UNE AVENTURIÈRE ITALIENNE AU XVII* SIÈCLE CHRISTINE DE NORTHUMBERLAND
Par une belle soirée d'août, en Tan 1680, une dizaine de jeune» femmes étaient assises sur les bancs extérieurs du palais Paleotti, à Bologne, prenant le frais et s'entretenant galamment avec des cavaliers debout devant elles. Il y avait là toute la (leur de l'aristocratie bolonaise ; et, ainsi que cela se passait toujours dans ces réunions, la conversation était conduite par la maltresse de la maison, la belle et charmante marquise Christine Paleotti. Or, comme on en était venu à parler d'une autre grande dame de Bologne, cette marquise Christine, qui n'avait pas rhabitude de cacher sa pensée, s'était mise à rappeler, « avec une extrême liberté, » diverses aventures d'amour qu'avait euesla dame à Venise, et à Bologne même. Alors, l'une des jeunes
'ido FKMMES d'auteurs ET FEMMES DE LETTRES
femmes qui l'entouraient, la marquise Catherine Roverelii Maivezzi, après l'avoir laissée « vider son sac, » sourit d'un sourire amer, et, se tournant vers elle, lui tint ce discours : « A vous entendre parler de la Locatelli, on croirait vraiment que vous avez oublié ce que vous avez fait vous-même, et ce que vous continuez à faire ! Ce que vous avez fait, le comte Antoine Trotti le sait bien, qui a dépensé des trésors pour vous ; le savent bien aussi le comte de Pignoranda et d'autres cavaliers de Milan, sans compter ceux de Florence et de Rome ; et nos Bolonais, aussi, le savent bien, que vous vous êtes efforcée d'attirer dans vos filets. Mais eux. Dieu merci, n'ont pas été les merles naïfs que vous supposiez ! Le comte Hercule Pepoli, sur qui voua fondiez de grands projets, vous a rebutée ; le comte Antoine Zambeccari s'est moqué de vous ; du marquis Guido Pepoli vous ne parviendrez plus à extraire un sequin ; et il ne vous reste présentement personne à plumer que le marquis Philippe Barbazza : encore celui-là est-il si instable, de sa nature, que vous pouvez être certaine qu'il ne vous durera guère. Si bien qu'il me paraît que vous pourriez réfléchir un peu sur vos propres actions, au lieu de critiquer la conduite d'autrui ! » A quoi la marquise Christine, en vraie femme du monde, répondit simple-