LA RENAISSANCE CATHOLIQUE EN ANGLETERRE
du président de notre République, l'accueil fait en Angleterre aux religieux expulsés de France.
La Renaissance du catholicisme en Angleterre a été, de tout point de vue, l'un des plus remarquables événements du xix^ siècle, et elle s'imposerait à notre attention, même si nous manquions de moyens commodes pour l'étudier. Mais, justement, il lui a été consacré des œuvres de vraie valeur et de lecture facile, comme les écrits de l'abbé Hemmer, de l'abbé Lemire, de M"* Lucie Faure, de Georges Grappe, du P. Ragey, du P. Rrémond ; et récemment, l'abbé Eugène Carry a donné, en trois brochures, les excellentes conférences qu'il avait faites à Genève sur les cardinaux Wiseman, Nevvman, Manning^
Rien n'approche, toutefois, des admirables travaux que M. Thureau-Dangin, de l'Académie française, a publiés sur ces matières durant les dernières années, tout d'abord en articles du Correspondant , puis en volumes, dont le second vient de paraître et dont le troisième est actuel-
1. Les brochures de M. Garry et le Manninçj de l'abbé Hemmer ont paru chez Lethielleux ; la 6'r?se religieuse en Angleterre eiV Anglo-catholicisme AuV. Ragey, ainsi que le Cardinal Manning de l'abbé Lemire, chez Lecoffre ; le Newman de M"° Lucie Félix Faure eïV Inquiétude religieuse Au P. Brémond, chez Perrin ; le Nevjman de Georges Grappe, à la librairie des Saints-Pères. Signalons aussi de nombreux et remarquables articles donnés par Fabbé Dimnet à la Remie du Clergé français.
lement en préparation^. Le premier tome s'occupe du Mouvement d'Oxford et est dominé tout entier par la géniale figure de Newman, par le passionnant travail d'âme qui le conduit, avec ses meilleurs disciples, Faber, Ward, Oakeley, Morris, Lockhart, du christianisme incomplet de l'Église anglicane aux pleines joies et lumières du catholicisme. Le second étudie, de 4845 à 1865, c'est-à-dire de la conversion de Newman à la mort de Wiseman, la double crise qui continue d'émouvoir le monde religieux en Angleterre, transformant à l'intérieur l'Eglise épiscopalienne pour y faire pénétrer plus de piété et de foi, poussant à l'Eglise catholique les âmes les plus ouvertes et les plus généreuses, parmi lesquelles des centaines de pasteurs, et ce vigoureux esprit, ce grave et noble caractère qui deviendra bientôt le cardinal Manning.
On pressent ce que doit offrir de dramatique le conflit qui s'agite en toutes ces grandes âmes, les remue jusqu'aux profondeurs, les balance, d'une foi qui les a longtemps satisfaites mais ne leur suffit plus, à une autre qui leur semble meilleure mais que, jusqu'au dernier moment, ils craignent aussi de voir manquer, comme la première, à leur besoin de vérité et de certitude.
1. La Renaissance catholique en Angleterre au xix° siècle, 2 vol. in-8, Pion, éditeur. Probablement l'ouvrage complet formera trois volumes et se terminera à la mort de Manning.
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Qu'à ces hautes anxiétés de l'esprit on ajoute les déchirements de cœur, tant de sacrifices à accepter, tant d'intérêts, même des plus nobles, à compromettre sans merci, tant de liens à briser, tant d'amitiés à rompre : et l'on se figurera sans peine l'attrait que présente une pareille histoire, surtout écrite, comme elle l'est, par un homme de foi, de cœur et de magistral talent.
Des leçons aussi s'en dégagent, lumineuses et encourageantes, auxquelles nos difficultés présentes donnent une spéciale opportunité.
Pour ceux qu'inquiètent les nouvelles objections de l'incroyance rien ne vaut, comme réconfort, l'exemple de ces esprits de tout premier ordre qui, durant de longues années de recherche et d'hésitation, se sentent rapprochés du catholicisme à chaque progrès qu'ils font dans la -science ou dans la sainteté, et qui, sitôt entrés dans l'Église, y jouissent d'une paix que rien ne peut troubler : l'exemple d'un Newman, au génie pénétrant, difficile, infiniment profond et délicat; l'exemple tout opposé d'un Manning, au sens net et pratique d'homme de gouvernement; l'exemple d'une nature aussi active que celle de Ward, aussi tendre que celle de Faber, aussi riche et aussi harmonieuse que celle de Robert Wilberforce. Nulle leçon n'est plus instructire
que la vue des motifs qui les mènent au vrai, si ce n'est peut-être la vue des difficultés qui les maintiennent longtemps dans Terreur et qui, autour d'eux, empêchent d'en sortir un si grand nombre d'esprits pourtant éclairés, d'âmes pourtant généreuses, comme Pusey, Keble et Gladstone. Quelle occasion d'apprendre que la vérité, même la plus assurée, n'est point toujours si facile à découvrir du dehors, et que les démonstrations, même les plus solides, quelquefois ne paraissent si aisées que parce qu'on a impar faitement compris le sens ou la portée des arguments contraires!
Ce ne sera pas non plus un mince profit à tirer de ces belles pages d'histoire que le spectacle qui nous y est offert, d'une minorité de catholiques affaiblie jusqu'en son courage et en ses désirs par des siècles d'oppression, résignée par une longue habitude à l'effacement, à l'isolement, à une sorte d'impuissance sociale, — et qui peu à peu se relève, prend sa place au grand jour, participe, timidement d'abord et avec défiance, puis avec la conscience grandissante d'un droit qu'elle sait faire valoir, au mouvement de la vie publique, aux travaux de l'esprit, aux œuvres bienfaisantes, à toutes les légitimes manifestations de l'activité humaine et nationale. Quand s'ouvre le xix^ siècle, et encore trente années plus tard, un prêtre catho-
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liqi -j dans la Grande-Bretagne n'échappe à la haine, ou du moins au dédain des foules, qu'à force de leur paraître, par ce qu'ils voient et par ce qu'ils pensent de son abaissement, un digne objet de leur pitié ; douze ans avant la fin de ce même siècle, les ouvriers de Londres confient l'arbitrage de leurs grèves au cardinal romain qui siège à Westminster, et, quand il meurt, ses funérailles, par l'assistance, par Témotion, par l'unanimité des louanges et des regrets, attestent que le pays entier le regarde comme une de ses forces et une de ses gloires. Pour la seule Angleterre, et sans compter l'Ecosse ni l'Irlande, les catholiques, dans le même temps, sont passés de cent soixante mille à un million et demi, avec un archevêque et dix-sept évêques au lieu de quatre vicaires apostoliques, avec trois mille prêtres au lieu de quatre cents, avec autant de religieux et de religieuses que Dieu en veut susciter chez eux ou qu'il leur en arrive des pays non libres.
Or, si à plaindre que soit aujourd'hui notre condition de catholiques en France, elle vaut centfois mieux encore que ne le valait en Angleterre celle de nos frères, il y a cent ans. Ils semblaient bien avoir raison, ceux qui, chez eux, se résignaient alors, refusaient de se montrer et d'aller de l'avant, de discuter avec l'opinion, de renouveler leurs méthodes d'action, ambitieux,
MOTIFS d'espérer. 11
tout au plus, de se maintenir et de survivre. Pourtant, ils avaient tort de n'espérer pas, et c'étaient de bien belles destinées que celles qu'ils pouvaient attendre de la bonté de Dieu, de leur propre vertu et activité, du zèle éclairé de leurs leaders, de la justice et du bon sens de leurs concitoyens.
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