L'AME DES AÏEUX
Sur un plateau près de Sarcy leur général les a réunis pour saluer leurs drapeaux.
9 heures du matin. Ciel gris de brume, qui montait du fond des vallées et voilait d'un- fin rideau de gaze blanche les croupes lointaines.
Aux accents de leurs vieux refrains, les régiments ont défilé. Parade guerrière. Compagnies réduites par la mitraille; capotes bleues aux tons délavés; casques bossués. Mais les hommes, fiers de la gloire noblement acquise, tendaient le jarret et marchaient alignés comme au cordeau.
Puis les troupes se sont massées, les quatre drapeaux se sont placés devant elles.
Le général a dit la tâche accomplie, celle qui reste encore à faire, et la victoire finale qui sera la récompense.
Et dans les plis des glorieux emblèmes
(i) Au nord de Ville-en-Tardenois, dans le département de la Marne.
déchirés par la mitraille apparaissaient les lettres d'or brodées sur la soie fanée au vent des batailles : Marengo, Hohenlinden, Eylau, Wagram, Saragosse, La Moskowa, Sébastopol, Solférino.
L'âme des aïeux, vivante, présidait à cette fête. Elle planait au-dessus des têtes, audessus des baïonnettes et des sabres pointés vers le ciel. Elle rappelait à tous à quel degré de gloire il fallait que les générations présentes s'élevassent pour être dignes deleurs devancières.