LES BELLES DIVISIONS
La 42e Division d'Infanterie
Une division d'infanterie vient encore, dernièrement, d'être citée à l'ordre du jour de l'armée, la 42e division d'infanterie, et en termes magnifiques :
Division d'élite qui a pris la part la plus glorieuse à toutes les opérations les plus importantes de cette campagne : la Marne, l'Yser, l'Argonne, la Champagne, Verdun.
Sous la direction énergique du général Deville, vient de donner (en septembre 19 16) de nouvelles preuves de son esprit d'offensive et de ses brillantes qualités manœuvrières sur la Somme, en enlevant des positions fortement organisées et âprement défendues.
Les 8e et 16e bataillons de chasseurs à pied, les
94e, 151e et 162e régiments d'infanterie se sont ainsi acquis de nouveaux titres de gloire.
Au P. C, le 11 janvier 1917. Le Ginèral commandant la VIe armée, Signé : Fayolle.
La grande épopée de la Révolution et de l'Empire avait laissé le souvenir de divisions fameuses : division Vaubois de l'armée d'Italie, divisions Desaix ou Richepanse de l'armée du Rhin, et surtout celles que l'on appelle encore aujourd'hui les trois immortelles, les héroïques divisions Gudin, Morand et Friant, d'Auerstaedt.
L'épopée de la Grande Guerre laissera, elle aussi, le souvenir de divisions dont la gloire n'aura rien à envier à celle de leurs illustres devancières.
La dernière citée n'est pas une des moins vaillantes.
Son histoire, peut-on dire, est celle même de la guerre.
Au début, elle est troupe de couverture.
LA 42e DIVISION D'INFANTERIE
Elle fait partie de ces unités qui, sous le grand soleil d'août, de la frontière luxembourgeoise à Belfort, permirent, par leur sacrifice de tous les instants, à notre mobilisation de s'opérer dans le calme et l'ordre que l'on sait.
Dans la Woëvre septentrionale, au nord de la grande route de Verdun à Metz, elle maintient les partis ennemis qui tentent de percer notre rideau protecteur, refoulant rudement l'agresseur lorsqu'il devient trop hardi.
Le 22 août, le grand jour de la' bataille des frontières, elle est à la droite de l'armée qui a été portée au-devant du flot allemand roulant à travers la Belgique par la vallée de la Meuse.
Elle se bat à Longuyon jusqu'à la nuit tombante; malgré le choc formidable de tout le XVIe corps allemand, elle maintient ses positions, interdisant à l'ennemi la progression dans la vallée de la Crusne et ne se
retirant du champ de bataille qu'à 20 heures, sa mission terminée, et par ordre.
Dans la dure retraite stratégique qui suivit notre échec aux frontières, nous la voyons disputer le terrain pied à pied, d'abord sur les lignes de l'Othain, le 23, le 24, le 25, le 26 août, puis à travers la Woëvre comme arrière-garde du 6e corps, jusqu'à ce que celui-ci se soit définitivement établi sur les hauteurs de la rive droite de la Meuse.
Cependant le flot allemand descend toujours en trombe par la trouée de l'Oise vers Paris : un million et demi d'hommes escortés de quatre mille canons de campagne, quatre cent cinquante batteries de canons lourds et sept cents obusiers de gros calibre.
Il faut endiguer cette inondation qui menace de tout submerger.
Le commandement français renforce son centre et son aile gauche.
La 42e division d'infanterie, en chemin de fer, est transportée au nord de l'Aisne.
LA 42e DIVISION D'INFANTERIE
A peine débarquée, le 31 août, elle ralentit l'élan de l'envahisseur d'un rude coup de boutoir sur la Retourne.
Cependant « le dispositif recherché » par le commandement — pour nous servir des expressions mêmes du généralissime — n'étant pas encore réalisé, il faut reprendre la marche en retraite.
Enfin, le 6 au matin, l'ordre est donné « d'avancer coûte que coûte et de se faire tuer sur place plutôt que de reculer ».
Heures tragiques où va se décider le sort de la France, et aussi du monde.
La 42e division d'infanterie est à la gauche de la IXe armée, de l'armée Foch, sur qui, — lorsque le succès de Maunoury aura irrémédiablement compromis l'armée de droite allemande, la Ire armée que commandait von Kluck, — se porteront les efforts concertés des IIe et IIIe armées allemandes (von Bùlow et von Hausen), afin d'essayer, par un effort désespéré, de crever le front français en son
centre : seul moyen de desserrer l'étreinte qui menaçait d'écraser l'armée von Kluck trop aventurée et de sauver l'armée allemande du désastre.
