Voir Documents, n" IX
mets d'observer que, pour tout lecteur sans parti pris, il est impossible de mieux confondre la donnée, mythologique en soi, delà naissance miraculeuse, et la donnée, en soi philosophique, de l'incarnation du Verbe. M.Herzog, que je n'aipas l'honneur de connaître, et qui sans doute n'a pas besoin de moi pour le défendre, traitait uniquement de la conception virginale, non de la divinité du Christ. Il n'aurait pu qualifier celle-ci de légende, comme il parait disposé à faire pour celle-là. Métaphysique et histoire sont deux. M. Herzog a esquissé l'histoire d'une croyance, en utilisant de son mieux les matériaux qui s'offrent à la critique. Notez qu'il fixe aux environs de l'an 80, et non un siècle après la mort du Sauveur, comme vous l'avez écrit, l'apparition de ce qu'il appelle, un peu improprement, «le dogme delà conception virginale ». A cette date, il ne s'agit que d'une idée, dune suggestion de la foi, non d'un dogme ecclésiastique.
Si j'ai dit que l'auteur du quatrième Evangile « ignore, peut-être avec intention, la conception virginale » du Christ, c'est parce qu'il n'en parle pas dans les endroits de son livre où il serait naturel qu'il en parlât. Il n'en tient pas compte, soit qu'il ait ignoré les récits, relativement récents, qui concernent la naissance de Jésus, dans
les Évangiles de Matthieu et de Luc, soit qu'il n'ait pas cru devoir les prendre au sérieux. Pour cet auleur, Tincarnation existe sans aucun égard à la conception virginale, et il est bien superflu de m'alléguer à ce propos le symbole de la Messe, comme si lévangéliste avait dû penser exactement ce quenseigne le symbole.
Je veux espérer avec vous. Monsieur, que vous n'encourrez jamais les condamnations de l'Église. Je croirai môme, si cela peut vous être agréable, que le Saint-Siège n'a jamais eu qu'à se louer de votre docilité parfaite. Mais je ne reconnais pour juges de mes témérités d'exégète. si témérités il y a, que les personnes qui entendent quelque chose il l'état présent de la science biblique. Et pour ce qui est de mes erreurs théologiques, je les conteste simplement. Jamais je n'ai parlé au nom de l'Église, pour expliquer ce qu'on doit croire de toi catholique. J'ai essayé de décrire, en historien, le développement des croyances et des institutions chrétiennes, sans imposer mes conclusions à qui que ce soit, et sans leur attribuer d'autre valeur que celle qui résulte de leur probabilité intrinsèque ou de leur vraisemblance.
Ceffonds, le 3i mai 190^.
A M. Pierre Jav, Directeur de Demain.
Monsieur,
Linforination de la Croix, que vous avez reproduite, touchant la dei'nière assemblée des Evèques protecleurs de llnslitut catholique de Paris 1, avant un caractère quasi ol'liciel, je me permettrai, si vous le voulez bien, une remarque sur les lignes de son texte qui concernent la Revue dliistoire el de Uttératiire religieuses.
On appelle ce périodicpie « la Revue de M. l'abbé Loisy ». Je ne sais pas, ou plutôt je ne sais que Irop ce qui me vaut Ihonneur de cette désignation; mais elle n'en contient pas moins une très grosse inexactitude. La Revue d'histoire et de littéralure religieuses n'est pas à moi : je n'en suis pas l'unique propriétaire. La Revue d'histoire et de littérature religieuses ne relève pas de moi : je n'en suis pas le directeur. La Revue d'histoire et de littératur'e religieuses