je me livrai au plus affreux désespoir. Depuis quatre jours, je suis comme une folle; enfin aujourd’hui seulement j'ai la force de vous écrire et d'appeler votre amitié à mon secours. Je n’ai qu’à me louer des soins de M... ; H a donné à mon enfant plus que des soins de médecin; il a passé une partie des jours et des nuits. Vous concevez qu’une conduite semblable a droit à ma reconnaissance ; il ne croirait pas que c’est l’amitié qui me fait réclamer votre présence ; ainsi, mon cher docteur, venez me voir. Votre présence me fera du bien et peut-être me portera bonheur. »

Ho DS

Lundi, midi, 6 décembre 1830.

J'étais chez M. Chapelain lorsqu'il reçut cette lettre. Retenu par beaucoup de malades, il me pria d’aller voir madame H...D... et son enfant. Il me donna, pour endormir la mère, un anneau qu’il magnétisa fortement dans cette intention. Je trouvai madame H... D... réduite au désespoir et pétrifiée de Ja présence inattendue de son mari, qui arrivait à l'instant même de son voyage en Angleterre. Il avait appris d'elle tout ce qui s'était passé, et sa colère était aussi légitime et aussi grande que sa douleur. Je jetai un coup-d'œil rapide sur l'enfant, qui me parut fort mal , et j'essayai de suite, après avoir calmé les deux époux, d’endormir madame H... D... en appliquant sur son front la bague magnétisée. Elle s’endormit, mais avec peine; entra en somnambulisme, mais lentement; s’approcha de sa fille, concentra son attention sur elle un instant, et me dit : « Je ne puis Ja voir en ce moment; je suis trop émue encore de la scène qui vient d’avoir lieu ; faites-moi le plaisir de repasser plus tard. » Je la réveillai, en retirant la bague du front ; je sortis, et reyins une heure après. Je trouvai madame H.... D... avec une de ses amies seulement ; elle pleurait, la tête appuyée sur les mains de son enfant. La bague fut appliquée sur le milieu du front ; le sommeil magnétique vint plus rapidement et le somnambulisme aussi. Madame H... D... prit les mains de sa fille pendant cinq minutes, puis lui toucha la tête, et me dit : « Je la vois mal, et comme dans un nuage; cette bague n’est pas suffisante, aidez à son action. » Tenant la main gauche appuyée sur la bague, j'embrassai alors largement de la droite le sommet de la tête de la somnambule; je concentrai avec calme, mais avec force, toute ma volonté sur ce point pendant une minute; je conduisis ensuite à distance, le long des extrémités supérieures et audevant du corps jusqu'aux pieds, la même main, dont lesdoigtsétaient écartés et la paume dirigée du côté de la femme. Ma pitié était grande pour cette mère au lit de son enfant mourant! aussi mon action magnétique fut-elle puissante et prompte à élever son somnambulisme au point le plus parfait. « La voyez-vous bien maintenant? lui demandai-je. — Oui, très-bien! » Alors s'offrit pour moi et l’amie,

présente à ce spectacle , une.scène touchante,.à la vérité. de laquelle on croit quand on l’a vue, parce qu'elle ne pouvait être feinte , mais qu'il est impossible de rendre. La mère était debout. le corps immobile, les paupières complètement fermées, les membres. supérieurs étendus vers sa fille , tous les traits desa figure «et de. sa tête plongés dans une concentration profonde, sa tête étant un peu: abaissée sur.sa poitrine ; dans toute son attitude, il yavaitje neisais quel élan réfléchi: vers sa fille. : celle-ci était sortie .de,son accablement; ses gémissemens avaient cessé, sa figure s'était colorée; et avait pris plus de calme: ses yeux..fixes et largement: ouverts s'étaient attachés à sa mère; tout son-pelit être. semblait comme.porté:vers:le sien; on eût dit:que leurs deux vies étaient confondues l’une dans l’autre... Ce double phéromène dura tout le temps dela consultation. Je l’écrivis sous la . dictée de la somnambule ; Ja ‘voici : L

« La peau des tuyaux et::des poches:par: lesquels elle respire et mange:est très-rouge:et couverte de matières gluantes:,-épaisses ; qu'il faut faire couler; il faut:en même temps éteindre cette :rougeur; le cerveau est-sainet blanc, mais très-pâle: et très-irritable ; à cause de la: maladie de la poitrine et du ventre et surtout à cause desremèdes qu’on a employés, comme Je vésicatoireret les:sinapismes.: 11 faut donner à l'enfant:un lavement fait avec de l'eau de son:; qu’on fera bouillir pew de.temps,: et une: infusion: de fleurs de: mauve::: que l’eau du:lavement.ne soit pas trop gluante pour: qu'elle fasse mieux couler les glaires.et. qu’elle ine charge pas les: entrailles; après : le lavement ;: il faut Ja mettre dans un bain ‘d’eau.de son tiède, après l'avoir d’abord. enveloppée de flanelle qui n'ait point encore reçu l’eau:de savon ::il faut éviter qu'elle ne porte contre une partie froide de la baignoire; une. fois dans le bain , on lui mettra sur: la tête des :compresses trempées. dans de l’eau vinaigrée froide. Après Je bain, on lui enveloppera les, pieds avec des cataplasmes faits avec de la farine de graine:de lin et de l'eau de guimauve ; on lui enveloppera aussi les genoux:spécialement et toutes les jointures-ayec des flanclles trempées ‘dans de l'eau d'herbes émollientes, un: pen plus quetiède; on appliquera