Ce que fut l'acharnement de cette lutte, la longue ligne de tombes qui jalonnent le front de combat le proclame d'une funèbre éloquence.
Si le commandement français rappelait à ses troupes qu'il fallait vaincre ou mourir, le commandement allemand tenait le même langage.
« J'attends de chaque officier et soldat, dit un des ordres allemands du 6 septembre, qu'il accomplisse son devoir entièrement jusqu'à son dernier souffle. Tout dépend du résultat de la journée de demain. »
Le point délicat du centre français, c'était la crête qui s'étend au sud des marais de Saint-Gond, les hauteurs que domine le château de Mondement.
Si l'ennemi s'emparait de ces hauteurs
LA 42e DIVISION D'INFANTERIE
qui, avec les marais, séparent la vallée du Petit Morin de la plaine de l'Aube, Foch était obligé de reculer sur l'Aube, découvrant à gauche d'Esperey en pleine avancée victorieuse, et à droite Langle de Cary luttant âprement dans les vallées de la Saulx et de l'Ornain.
Toute notre ligne était entraînée dans le mouvement de repli. Les conséquences? incalculables.
Aussi ce coin de terre : Saint-Prix, Villeneuve-lès-Charleville, Mondement et à sa droite Fère-Champenoise, coin de terre que tiennent la division marocaine (général Humbert) et la 42e division d'infanterie, estil le théâtre d'une lutte gigantesque de quatre jours. Saint -Prix est pris et repris cinq fois, Mondement est perdu, repris, reperdu, repris encore.
Le 9, en un suprême effort, la Garde se jette sur Fère-Champenoise. Aussitôt, le général Foch lance la 42e. Fère-Champe-
noise est reconquise, tandis que le général Humbert dans Mondement résistait à un dernier assaut.
Le soir du 10, l'ennemi, haché par notre artillerie, refoulé par notre infanterie, reprenait le chemin du nord en pleine retraite.
En ces quelques lieues carrées s'était décidée l'histoire du monde. Et la 42e division d'infanterie pourra dire : « J'y étais ! »
Nous la retrouvons en octobre sur l'Yser, où elle est en ligne dès le 22.
Dans ces durs combats, dont le succès complétait celui de la Marne en rendant définitivement inopérantes les tentatives boches pour percer nos lignes, la 42e division d'infanterie se couvrait de gloire à Nieuport, à Pervyse, à Ramscappelle, à Dixmude, à Bernard-Platz, à Steenstraate.
Enfin, du 10 au 29 décembre, pendant la bataille d'Ypres, elle repoussait tous les assauts d'un corps d'élite, le XVe corps allemand.
LA 42e DIVISION D'INFANTERIE
Du 15 janvier au 20 juillet 1915, nous la voyons lutter héroïquement en Argonne, au bois de la Grurie, à Bagatelle, au Four-de- Paris.
Lors de l'offensive de Champagne du 25 septembre 1915, elle enlève le saillant F, à l'est de Moronvilliers; elle renouvelle ses efforts, le 4 octobre, sur le saillant E.
Le Ier janvier 19 16, elle est retirée du front de Champagne et, à la fin de février, quand la brusquerie de l'attaque boche a — un instant — déconcerté notre défense, elle part pour Verdun.
Du 8 mars au 2 avril, elle tient sous un bombardement incessant le secteur Haudromont — Thiaumont, point particulièrement convoité par l'ennemi, car sa chute consoliderait la conquête de Douaumont, « pierre angulaire de la forteresse de Verdun ».
Le 7 avril, en lieu de repos, elle est engagée au Mort-Homme où sa conduite lui
vaut les félicitations du général Petain, dans l'ordre du jour célèbre du 10 avril 191 6.
Le 4 mai, elle reprend ce même secteur, qu'elle ne quitte que le 26 mai.
Puis c'est l'offensive de la Somme.
La 42e division d'infanterie entre en ligne le 19 septembre. Après avoir repoussé une attaque allemande sur Bouchavesnes le 20, du 25 au 28, après quatre jours de combats acharnés, elle enlève Rancourt, faisant prisonniers vingt officiers et plus de cinq cents hommes.
