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qu'un mythe ou une parabole mal comprise, et il ne cloute pas un instant que la tentation ait été un fait réel. Mais, sans prendre parti contre des commentateurs plus exigeants, il ne croit pas qu'on soit tenu d'admettre une apparition physique de Satan saisissant réellement le Christ pour le transporter au pinacle du temple, ou môme sur une montagne du haut de laquelle, en dépit de la sphéricité de la terre, il lui aurait fait voir tous les royaumes du monde :
« En admettant que la tentation vînt à Jésus par les sens, il faudra bien reconnaître qu'elle se résumera définitivement en une impression morale qu'il s'agissait de repousser ou d'accueillir avec complaisance. Donc on ne voit pas très bien les raisons qu'il y a de se représenter physiquement, par des faits matériels, une scène qui est toute de l'ordre spirituel. Le seul argument sérieux se tire des expressions qu'emploie le texte évangélique. Mais, entre une difficulté dans les mois et une difficulté dans les choses, ne vaut-il pas mieux supprimer la seconde? »
Ce n'est point le lieu de reproduire ici tous les arguments du docte prélat en faveur d'une tentation purement spirituelle; mais sa thèse est, croyons-nous, de celles qu'un franc exposé enrichit déjà d'une forte présomption, et, puisque de toute manière « on se trouve ré-
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duit à entendre certains détails dans un sens large et figuré », avec lui on estimera plus simple d'admettre « que le récit évangélique nous raconte, sous une forme imagée, le triple combat intérieur que Jésus eut à soutenir contre Satan et dont il sortit entièrement vainqueur », d'autant que certaines divergences des évangélistes « laissent visiblement flotter le récit dans son ensemble entre la réalité matérielle et extérieure, assez difficile à admettre, et la réalité psychologique et intérieure qui suffit, d'ailleurs, à maintenir toute l'importance de l'enseignement moral donné par Jésus ». Ainsi pensaient, du reste, il y a quelque seize cents ans, Origène et Théodore de Mopsueste. Si ces noms ne suffisent pas à rassurer tout le monde sur l'orthodoxie d'un évoque approuvé du Pape, citons encore, en faveur de cette opinion, l'autorité de saint Gyprien.
C'est assez insister sur l'intérêt que méritent d'inspirer et qu'inspirent réellement à nos contemporains l'Evangile et la Vie du Christ.
Certes, nous ne prétendons pas qu'on n'ait jamais rien vu de tel. Nos pères des grands âges de foi connaissaient autant et mieux que
nous la religion et l'Écriture. M'"'= de Sévigné trouvait « fort attachante » toute la Bible de Royaumont, et elle professait pour saint Paul des préférences que partageait M"^ de Grignan ; Racine commentait en famille l'évangile du jour; Bossuet distribuait par milliers dans le diocèse de Meaux les traductions de la Bible'. Mais si, au lieu de comparer notre temps aux plus croyants de l'histoire, on le rapproche, comme le veut l'équité, de ceux qui le précédèrent immédiatement, j'ose affirmer qu'il marque un retour manifeste vers la fréquentation de l'Ecriture sainte, ou au moins du Nouveau Testament. Il faut bien qu'à l'extraordinaire floraison de publications évangéliques, dontnous avons parlé au début de cet article, répondent proportionnellement l'attraitet l'accueil du public. S'il est certain qu'on n'a jamais édité autant de traductions de l'Evangile que depuis quelques années, on a droit d'en conclure qu'il est lu plus qu'auparavant. Et de ce fait il est possible que plusieurs soient surpris ; mais je ne sache personne qui refuse de s'en réjouir.