sur le ventre etle bas de la poitrine des flanelles ; qui n’aïent point encore été savonnées, trempées dans une décoction d'orge perlé et mondé, à laquelle on ajoutera une idée de vinaigre ; on lui donnera à boire de l’eau de chiendent légère, magnétisée et:sucrée avec trèspeu.de sirop. Le loock ( ordonné par le médecin} est trop lourd; il faut le supprimer ; il s'ajoute aux glaires qui sont déjà dans l'estomac et les boyaux, et endort l'enfant: il faut panser le vésicatoire qui est sur la poitrine avec du cérat seulement , il a fait beaucoup de mal à mon enfant, et il l’irrite beaucoup ; on plongera ses mains dans dé l'eau tiède ; plus de glacé sur la tête, mais des compresses d’eau vinaigrée ; il faut la magnétiser à grands courans, et avec le ferme désir de lui faire du bien. » ; *

Lundi, six heures du soir , 6 décembre 1830.

La consultation finie, je la relus à madame H... D... ; elle me dit : « Je ne vois rien de plus à faire pour le moment; mon enfant est trèsmal; je ne sais pas encore si elle pourra guérir. On doit employer ce que j'ai dit, et non pas ce que les médecins ont conseillé, car ils lui ont fait beaucoup de mal, et ils me la tueraient; ils croient que la maladie est dans la tête surtout , mais elle est dans le ventre et la poitrine : la tête n’est prise qu'à la suite. Ayez pitié de moi à mon réveil; forcez-moï de faire ce que j'ai trouvé pour mon enfant; surveïllez-moi , car je ne le ferais pas; réveillez-moi. » Réveillée, elle ne conserva aucun souvenir de ce qui s'était passé; je lui lus sa consulitation ; elle refusa de croire qu’elle eût été dictée par elle. J’appelai en témoignage son amnie qui avait assisté toute ébahie à la scène, et qui lui attesta le même fait. Vains efforts ! après bien des discours, croyant

enfin avoir obtenu d'elle qu’elle exécuterait la consultation, quel qu’en

fût l’auteur, je la quittai. M. Chapelain' arriva une heure après mon

départ; il trouva madame H... D... en train de suivre non pas son ordonnance à elle, mais celle des médecins. Il l’'endormit de nouveau ;

somnambule; elle lui répéta ce qu’elle m'avait dit, et le supplia de rester pour la forcer à faire, quand elle serait réveillée, ce qu'elle avait

(72) prescrit pendant son sommeil. Rendue à l’état de veille, elle ne s’y décida enfin qu’en voyant M. Chapelain se mettre le premier à l’œuvre. Tous les moyens indiqués par elle furent employés à la lettre, et on négligea dès-lors ceux des autres médecins. Le lendemain matin (mardi 7), madame H... D... fut endormie par M. Chapelain, et mise en rapport avec sa fille ; elle donna la consultation suivante :

« Ily a moins de fièvre qu’hier soir, l’irritation de la poitrine et du ventre n’a pas disparu ; elle est moindre; la couche de glaires est moins épaisse ; le cerveau est aussi un peu moins irritable qu'hier. — D. L'enfant est-il hors de danger? —R. Oui; elle marche vers le mieux, 1] faut que je ne recoive personne ; l’odeur des pieds est funeste à ma fille. (Dans son état de veille, la chambre où était couchée son enfant était encombrée de commères dont elle aimait à s’entourer. ) La peau est moins sèche; l'enfant a plus de force; il faut que je la magnétise moi-même deux fois par jour. Continuons les mêmes remèdes qu'hier. »

Mardi soir , nouvelle consultation donnée de la même manière. « Pas de bain ce soir ; continuer les cataplasmes sur les jointures. L'enfant dormira cette nuit et moi aussi; il faut qu’elle soit un peu levée. » Elle la prend dans ses bras, lui donne à téter.et la magnétise en même temps. « Il faut frotter ce soir les pieds de l'enfant avec de la graisse de bouillon froid; frotter l’épine du dos avec du beurre de cacao. Changeons la tisane en une infusion légère de violettes; il n’y a plus sur la poitrine qu'un peu d'irritation; il n’y a plus de blanc (mucus) dans ses {uyaux, »

