‹ Quelques lettres sur des questions actuellesChapitre 6 sur 46 · Voir Dociinients, n" III · texte numérisé non relu

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des pouvoirs du Saint Office J'ai à dire ce que je pense devant son décret. Or mes dispositions consistent en deux choses : i" j« respecte disciplinairement le susdit décret ; 2" je réserve le droit de ma conscience et mes opinions d'historien.

Quant au fond, la compétence du Saint-Office n'est guère plus acceptable pour la pliilosophie de l'histoire que pour l'histoire même, à moins c[ue l'on n'entende par philosophie de l'histoire ce qui en estproprementl'interprétatiou religieuse, la vraie théologie. Mais, ici, je' suis étonné, très étonné, de trouver que vous attribuez au Saint- Office une autorité infaillible, dans le sens le plus absolu de l'infaillibilité, qui n'est pas celui de X ni. le mien. Une déclaration du Saint-Office ne s'adresse même pas à ma conscience comme une direction pleinement autorisée, ce que serait une définition pontificale.

Je souhaite que vous n'alliez pas fournir des arguments aux personnes (pii jugeront ma déclaration insuffisante. Notez que je ne publierai pas cette déclaration, à moins que Rome n'en altère le sens en annonçant ma « soumission ».

Notez encore (j'ai dii vous le dire déjà) que l'on me met dans l'impossibilité de rétracte^ quoi que ce soit. Le décret ne mentionne aucune erreur.

S. E. Merry del Val dit que mes livres « regorgent d'erreurs ». Je ne suis pas tenu de rétracler cette indigestion. La lettre Merry del Val n'estpas un jugement du Saint-Siège. On y indif[ue des points où j"ai erré, mais on ne dit pas en quoi ; et ce sont des points iriiistoirc, je veux dire des points oh mes censeiu^s confondent la théologie avec r histoire. Coiinnent voulez-vous que je leur signale cette confusion, et ne 1 ai-je pas signalée assez dans mon livre ?

Que Tcquivoque vienne de mes amis ou de mes ennemis, il me pai-aît que l'ensemble des documents est tourné de telle sorte que l'on en puisse tirer le maximum de soumission, si je veux bien m'y prêter, et que l'on puisse pourtant se contenter d'un minimum, si je ne suis pas disposé à rétracter mes opinions, et à condamner le fond de mes livres.

Interprétez au minimum la ])ortée du décret : cela peut être utile. Qui sait si le cas actuel n'est pas le dernier grand procès qu'aura examiné le Saint-Oftice ? Gardez-vous bien d'émettre des considérations qui tendraient à alliMMuir un régime intellectuel qui tombe, et dont nous n'avons à regretter l'edondrement ni pour l'Église ni pour la science.

Bellevue, le 3 janvier 1904.

Au même.

J'ai reçu votre dépêche. Après réflexion, j'ai pensé qu'il n'y avait que des inconvénients et nul avantage à suivre votre conseil. Il importe avant tout que je ne voie pas le Cardinal Richard : après ma lettre d'adhésion, il me ferait venir, et Dieu sait ce que serait notre conversation ; il soulèverait la question à'impvimatiiv, etc. La lettre par laquelle il m'a communiqué les documents romains laisse clairement deviner qu'il n'attend pas lui-même, et qu'il ne désire pas recevoir l'acte de ma « soumission » . Il ne tient pas à se prononcer sur la suffisance ou l'insuffisance de cet acte, et, vu la façon dont je le rédigerai, le premier soin du bon Cardinal serait d'envoyer la pièce à Rome, c'est-à-dire au Gard. Merry del Val et au Pape, pour savoir qu'en penser. J'aime mieux y aller directement. J'éviterai ainsi les commérages de l'iVrchevêché. La situation sera nette. A moins d'écrire directement au Pape (J'aurais peut-être écrit à Léon XIII ; mais pourquoi écrire à Pie X ?), je ne puis

m' adresser qu'au personnage que le Saint-Office lui-même a choisi pour organe. Il sera encore temps d'écrire au Pape s'il surgit quelque difficulté. Je veux espérer encore qu'il n'y en aura pas.

J'ai envoyé aujourd'hui mon accusé de réception au Gard. Richard, dans la forme que j'avais prévue d'abord ; je me propose d'envoyer lundi ma lettre au Gard. Merry del Val. Encore une fois, le Gard. Merry del Val me semble inéçilahle, et le recours au Gard. Richard n'aurait élé qu'une complication in'alilc et facilement dangereuse.

Rellevue, le 5 janvier 1904.

A S. E. le Gardinal Richard, Archevêque de Paris.

Monseigneur.

J'ai reçu la lettre que Votre Éminence a bien voulu m'adrcsser.

Il n'était pas possible de publier avec plus de ménagements pour ma personne le décret du

Saint-Office l. Je suis touché de la bienveillance délicate qui a inspiré Votre Eminence dans celte occasion.

Je nie propose d'envoyer prochainement à S. É. le Cardinal Secrétaire d'Etat l'acte de mon adhésion au jugement des SS. Congrégations.

Bellevue, le 5 janvier 1904.

A M. T. Bailey Saunders -.

Monsieur,

Il m'est assez difficile d'apprécier maintenant soit la juste portée soit les conséquences probables de la condamnation qui vient d'atteindre mes ouvrages. La forme de cette condamnation est insolite. Au lieu d'un jugement sur mes écrits ou sur mes opinions, la Congrégation du Saint-Office a émis un arrêt d'insertion au catalogue de l'Index, sans spécifier les motifs de sa décision.

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