Encore faut-il tant que cela s'en étonner? Il est convenu que le temps oii l'on vit possède tous les défauts; — c'est même convenu depuis si
1 . Voyez un fort intéressant article de Fabbé Delmont dans la Revue de Lille d'avril 1901 : « Les Lectures d'une châtelaine au xvn" siècle. »
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longtemps, qu'il faudrait être étrangement téméraire pour aller à rencontre. Mais rien ne manque tant à notre siècle nouveau-né que la fixité, la sérénité dans ses idées morales. Il cherche le sens de la vie, et il ne peut pas ne pas le chercher, parce qu'enfin il faut vivre. Or, quelles que soient ses préventions, il est bien obligé de reconnaître, comme ce génial utopiste de Tolstoï, que, parmi les livres oii se peut trouver la solution de Féternel problème, l'Evangile tient quelque petite place. Notre siècle va donc à l'Évangile. Mais ce n'est pas un livre qu'on ouvre impunément, et dont ensuite l'on se détache sans peine. Si malades qu'ils soient, tous les yeux sont sensibles aux clartés du soleil; et, une fois connue cette lumière, il leur est impossible de n'en pas garder le regret ou le désir. — Que cherche encore notre siècle avec le plus d'ardeur, sinon à éclaircir et à résoudre pratiquement les questions sociales? Or, comme l'a dit avec son autorité le cardinal Perraud, « si jamais doctrine philosophique, morale, religieuse, eut un caractère social en harmonie avec les plus légitimes désirs de la génération contemporaine, c'est bien celle dont les évangélistes nous ont transmis les préceptes, les conseils, les maximes, incarnés, pour ainsi dire, dans les institutions que n'a cessé de produire, depuis le sermon sur la montagne,
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l'inépuisable fécondité de l'Eglise catholique' ».
Les croyants, d'autre part, éprouvent plus souvent le besoin de se rendre compte de leur foi. Ils sentent que, combattue par tant d'influences contraires, elle courra de graves dangers si elle ne s'éclaire, si elle ne s'affermit. Mais ils savent, et, grâce à Dieu, les prêtres plus que jamais leur disent où se trouvent pour eux la lumière et la force. On les envoie, et de bon gré ils vont à l'unique Maître. Quand ils ont goûté de ses leçons, le reste leur paraît fade; et, si le Christ leur demandait, comme autrefois à Pierre : « Voulez-vous aussi me quitter ? » comme l'apôtre ils s'empresseraient de répondre : « Mais, Seigneur, pour aller à qui? Vous avez les paroles de la vie éternelle. »
Que, du reste, on les explique ainsi qu'on voudra : deux faits sont là, indéniables pour quiconque veut ouvrir les yeux. D'une part, on recommence à lire l'Evangile autant qu'on le fit jamais; et, d'autre part, on étudie la vie du Christ avec plus d'ardeur, plus d'empressement, plus de science qu'on ne l'a jamais fait.
On va, dans quelques jours, célébrer le centenaire de Victor Hugo. Dans l'église Sainte- Geneviève, qui eût pu l'accueillir sans être profanée, et qui lui eût fait ainsi une tombe plus glorieuse, nos premiers artistes réciteront,
i. Mandement pour le Carême de 1901.
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devant le chef de l'Etat et l'Académie française,, quelques vers du génial poète. De peur qu'on oublie ceux-ci, qui lui font grand honneur, et qui se lisent dans la Fin de Satan ^ conclusion philosophique de cette sublime et folle Légende des Siècles, je demande à les rappeler comme un des beaux hommages qu'ait reçus l'Évangile :.
Ce que la Cène vit et ce qu'elle entendit
Est écrit dans le livre où pas un mot ne change
Par les quatre hommes purs près de qui l'on voit l'ange^
Le lion et le bœuf, et l'aigle, et le ciel bleu ;
Cette histoire par eux semble ajoutée à Dieu,
Comme s'ils écrivaient en marge de l'abîme ;
Tout leur livre ressemble au rayon d'une cime ;
Chaque page y frémit sous le frisson sacré;
Et c'est pourquoi la terre a dit : « Je le lirai! »
Les peuples qui n'ont pas ce livre le mendient,
Et vingt siècles penchés dans l'ombre l'étudient...