Mercredi 8, une heure apres midi, nouvelle consultation. La mère et l'enfant ont bien passé la nuit. Dès que la mère est endormie, elle s’occupe de la petite sans la toucher, et dit qu’elle la voit bien. « L'irritation est à peu près la même dans l'estomac; mais la poitrine est dégagée, ou n’a plus que très-peu de chose. Mon lait est échauffé et ajgre ; il faut que je boive toutes les demi-heures un demi-verre d’eau

magnétisée par M. Chapelain ; alorsje pourrai continuer de donner à

- téter. Ce soir à huit heures, on lui fera prendre; un bain dans lequel

elle restera vingt minutes ; à trois heures on lui donnera un lavement fait avec moitié lait, moitié eau et un,peu de.beurre très-frais ; il faut continuer les cataplasmes sur la poitrine et aux genoux seulement ; il faut continuer de lui graisser les pieds avec de la graisse de bouillon froid ; cette graisse calme F'irritation causée par les applications échauf-

fantes qu’on a faites; continuer les frictions de. beurre de: cacao sur: l’'épine du dos, pour rafraîchir le feu qu'il y a dans les reins et les en-.

trailles; continuer de la magnétiser chaque fois qu'elle paraîtra agitée. Elle est tout à fait hors de danger ; d’ici à deux jours, touteirrita-

lion aura disparu entièrement; voilà tout pour jusqu’à demain. Il n'est:

pas nécessaire, M. Chapelain, que vous veniez ce soir, comme vous en

aviez l'intention. » Elle se fait magnétiser par M: Chapelain deux carafes d'eau, avec l'intention de la calmer et de rafraîchir son lait;

elle lui recommande de fixer ses regards sur l’eau en la magnétisant ; elle l’avertit quand elle est suffisamment magnétisée.

Jeudi 9 ,une heure après midi, nouvelle consultation. « 11 n’y a plus rien à la tête ; elle est tout à fait bien ; il n’y a plus d’irritation à la poitrine qu’un peu au côté droit, dans une petite place, où je voisun peu de rougeur. Pas de bain aujourd’hui; elle prendra demain le dernier. Il faut revenir aux Javemens adoucissans ; le reste de la semaine, on

appliquera des cataplasmes sur les jointures ; mais avant de les appliquer , on y fera de petites frictions sèches; continuer les frictions de

beurre de cacao sur l’épine du dos: Je n'ai plus besoin d'être magnétisée pour mon enfant, cela me fatigue le cerveau; elle n’a plus besoin de moi, elle est guérie. Continuer alternativement l’infusion de vio-

lettes et la tisane de chiendent. — D. Pourquoi votre enfant crie-t-elle ?

— R. Elle s'ennuie. »

À dater de ce jour, madame H... D... cessa d’être mise en somnambulisme : le traitement prescrit par elle: fut seul suivi et suivi entiè-

(Sanaa rement. Son enfant guérit, mais elle ne voulut jamais croire que cette guérison fût due à elle-même.

Je laisse à des médecins, j'entends des médecins instruits, à qui la bonne thérapeutique des maladies des enfans est familière, le soin d'apprécier dans ses détails et son ensemble tout ce qu’ a de profondément ingénieux et d'opportun le traitement révélé par son instinct à cette mère somnambule; ils avoueront, je pense, qu'il contient de ces inspirations secrètes que l'intelligence la plus heureuse, éclairée par uné longue expérience , n'aurait pu jamais saisir.

J’ai rencontré, depuis cette époque, plusieurs fois madame H...

. chez M. Chapelain. Quand, en lui rappelant tous les faits que je viens de raconter, je lui faisais quelques reproches sur son incrédulité opiniâtre : « Je ne puis pas nier ces faits, me répondait-elle; mais je ne puis pas y croire; que voulez-vous? ce n'est pas de ma faute. » Et si d’autres que moi vous demandaient s'ils sont vrais, que diriez-vous? x Que je n’en sais rien, mais que je n’y crois pas. » M. Chapelain et moi cherchions-nous alors à la convaincre par des raisonnemens basés sur les faits passés , c'était peine perdue. Nous avions recours à des faits nouveaux. Ainsi, par exemple, M. Chapelain ja laissait éveillée et maîtresse de toutes ses autres facultés ; il se contentait d’abolir par sa volonté la sensibilité seulement chez elle; il Jui traversait alors les mains. avec de longues aiguilles, la pinçait, lui introduisait dans la gorge, dans le nez des plumes garnies de leurs barbes, lui en passait sur le globe de l'œil, les paupières, et cela sans provoquer la plus petite douleur.

Croyez-vous , lui demandions-nous , que cela doive se passer ainsi dans l’état naturel? « Oui, disait-elle en riant. » M. Chapelain rappelait alors par sa volonté la sensibilité dans toutes les parties touchées : « mais finissez donc , criait Madame H... D..., vous me faites mal. — Comment, on ne vous touche pas; il y a donc une différence? — Oui.»

Nous passions un autre jour à un autre ordre de faits. M. Chapelain, la laissant toujours éveillée et maîtresse d'elle-même, lui présentait

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