Après un repos d'une quinzaine de jours à peine, pendant lesquels les unités n'ont pas même eu le temps de recompléter leurs effectifs, la division remonte en secteur.
Le 1e1 novembre, elle repoussait, à 6 heures, une attaque allemande de la dernière violence sur Sailly et, à 14 heures, partait à l'attaque d'une tranchée ennemie à la lisière du bois de Saint-Pierre -Vaast. A I4h 30, elle en était maîtresse !
LA 42e DIVISION D'INFANTERIE
Rappelant ces heures glorieuses, le général Fayolle écrivait au général Deville, commandant la 42e division d'infanterie, la lettre suivante :
La citation enfin accordée à votre belle division m'a fait autant de plaisir qu'à vous-même. Aucune ne fut plus méritée, et je me souviendrai toujours des glorieux et très durs combats qu'elle a livrés à Rancourt, au bois de Saint-Pierre- Vaast, à Sailly.
Ce qu'il a fallu d'énergie pour tenir dans ce saillant aigu sous le marmitage concentrique des Boches !
Je vous adresse une fois de plus l'expression de ma reconnaissance et de mon admiration pour vos vaillantes troupes et en particulier pour vous, leur chef.
Aujourd'hui, remise de ses épreuves, la 42e division d'infanterie se prépare à conquérir de nouveaux lauriers.
due l'on voie ses biffins, vigoureux, guerriers, sous le casque bossué et la capote déteinte, défiler derrière leurs tapins rabotant des baguettes sur les peaux d'ânes brunies, ou ses chasseurs scandant d'un pas nerveux la Sidi-Brahim, on se sent pris d'une
Q.UELQ.UES HÉROS 12
enthousiaste confiance dans le succès de leurs efforts.
La victoire est là.
Éloignée ou prochaine, elle ne saurait * échapper à nos braves.
Déjà, sous le froid ciel d'hiver, nous voyons l'arbre saint de la liberté humaine étendre au loin ses branches.
Et nous, qui serons morts peut-être, martyrs saignants, pendant que les hommes affranchis de la terreur d'odieux maîtres,
Vivront plus fiers, plus beaux ; Sous ce grand arbre, amour des deux qu'il avoisine, Nous nous réveillerons pour baiser sa racine,
Du fond de nos tombeaux !
VAme des Aïeux
Encore une division, la 14e division d'infanterie, dont les quatre régiments ont la fourragère : 42e, 35e, 44e, 60e régiments d'infanterie, après avoir été frères dans le danger sont frères dans la gloire.
42e RÉGIMENT D'INFANTERIE
Brillamment enlevé par son chef, le lieutenantcolonel Petit, s'est porté avec un merveilleux entrain à l'attaque de la première position allemande et Ta enlevée d'un seul élan. Poursuivant ensuite son offensive, au cours de laquelle il s'est emparé de onze canons et de nombreux prisonniers, a pris pied dans la deuxième position ennemie et s'y est maintenu malgré de violentes contre-attaques et des pertes très élevées. (Ordre n° 477 du 28 janvier 19 16, IVe armée,)
Régiment de haute allure qui s'est toujours distin-
gué, en Champagne, à Verdun et sur la Somme. Dans la bataille du 16 avril, sous les ordres du lieutenantcolonel Reboul, a marché sous un violent tir de barrage, sans se ralentir, dans un terrain particulièrement difficile. A manœuvré sous le feu et, insensible aux pertes, atteint ses objectifs sur lesquels, jour et nuit, il s'est cramponné. (Décision du général commandant en chef du 29 avril 1917-)
3 5e RÉGIMENT D'INFANTERIE
Sous le commandement du colonel Tesson, s'est porté, avec un élan magnifique, à l'attaque .de la première position allemande comprenant plusieurs lignes de tranchées, qu'il a enlevées de la façon la plus brillante ; malgré des pertes très élevées, a poursuivi son offensive et a pénétré dans la deuxième position allemande, devant laquelle son chef est tombé mortellement frappé. S'est maintenu dans le terrain conquis malgré un feu des plus violents et des contre-attaques acharnées. (Ordre n° 477 du 28 janvier iyi6, IVe armée.)
Superbe régiment qui, depuis le début de la campagne, a toujours été des combats les plus durs, en Champagne, à Verdun, sur la Somme. Dans la bataille du 16 avril 19 17, sous les ordres du colonel Roland, a, d'un seul bond, dépassé la deuxième position allemande, s'est emparé de Berméricourt, a fait plus de