‹ Quelques HérosChapitre 4 sur 48 · LE VIEUX ZOUAVE · texte numérisé non relu

LE VIEUX ZOUAVE

Souville, croit enfin tenir la citadelle convoitée, le 3e zouaves à nouveau franchit les côtes de Belleville. Les 15, 16, 17 et 18 juillet, il engage de furieux combats devant l'ouvrage de Thiaumont et le peu de ruines qui restent du village de Fleury.

Dans ces combats où l'on lutte corps à corps, sous l'effroyable bombardement des deux artilleries qui écrasent inévitablement amis et ennemis, Gaglio se comporte de telle sorte qu'il est nommé sergent et reçoit la médaille militaire.

« Vieux brave, — dit la citation — qui s'est engagé au régiment pour y remplacer son jeune fils tué à l'ennemi. N'a cessé de donner le plus bel exemple de courage et d'abnégation, et de montrer ses cheveux blancs au premier rang. Blessé, a gagné ses galons de caporal en février à Louvemont, ceux de sergent, en juillet dernier, dans les durs combats de Fleury. »

Exemple aux jeunes !

JSos Téléphonistes

C>elui-ci est un Parisien, un Parisien de j Montrouge. C'est dire que son nom (l) ne figure pas au Gotha. C'est un brave ouvrier des faubourgs : il n'y a pas que des paysans — soit dit en passant — au vrai front, celui où l'on se bat.

Taille moyenne ; la mine plutôt chétive ; une fine moustache châtain clair ; la mâchoire délicate, légèrement tordue à gauche et quelque peu brèche-dent; une allure toute simple et modeste, mais des yeux brillants d'intelligence. Aucunement le type du guerrier au pays du « kolossal ».

(i) Sergent Mahieu.

NOS TÉLÉPHONISTES

C'était dans la Somme le 31 octobre dernier.

Le régiment (2) venait de prendre un secteur nouvellement conquis.

Le Boche ne voulait pas rester sur sa défaite, d'autant plus que les positions perdues lui étaient précieuses à bien des égards.

Il faisait donc de violents efforts pour les reprendre. En particulier, il avait repéré le poste de commandement du colonel, situé dans la cave d'un château détruit.

Le 31 octobre donc, de 10 heures à 23 heures, il soumettait ce point à un pilonnage en règle. Les rafales de 210 et de 150 s'abattaient à raison de quinze obus par minute (A Verdun, le plus, que j'ai compté, c'est dix obus par minute).

Pendant ces treize heures, on estime qu'il est tombé sur le château et ses abords l'avalanche formidable de 12.000 obus.

(1) A Sailly-Sallisel.

(2) Le 94e R. I.

Dès midi, un nuage rouge de poussière de brique enveloppait les ruines dont les tirs de barrage interdisaient absolument l'accès.

Vers 1 5 heures, un dépôt de fusées prend feu. Flammes rouges, vertes, blanches jaillissent de toutes parts au milieu d'épais tourbillons de fumée.

Un dépôt de munitions voisin s'allume à son tour. Les cartouches crépitent ; les grenades éclatent, pendant que les langues de feu s'élèvent de plus en plus hautes dans l'ombre qui descend.

Toujours plus nombreux, les obus avivent le brasier dont la clarté sinistre monte dans la nuit.

Témoin de ce spectacle d'épouvante, inquiet sur le sort de son chef dont il est sans nouvelles depuis plusieurs heures, le commandant d'un bataillon de première ligne manifeste l'intention de profiter de la première accalmie pour envoyer un agent de liaison au château.

NOS TÉLÉPHONISTES

Mais l'accalmie ne vient pas.

Alors le petit téléphoniste se présente.

Il vient d'être nommé sergent pour son héroïsme, les jours précédents. Le colonel l'a même proposé pour la médaille militaire.

Il s'avance donc vers le chef de bataillon, le capitaine Bouchacourt.

— Mon capitaine, si vous voulez, je vais y aller, au château. Je suis proposé pour la médaille militaire, mais je n'ai pas assez fait. Je veux la mériter.

— Allez!

