SCENE D'HERNANl (ï
OCTAVE PIRMEZ
decins. Les figures et les devises inscrites dans un blason à côté de chaque tête expriment avec une force comique le caractère et la méthode de chaque médicastre : par les poisons végétaux; par les toniques; sanguine et bistouri; par les purgatifs; par les clystères; par la seringue , etc..
Pirmez a répété qu'il n'avait pas plus de confiance dans la médecine que dans la physiognomonie {Lettre à Troye, 9 fév. 1875, C. V., p. 335) — « Je crois à la chirurgie; mais ma foi en la médecine vaut ma confiance en la phrénologie. » (Lettres à José, p. 179).
Il a raconté par le menu, dans les archives de famille comment sa belle-sœur, Emile Pirmez, a souffert toute sa vie durant, bien qu'elle fût soignée par les plus réputés maîtres : chacun d'eux se trompait dans la recherche de la cause du mal ou dans le choix du remède.
Plusieurs dessins mettent en scène des praticiens. Tantôt le médecin est seul ou avec le malade; tantôt il délibère avec des confrères. Une légende explique souvent les dessins de Pirmez, qui parfois fait parler ses personnages.
N" SI. La figure défaite, un patient se plaint à son guérisseur, imperturbable et le nez en trompette : « Des borborygmes, docteur, une anxiété indicible. »
Un autre, au nez épais : « Le sang me monte, docteur; et le nez s'enflamme! »
Un troisième dont la bouche se rétracte : « La digestion pénible, docteur! »
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N° 8. Trois mires discutent, « attendent Teffet de. la potion calmante », leur nez s'allonge ou se retrousse ;, léurs yeux se fixent derrière les lunettes, le doigt se tend, pêremptoire.
W 9. Les deux docteurs Clysopompe et Seringopatam tiennent leurs appareils, comme s'ils vantaient • leurs vertus agissantes.
iV" 32, Huit médecins, formant des groupes, discutent sur rétat du malade : « Probabilité pour la cachexie », disent les uns. « La marche est insidieuse; constatent d'autres; veillons. » « Tout cela est vague », concluent les deux derniers.
Le N"" 10 évoque une chambre où, dans son lit, un homme agonise. L'horloge à gaine compte ses derniers instants, tandis qu'à l'avant-plan, en retrait, trois « physiciens » consultent avec gravité. En marge, Pirmez a soin d'expliquer longuement cette composition, reproduisant longuement, avec les termes techniques, le diagnostic et les remèdes indiqués par la faculté : « Pendant que le respectable doyen est plongé dans le coma »... elle déclare que « l'état du malade n'a rien d'alarmant » et qu'il faut l'améliorer par l'usage des opiacés, des fébrifuges, des topiques et des antiphlogistiques.
Enfin, le 82, daté de 1877, mes passe-temps, représente un médecin au chevet d'un malade. Il déclare sentencieusement : « jamais dans la chambre d'un malade il ne doit y avoir de tapisserie pointillée; car il y verrait, dans l'exaltation de la fièvre, autant de regards
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menaçants. » Et le nez du pédant s'allonge autant que son doigt — doctoralement.
Poursuivant de sa moquerie la petite science des mortels trompés par la faiblesse de leur raison et les mensonges de leurs passions, Pirmez persifle en général tous les hommes imbus de leur savoir.
N' 67. Voici le paléologue, Tarchéologue, Tornithologue, le philologue, le mystagogue — cinq têtes aux déformations spécifiques, dont la coalition effrayante faît sur Pirmez l'effet d'un cauchemar (c'est le titre du dessin).
27, Plus loin, un inspecteur de l'enseignement, entouré de ses régents incarnant les figures de rhétorique, « se propose avec sa courtoisie habituelle, de poser des questions grammaticales, à tout son corps professoral réuni à cet effet. »
Dans quatre compositions Pirmez vise les théories darwiniennes qui lui semblent, j'imagine, ravaler la nature humaine. Car autour d'un aïeul aux pieds de singe, « personnage considérable de Bornéo », assis dans un fauteuil, se profilent huit membres de la famille Quatremains. L'un dit : « Ainsi que l'a fort bien établi Darwin, l'homme nous doit le jour. » Un autre, qui a conservé des membres de singe : « Lavater a remarqué que les yeux rapprochés indiquent la finesse de l'esprit. » Et ses petits yeux contrastent avec la largeur de sa bouche.
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Le N*" 16 nous transporte dans Tâge d'or, en 2871. « C'est la fraternité universelle. Plus de respect humain. On épouse de jeunes gorilles »... Un être, vaguement humain, coiffé d'un haut-de-forme, fumant la pipe, donne le bras à une sorte de singe.
N'est-ce pas une moquerie à l'adresse d'une loi scientifique que la planche 41, où un charlatan au nez crochu chargé de lunettes fait un boniment qu'illustrent les figures du dessin? « Oui, Messieurs, l'illustre Darwin a découvert cette grande vérité : les membres se développent par l'exercice. Regardez le pouce du serrurier... etc.. »
Pour comprendre la portée de ces caricatures, il faudrait se rappeler les nombreuses critiques formulées par notre moraliste — Socrate moderne — à l'égard des savants et résumées dans cet extrait daté de 1873 (Siret, p. 70) : « Les érudits nous aveuglent de leur poussière scientifique. Que nous importent toutes ces sciences qui font que les hommes ne s'inspirent que de l'ambition personnelle. Le grand savant, c'est le cœur. »
Ce contempteur de la science aurait-il ignoré ces chercheurs qui ont sacrifié tout au savoir, Houzeau de Lehaie, Périn, Henry... ses contemporains? Il oubliait Taine, Ernest Solvay, ses correspondants, et même Eudore Pirmez, son cousin, dont les connaissances étaient pour ainsi dire universelles.
Mais passons. Ces erreurs de jugement se rencontrent souvent chez des artistes. Ils ne conçoivent pas ce qu'un travail scientifique suppose de génie créateur.