‹ Quelques lettres sur des questions actuellesChapitre 20 sur 46 · Voir Dociimenls, u" VIII · texte numérisé non relu

Voir Dociimenls, u" VIII

Vous vous êtes mis à deux pour lire le petit article que j'ai donné, dans la Reçue critique du 8 avril 190^. sur le Manuel l de 'M. Guignebert, et vous avez découvert que, selon moi : « les apôtres, après la passion, s'étaient enfuis loin de Jérusalem, jusqu'en Galilée ; que ce fut seulement quelques sein lines on quelques mois plus tard qu'ils eurent l'idée de la résurrection du Sauveur; qu'à ce moment-là, on ne songeait même plus à vérifier l'état du tombeau, prétendument vide ; que le l'Ole ainsi rempli par Josepli d'Arimathie a été imaginé parles apologistes" postérieurs pour forliiîer la crovance à la résurrection ». Or voici ce que j'ai écrit : « Le rôle de Joseph d'Arimathie dans lensevelissement n'est pas mieux garanti que celui de l'ange qui annonce aux femmes la é surreclion. Le tout se présente comme un argument de la foi contre rincrédulité. Tous les amis de Jésus étaient consternés ou en fuite le soir de la passion, et les circonstances de la sépulture ont dû èlre telles que la représentation du cadavre était impossible, si tant est qu'on eût pris la peine d'y penser, lorsque, quelques semaines, peut-être quelques mois plus tard, les disciples galiléens,

1. Manuel d'histoire ancienne du christianisme, I. Les origines (Paris. 1906).

revenus à Jérusalem, commencèrent à dire que leur Maître était ressuscité. »

Si vous avez lu les Évangiles , vous devez savoir que la fuite des apôtres et leur letour en Galilée, après la passion, sont attestés par Marc, XIV, 27-28: « Et Jésus leur dit: Vous serez tous scandalisés cette nuit à mon sujet, car il est écrit- Je frapperai le pasteur, et les brebis seront dispersées. Mais, après ma résurrection, je vous précéderai en Galilée. » Et vous pouvez vérifier dans Marc, xvi, 7, que l'ange, par Fintermédiaire des femmes, enjoint aux disciples de se rendre en Galilée pour y voir Jésus ressuscité. Vous trouverez les mêmes indications dans Matthieu, avec la mention expresse du voyage en Galilée (M attu. xxviii, 16). Même l'auteur du quatrième Evangile, dans le discours après la Cène, fait dire aux disciples par Jésus (Jean, xvi,32): « L'heure vient, et elle est venue, où vous allez être dispersés chacun chez vous, et vous me laisserez seul. » Suis-je donc si téméraire de penser que les apôtres sont retournés en Galilée avant de prcclier la résurrection du Sauveur à Jérusalem ?

Si l'on veut bien vous croire, j'aurai soutenu que les apôtres n'eurent l'idée de la résurrection que quelques mois après la passion. Jai parle de la prédication à Jérusalem. Les apôtres ont cru à

la résurrection avant de la proclamer. Leur foi s'est formée en Galilée, aussitôt après qu'ils y furent revenus ; quand cette foi se fut aft'ermie, ils retournèrent à Jérusalem pour tâcher de la répandre. Cette opinion est peut-être un peu moins absurde que celle que vous me prêtez sans raison, faute d'avoir lu vous-même, ou d'avoir compris les conclusions, nécessairement succinctes, de mon article dans la Revue critique. J'ai fait du même ouvrage un compte rendu plus développé, dans la Revue historique de mars-avril 1907. et je m'étonne qu'il ait échappé à la diligence et au zèle de votre correspondant.

Je n'ai pas dit non plus que, dans les premiers temps de la prédication apostolique, « on ne songeait même plus à vérifier l'état du tombeau prétendument vide ». J'ai dit que les conditions réelles de l'inhumation ne permettaient pas de rechercher le cadavre, pour le cas où l'on en aurait eu l'idée. Il est probable que l'aristocratie sadducéenne ne prit pas d'abord au sérieux le témoignage des apôtres. Mais il ne pouvait être question de s'assurer si le sépulcre de Jésus était vide ou non, parce qu'il n'y avait j^as eu de sépulture. L'ensevelissement par Joseph d'Arimathie, et la découverte du tombeau vide, le surlendemain de la passion, n'offrant aucunes garan-

lies d'historicité, l'on est en droit de conjecturer que, le soir de la passion, le corps de Jésus fut détaché de la croix par les soldats, et jeté dans quelque fosse comuume où l'on ne pouvait avoir idée de l'aller chercher et reconnaître au bout d'un certain temps.

Vos informations sur la campagne anlibiblique et la part que le « judaïsme thalmudique » prend à (( l'œuvre de démolition «poursuivie parce que vous appelez mon « école », sont tout bonnemeut ridicules. Il y a des savants israélites, protestants, et même catholiques, qui traitent scientifiquement les problèmes scripturaires. Leur œuvre peut être dangereuse pour certaines idées plus ou moins traditionnelles, et pour une théologie qui n'a jamais examiné à fond ses propres titres. Mais ce ne sont pas pour cela des conspirateurs. Soyez persuadé, Monsieur, qu'ils nontpas besoin de s'entendre pour que beaucoup des thèses qui vous sont chères soient gravement compromises. Quant à mon « école », je ne me suis pas, jusqu'à ce jour, aperçu qu'elle existe.

Gclfonds, le 29 mai 1907.

Au même;

Je reçois seulement aujourd'hui, par la complaisance d'un de mes amis, votre numéro du 17 l, où vous avez jugé bon de publier ma lettre du 12, avec un petit commentaire de votre façon.

Ma lettre aura du moins servi à vous remémorer votre théologie. Mais vous avez bel et bien écrit, dans votre article du 9, à propos du travail de M. Herzog : « Ce titre (La conception virginale du Christ) est une ironie, car on devine bien que l'article est fait pour nier la divinité et l'origine (?) du Sauveur. Selon l'auteur, et en dépit des alïirmations de Notre-Seigneur Jésus- Christ, prouvées par ses miracles, c'est seulement un siècle après sa mort que linfdtralion mythologique des païens convertis au christianisme aurait fait naître la légende de la divinité de Jésus- Christ. »

Sans perdre le temps à vous complimenter sur l'élégance et la précision de votre style, je me per-

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