A ce moment précis, les tirs de barrage redoublent de violence. N'importe ! Il part. Il fait nuit noire. A droite, à gauche, les « rrac » des éclatements. 11 s'aplatit, se relève, court d'un trou d'obus à un autre trou d'obus, dans cette boue rouge et gluante de la Somme.

Moments d'angoisse, où l'on a le cœur serré, la gorge sèche, et où il faut néan-

moins rester d'absolu sang-froid, toutes les facultés d'attention tendues, l'œil et l'oreille au guet. Une demi-seconde d'affolement, et l'on va se planquer sous l'obus qui broie; ou bien, l'on se terre trop tard, et les éclats brûlants, ronflants comme des toupies, viennent s'enfoncer dans la chair. Et partout les éclatements rageurs, au déchirement fauve, aveuglant!

Après une demi-heure environ de cette course effroyable, notre sergent entend des voix. Il approche. Ce sont des chasseurs du bataillon voisin : pour éviter les tirs de barrage il avait pris sur la droite ; il a trop appuyé.

Mais voici qu'à gauche des flammes rougeoient. C'est l'incendie qui — assoupi un instant — se ravive.

Il marche vers le point lumineux, se planquant à tout instant pour éviter les obus, butant sur des cadavres que l'effroyable bombardement a déterrés.

ié

NOS TÉLÉPHONISTES

Arrivé à une centaine de mètres du château, il voit que l'incendie s'est propagé. Les flammes semblent sortir de la cave même où était installé le poste de commandement. Et les « rrac » précis des marmites craquent juste à l'entrée.

De toute façon, impossible d'y pénétrer. D'ailleurs, certainement, il n'y a plus créature vivante dans cette fournaise.

Il faut prévenir immédiatement le capitaine commandant le bataillon.

Le sergent reprend sa course.

— Mon capitaine, tout le monde doit être mort chez le colonel.

Il est urgent de rendre compte de la situation au commandant de la brigade.

Le capitaine rédige à la hâte un mot.

Mais qui le portera?

— Voyez-vous, mon capitaine, me confiait le petit sergent en me racontant l'histoire, j'étais préoccupé. Je me disais : « Et si je me suis trompé ? » Je n'avais

pas pénétré dans le poste de commandement... Il m'était impossible de rien affirmer...

Alors j'ai demandé à repartir.

Et cette fois, de peur de m'égarer, je suis

allé tout droit!

Tout droit!

Sous les 210 et les 150 tombant à quinze par minute!

— Et j'ai trouvé le colonel!

Il me racontait cela tout uniment, comme il eût dit : « J'ai traversé la rue ! »

Pour moi, j'ai senti les larmes me monter et j'aurais volontiers embrassé ce bon visage de pauvre petit gamin de Paris, si simple, et qui est un héros.

JSos Fusiliers^Mitrailleurs

Celui-ci est un Méridional. Il porte d'ailleurs un nom qui sent la Provence :

Delmas.

Delmas dans le Nord nous dirions « Demaison ».

Le « mas » c'est le cube de pierre sèche sans fenêtre vers le nord (à cause du mistral) que l'on rencontre aussi bien dans la Crau ou la Camargue, que dans les garrigues du Languedoc et sur le rivage ensoleillé de- Provence.

De fait, celui-ci est des Alpes -Maritimes.

Ce n'est pas un conscrit.

(i) Delmas et Richaud, du 363e R. I.

Il est de la classe 1900: un homme de trente-huit ans.

De taille moyenne, trapu, ramassé, très brun, le front un peu bas traversé de rides, d'épais sourcils noirs, il donne une impression de force placide.

A l'attaque du 4 mai sur Berméricourt, au nord-ouest de Reims, il est parti à 6h$o, avec la première vague d'assaut.

A 8 heures, il avait déjà vidé tous ses chargeurs.

— Je vois un Boche qui m'ajuste. Je me jette de côté pour éviter la balle... Mais il m'avait mesuré en pleine tête. Il m'a touché

Et il me montre un sillon sanglant que la balle a tracé sous la lèvre inférieure, à gauche.

Elle lui a cassé plusieurs dents.

Il n'a pas pour cela abandonné son poste. Comme son fusil-mitrailleur avait été brisé par un projectile, il en a ramassé un autre

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