‹ Quelques lettres inéditesChapitre 5 sur 12 · ECRITES · texte numérisé non relu

ECRITES

par Déranger au Président de l'Assemblée nationale pour refuser la candidature qui lui était offerte,

Je transcris ici ces lettres car elles sont une des pages les plus curieuses de la vie de ce philosophe ; peut-être pourrait-on lui reprocher le sentiment un peu personnel qui les a dictés, mais comment en vouloir longtemps à celte saine raison, à cette charmante bonhomie:

« Citoyen représentant,

» J'avais cru de mon devoir de prévenir les » électeurs du département de la Seine , en » m' excusant sur les raisons les meilleures, » que je ne pourrais accepter l'honneur de » siéger dans l'Assemblée nationale. Malgré la » reconnaissance profonde que m'inspire le » nombre de voix qui m'ont appelé à cette as-

» semblée, je n'ai pas renoncé à l'idée bien » arrêtée d'avance de refuser un mandat au- » quel ne m'ont préparé ni des médilations ni » des études suffisamment sérieuses. Ce que » je n'ai pas osé faire jusqu'à présent, pour » n'être pas cause d'une convocation nouvelle » du corps électoral, une élection invalidée, » qui rend cette élection inévitable, m'en offre » la possibilité, et je viens, citoyen président, » remettre entre vos mains le mandat qui nva- » vait été confié, et qui n'en restera pas moins, » à mes yeux, la seule gloire de ma vie.

» Ayez la bonté, citoyen président, d'assu- » rer l'Assemblée nationale du regret que j'é- » prouve de ne pouvoir prendre part à l'œuvre » complèlementdémoeralique qu'elle aura mis- » sion d'accomplir.

» Faites-lui agréer et agréez vous-même, ei- » toyen président, l'hommage de mon respect » le plus profond.

» Votre dévoué eoncitoven ,

» ljLK\!\GrR. »

« Citoyen président,

j> Si quelque chose pouvait mettre en oubli » mon âge, ma santé et mon incapacité légis- » lative, ce serait la lettre que vous avez eu » l'obligeance de m'écrire, et par laquelle vous » m'annoncez que l'Assemblée nationale a » honoré ma démission d'un refus.

» Mon élection et cet acte des représentants » du peuple seront l'objet de mon éternelle » reconnaissance. Par cela même qu'ils sont » au-dessus des faibles services que j'ai pu » rendre à la liberté, ils prouvent combien » seront enviables les récompenses réservées » désormais à ceux qui, avec de plus grands » talents, rendront des services plus réels à » notre chère patrie.

» Heureux d'avoir été l'occasion de cet exem- » pie encourageant et convaincu que c'est la » seule utilité que je pouvais avoir encore, » citoyen président, je viens de nouveau sup- » plier à mains jointes l'Assemblée nationale » de ne pas m'arracher à l'obscurité de la vie » privée.

» Ce n'est pas le vœu d'un philosophe, en- » core moins d'un sage; c'est le vœu d'un ri-

» meur qui croirait se survivre s'il perdait, au » milieu du bruit des affaires, l'indépendance » de l'âme seul bien qu'il ait jamais ambi- » tionné.

» Pour la première fois, je demande quel- » que chose à mon pays; que ses dignes re- » présentants ne repoussent donc pas la prière » que je leur adresse en leur réitérant ma dé- » mission, et qu'ils veuillent bien pardonner » aux faiblesses d'un vieillard qui ne peut se » dissimuler de quel honneur il se prive en se » séparant d'eux.

» En vous chargeant de présenter mes très- » humbles excuses à l'Assemblée, recevez, ci- » foyen président, l'hommage de mon respec- » fueux dévouement.

» Salut et fraternité,

» Bt ranger. »

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