M. BALTHASAR
OCTAVE PIRMEZ
iV' 51, Ensuite, à un paysan parvenu, gros comme un muid, il souffle en son patois cette insolence à Tadresse d'un gandin qui le toise du haut de sa grandeur; car il est haut et mince comme un baliveau : « Avec vos grands airs vous croyez peut-être que vous valez plus que les autres. II n'y a rien de mieux, savez-vous, que les gens bons. »
iV^ 57. Ailleurs, à côté d'une silhouette effilée d'aristocrate imberbe, Pirmez écrit ces lignes: « Ainsi bâti, ayant brillants équipages, quelques titres, et donnant des dîners, on est un homme accompli sous tous les rapports. »
N"" Jf9, Ici se profile un ambitieux « qui fréquente les ministres et les académies. » Il a les lèvres serrées, les yeux torves, le nez en l'air pour prendre le vent.
Sur une feuille détachée, un médicastre efflanqué, prognathe, le nez en trompette garni de bésicles, dit à un malin bourgeois enrichi dans le commerce des cotonnades : « Sachez, Monsieur, que ma famille est la plus ancienne de la ville ». — A quoi l'autre réplique : « En effet, elle figure depuis trois siècles sur la table des pauvres... » Et derrière le droguiste, le secrétaire du bureau de bienfaisance — deuxième budgétivore — tire une tête d'orfraie au-dessus de sa table-bureau.
Souvent dans ces caricatures, notamment dans celle-ci, le trait de plume, sûr et incisif, correspond à la pointe acérée de l'esprit
Ces qualités prêtent un incontestable intérêt à quelques pages où, comme en se jouant, sans une rature,
OCTAVE PIRMEZ
Octave Pirmez a tracé des profils différents d'hommes, rarement de femmes, sous le titre de Nos semblables. On pourrait les comparer avec certains croquis de Daumier.
Le n"* 12 enclôt une cinquantaine de têtes groupées.
Le n"" 36, une vingtaine ; le n** 52, quatorze ; le n" 85 en contient plus de cinquante.
Dans ces séries de types, c'est généralement un sentiment de bienveillance qui guide la main du dessinateur; comme aussi dans la face épanouie de M. Balthasar qui, « sous une enveloppe grossière, avait l'esprit très fin. »
Le n' 36 porte l'exclamation : « Pauvre humanité! où entre sans doute autant de pitié que d'ironie.
Dans neuf portraits de femmes abîmées par l'âge, Pirmez produit l'expression de la vie avec quelques traits et, pour les yeux, avec des points. « Grande économie d'encre, note-t-il. Les vies humaines, dans leur diversité, s'expriment par quelques points. »
C'est que, dans l'infini de l'espace et du temps, les hommes ne sont que des points vite effacés, des insectes éphémères. Cette pensée pascalienne inspire le n' 37. Une énorme lentille est suspendue au-dessus d'une scène où s'agitent des hommes en forme d'insectes, comme on en voit dans les compositions des caricaturistes allemands Kaubach et Maggendorfer. (Notre cliché ne reproduit pas la lentille.)
Et l'auteur commente ce dessin, frappant symbole de notre monde terrestre : « Un savant, ayant étudié à
L'HISTORIEN ALTMEYER
OCTAVE PIRMEZ
la loupe ces curieux insectes, remarqua, dans leurs diverses attitudes, les signes d'un instinct très développé. Il est probable qu'ils ont un langage articulé. Au lieu de se servir des antennes, comme les fourmis, ils se communiquent leurs impressions par le rapprochement des mains. Plusieurs portent des bâtons, comme les orangsoutangs. Quelques-uns se mettent des pardessus sur le dos. Alors ils marchent penchés en avant.
Cependant bien que ces insectes se livrent à des jeux et à des sauts giratoires, par lesquels ils veulent sans doute exprimer leur joie, il ont des accès d'une rage folle, qui les saisit à l'improviste. Ils se précipitent avec fureur les uns sur les autres... Mais ils abandonnent le cadavre de leur ennemi sans le dévorer. »