VA. C. J. F. ET LE SILLON
La loi de 1901, si odieusement partiale contre les ordres religieux, ne laisse pas d'offrir à l'ensemble des citoyens une liberté, des moyens d'action, inconnus depuis bien des siècles et dont il ne tiendrait qu'à nous de tirer parti. L'association, voilà pour les catholiques, on ne saurait assez le redire, le véritable instrument de défense. Déjà, grâce à Dieu, beaucoup commencent à le comprendre, et V Action libérale populaire., si courageusement dirigée par M. Jacques Piou , a montré ce qu'on peut attendre des volontés droites lorsque sincèrement elles s'unissent pour le bien public. Mais, en dehors des cadres, nécessairement un peu flottants, de cette armée très vaste, des corps d'élite se sont formés, qui, loin d'y faire opposition, sauront, au contraire, y entrer, tout au moins à l'heure des batailles, comme des troupes de secours plus entre-
MOTIFS D'fSPÉRFR. 1
prenantes et plus aguerries. Des associations de jeunes catholiques, dont plusieurs ont précédé la loi même de 1901, se répandent à l'heure actuelle sur tout notre pays avec une rapidité, un entrain, une vie d'autant plus dignes de notre attention que nous trouvons ailleurs plus de sujets de tristesse et plus de causes d'anxiété. Dans les émotions de la crise actuelle, la plus grave peut-être qu'ait traversée l'Eglise de France depuis le Concordat, il importe souverainement de connaître chacune de nos ressources, et surtout les meilleures, si nous ne voulons pas être tentés de perdre courage, si nous tenons, — par delà ces difficultés, ces épreuves, ces luttes, ces violences, qui ne font que de commencer, — à fixer sans crainte nos regards sur l'aube lointaine, mais assurée, de notre affranchissement.
Nombreuxsont ces groupements de nosjeunes, depuis le cercle catholique des Etudiants de Paris, depuis les conférences Saint-Paul et Olivaint, depuis les associations d'élèves actuels ou d'anciens élèves des Facultés libres, des collèges religieux, dès écoles ou pensionnats de Frères, jusqu'à ces modestes patronages de paroisse qui, bien dirigés, aboutissent naturellement à des sociétés d'adultes et versent dans l'armée chrétienne mieux que des soldats : des bataillons tout formés. Mais, à tout regarder en
bloc, on ne voit rien exactement, et, si nous restions dans les généralités, même réelles et très encourageantes^ on nous accuserait d'idées vagues, on nous reprocherait un optimisme de parti pris. Nous ne parlerons que de deux groupes, les deux plus importants, il est vrai, par le nombre et l'activité, les deux plus représentatifs aussi, parce que, tout en restant eux-mêmes, ils en encadrent, ils en inspirent quantité d'autres^.
Le Sillon et V Association catholique de la jeunesse française sont aujourd'hui deux forces qu'on n'aurait plus le droit d'ignorer, même s'il ne s'agissait que d'étudier en statisticien les données actuelles du problème moral et social en notre pays ; mais surtout ils constituent, pour l'avenir, des réserves, des «motifs d'espérer »,
1. Une troisième Association, qui ne possède pas moins de titres aux sympathies du public clirétien et qui aurait eu sa place naturelle dans cette étude si elle était, comme 1'^. C. J. F. et le Sillon, essentiellement un groupe de jeunesse, c'est la Conférence Hello. Fondée en 1897 et inspirée à son début par Léon OUé-Laprune, elle a reçu, depuis, l'adhésion des plus illustres représentants de la pensée catholique. C'est, à proprement parler, une œuvre de mutualité intellectuelle. Par le Bulletin qui relie ses adhérents et qui les renseigne sur toutes les occasions d'apostolat intellectuel, par la propagande qu'elle fait chaque année du livre qui lai paraît le plus utile à répandre, par la diffusion des bonnes revues et des bons journaux, elle sert, avec une efficacité dont on avait encore peu d'exemples, la cause de la vérité dans tous les domaines de l'esprit et surtout en ce qui touche la religion, la morale, les légitimes progrès de la société. (L'adresse du Secrétariat est 27, rue de Rome, à Paris.)
qui ne peuvent laisser dans F indifférence aucun esprit soucieux delà religion ou du patriotisme. Aussi bien l'heure est venue de les faire connaître tels qu'ils sont. Ils s'imposent de plus en plus à l'attention publique, et ceux-là mêmes qui les aiment moins sont obligés de penser à eux, de parler et de s'occuper d'eux. Tous les journaux ont raconté, et en détail, les séances, les incidents du second congrès national des cercles d'études, tenu à Tours par le Sillon au milieu de février * ; au commencement d'avril, il donnait une nouvelle preuve de son étonnante force de propagande, en réalisant et en proclamant, dans les salles de la rue Cochin, la fédération des dix- huit Instituts populaires créés en France depuis deux ans ; plus récemment encore, dans les rues de Brest, dans les faubourgs de Paris, dans nos églises attaquées, ses forces se mesuraient, non sans avantage, quoique en se bornant toujours à la défensive, avec ces nouveaux et étranges soutiens du pouvoir qu'on pourrait appeler les bandits de gouvernement. U Association catholique de la jeunesse française a passé, elle aussi, une magnifique revue de ses forces lorsque, sous le patronage du cardinal Perraud et autour des principaux représentants de l'action catholique ^, elle réunissait en congrès