LE VIEUX ZOUAVE
— Pardon, mon capitaine ; je tiens encore ma place !
Si on lui demande sa classe, il répond toujours : classe 15. Il oublie soixante. Car il est de la classe 1875. Et sa première campagne avec le 3e zouaves fut la campagne de Tunisie.
A la déclaration de guerre, son fils, âgé de vingt et un ans, s'engagea au glorieux régiment où avait servi son père, au 3 e zouaves de Sébastopol et de Palestro.
Le 23 août 19 14, en Belgique, au combat de Fossé, il fut tué.
Sitôt qu'il apprend la nouvelle, le vieux zouave décide d'aller venger son fils. Il le remplacera au régiment. On n'aura pas besoin de modifier les contrôles.
Malgré ses cinquante-neuf ans, il part. On est en plein hiver. N'importe ! Au début de janvier 191 5, il est à son poste de combat.
En juin, il prend part aux attaques de Tracy-le-Val et de Quennevières. Blessé gra-
vement d'un éclat d'obus à l'épaule gauche, il est évacué.
A peine guéri, il demande à revenir au front et rejoint son régiment en février
C'est le moment où se déclenche l'attaque allemande sur Verdun. Zouaves, tirailleurs, bataillons de chasseurs, régiments d'infanterie, se dévouent pour empêcher la trouée. Ils font à la France une héroïque cuirasse de leurs poitrines.
Et « on », — la horde sauvage, la barbarie savante, les pions incendiaires, assassins de femmes, tortionnaires de vieillards et d'enfants,, — « on » — les anthropoïdes d'outre-Rhin, — « on » n'est pas passé !
Le 25 février, à Louvemont, sur la ligne de feu, Gaglio est nommé caporal, cité à l'ordre de la division et décoré de la Croix de guerre.
En juillet, après la chute du fort de Vaux, quand l'ennemi, parvenu à la ligne Fleury —