‹ Quelques lettres inéditesChapitre 12 sur 12 · LA MAITRESSE DU ROI · texte numérisé non relu

LA MAITRESSE DU ROI

LA FILLE

Mère, dans sa riche voiture

Par six chevaux conduite au pas,

Quelle divine créature !

C'est notre reine; oui, n'est-ce pas?

LA MÈRE

Jamais la reine qu'on délaisse N'eut, ma fille, un luxe effronté, Honte à cette folle beauté !

Du roi ce n'est que la maîtresse.

Ah! je voudrais, dit la fille à part soi, Devenir maîtresse d'un roi.

LA FILLE

Mère, vois briller sur sa tète L'or, les perles, les diamants.

A-t-elle donc, aux jours de fête, De plus splendides vêtements?

bis.

LA MÈRE

Malgré dentelles et panaches, Ses traits chez nous sont bien connus, Elle a fui d'ici les pieds nus, Où, pauvre, elle gardait nos vaches.

Ah ! je voudrais, dit la fille à part soi, Devenir maîtresse d'un roi.

LA FILLE

Qui survient? Dame belle et fière.

Son carosse, au galop conduit Jette à l'autre un flot de poussière, Et, l'accrochant, fait rire et fuit.

LA MÈRE

Rivale qu'un grand nom abrite, Cette dame, osant tout tenter Jusqu'au lit du roi veut monter Pour écraser la favorite.

Ah ! je voudrais, dit la fille à part soi, Devenir maîtresse d'un roi.

LA FILLE

Le roi défend celle qu'il aime.

A cheval, un jeune seigneur Veille sur elle, et, beau lui-même D'un doux regard quetc l'honneur.

LA MÈRE

Fils d'une race renommtr, 11 sait complaire, et va dans peu, Obtenir ou le cordon bleu, Ou le plus haut rang dans l'armée.

Ah! je voudrais, dit la fille à part soi, Devenir maîtresse d'un roi.

LA FILLE

On arrête, elle veut descendre, S'avance un prêtre au noble aspect, La main qu'elle daigne lui tendre, Mère, il la baise avec respeet.

LA MÈRE

Pour être évêque, à cette ouaille Par lui que d'encens est offert ; Par lui qui va parler d'enfer Au pécheur mourant sur la paille!

Ah ! je voudrais, dit la fille à part soi, Devenir maîtresse d'un roi.

LA FILLE

Voilà que passe devant elle Une noce de villageois, L'épousée en paraît moins belle ; L'époux va rougir de son choix.

LA MÈRE

Non, ne crains rien. Dans leur cabane

La misère a trop bien compté

Les sueurs qu'au peuple ont coûté

Les vices de la courtisane. Ah ! je voudrais, dit la fille à part soi,

Devenir maîtresse d'un roi.

Cette magniûque poésie fut écrite par Déranger sous l'influence d'un sentiment tout intime, et presque familial s, l on peut s'exprimer ainsi. Pourquoi ne puis-je citer ici ladm.rable lettre si touchante et si philosophique dans sa moralité qu ,1 écrivit alun de nos amis, qui me l'envoya au sujet de cette chanson. Quel avertissement paternel, quelle douce et tendre leçon.

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