‹ Quelques HérosChapitre 21 sur 48 · VOUS N'AVEZ PAS DE FUSIL · texte numérisé non relu

VOUS N'AVEZ PAS DE FUSIL

dément; celles que les hommes ont encore sont hors d'usage ; impossible de manœuvrer la culasse.

Et les Boches qui avancent!

Or, les maisons démolies ont jonché le sol de morceaux de briques.

L'officier se tourne vers ses hommes :

— Vous n'avez pas de fusil? Moi non plus! Faites comme moi, prenez des pierres!

Et saisissant une brique, il donne l'exemple.

Une pluie de projectiles d'un nouveau genre s'abat sur les « Fritz » trop aventurés... Une mitrailleuse les prend de flanc... Notre barrage se déclenche. L'attaque est enrayée!...

Chapeau bas devant de tels hommes!

L'OFFENSIVE ENTRE REIMS ET SOISSONS

La Gare de 'Ravitaillement

Matinée radieuse. Soleil, et froid piquant, On est en train d'achever la construction d'une voie de garage. Enveloppés dans leurs capuchons jaunes de toile huilée, les moufles aux mains et la goutte au nez, des territoriaux calent le butoir.

D'autres travaillent au tablier d'une passerelle en fer dont on voit les poutres rouges enjamber la voie.

Le long des rails, sur la terre blanche de neige rosie par le soleil, des amoncellements sous des bâches vertes ou camouflées : sacs d'avoine, caisses de conserves, balles de fourrage, etc..

Certains de ces tas — hauts comme des

maisons — n'ont pu être recouverts et la neige y dessine des gradins blancs.

Un train de ravitaillement vient d'arriver. On en descend un troupeau de bœufs au pelage roux. Ils courent sur les tas de balles de foirr, au grand désespoir des bouviers qui les poursuivent en brandissant leur trique.

Plus loin, on décharge des boules de pain, des caisses de biscuits, des tonneaux de bienfaisant « pinard », au milieu des cris et des éclats de voix, et sous l'œil attentif d'officiers d'administration qui surveillent si « leur compte est exact ».

Les appels se croisent, les marteaux au son clair frappent sur les poutrelles de fer ; les poulies grincent ; c'est un brouhaha immense et confus qui s'élève de cette foule grouillante.

Au bas du remblai, la petite rivière étale ses eaux engourdies au milieu des arbres encore dépouillés par l'hiver et dont la

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