‹ Quelques motifs d'espérer [microform]Chapitre 9 sur 51 · Parmi les orateurs ou rapporteurs, on peut citer · texte numérisé non relu

Parmi les orateurs ou rapporteurs, on peut citer

général, à Chalon-sur-Saône, les représentants de ses cinq cents groupes et de ses vingt-cinq mille adhérents pour étudier de près la plus importante des questions sociales d'aujourd'hui, celle des syndicats.

Semblables sur beaucoup de points et distincts sur plusieurs autres, ici recrutés en des milieux très différents, et ailleurs confondant une partie de leur personnel ou de leurs affiliés, les deux groupes que nous étudions sont fort loin, grâce à Dieu, de se présenter comme des adversaires ; et leur action, qui assez souvent coïncide dans le cours normal des événements, se réunirait, sans le moindre doute ni la moindre hésitation,toutes les fois qu'il serait besoin d'une intervention précise et déterminée. On l'a pu voir l'été dernier, au moment des fermetures arbitraires d'écoles ; on commence à le revoir encore. Cependant, et bien qu'ils tendent, au fond, vers un but identique, leur esprit n'est pas absolument le même ; ils ont chacun leur raison d'être et ils se complètent plutôt qu'ils ne se copient. En étudiant leur jeune histoire, leur organisation et ce qu'ils accomplissent présentement sous nos yeux, nous montrerons par là même en

M. Jacques Piou, les députés deGailhard-Baucel, abbéLemire, Paul Lerolle, comte de Ludre, MM. Boissard, Max Turmann, Bazire, Jean Lerolle, Rouillé d'Orfeuil, Henri Reverdy, Emmanuel Rivière. L'illustre évêque d' Autun prit lui-même la parole le jour de clôture.

quoi ils diffèrent et en quoi ils se ressemblent, nous montrerons surtout par où ils méritent l'un et l'autre nos plus vives sympathies.

V Association catholique de la jeunesse française date du mois de mars 1885. Dix-sept années ! Aussi est-elle dans son épanouissement. L'idée première en est due au comte Albert de Mun. Aidé de Robert de Roquefeuil, qui allait en être le premier président, et d'une dizaine d'autres vaillantes âmes, il en jeta les fondements dans une petite réunion qui se tint au secrétariat de rOEuvre des cercles catholiques, etoii il exposa le but à poursuivre, avec les moyens de l'atteindre. Suivant un mot qui garde encore son prestige, il les convia à restaurer V ordre social chî'étien et, dans cette intention, à grouper les jeunes gens par associations locales, puisa relier toutes ces associations par un comité central.

Deux mois après, en mai, les premiers statuts étaient rédigés et commençaient par cette déclaration: « L'Association catholique de la jeunesse française a pour but de coopérer au rétablissement de l'ordre social chrétien. Elle a pour principes la soumission à l'autorité de l'Eglise et la pleine adhésion à ses enseignements, spéciale-

ment en tout ce qui se rattache aux vérités de l'ordre social et économique, et pour moyens le dévouement chrétien, l'étude et l'appui mutuel entre ses membres. » Suivait, en forme d'appel aux jeunes gens de bonne volonté, un commentaire qui réprouvait les méfaits et les ruines « de la révolution triomphante ».

L'avenir devait peu à peu expliquer le sens encore vague de ces grandes formules. 11 était beau de chercher «l'ordre social chrétien», mais difficile de savoir par le détail en quoi il consiste ; et, pour le « rétablir », il fallait trouver dans l'histoire l'époque modèle où il a complètement régné, il fallait voir jusqu'à quel point les différences probables entre cette époque et la nôtre permettent une résurrection ou exigent du changement, de l'adaptation, de la nouveauté. De se soumettre à l'autorité de l'Eglise, « spécialement en tout ce qui touche aux vérités de Tordre social et économique», c'était, à n'en pas douter, une généreuse résolution; mais, pour la tenir, pour adhérer aux enseignements religieux en pareille matière, il importait de les connaître, et ce n'était pas chose si aisée que de rencontrer dans l'Evangile ou dans les textes officiels l'exacte solution de tous les problèmes soulevés. Enfin, l'on devait définir « la révolution triomphante » ; et, si c'était de 1789 ou de ses suites qu'on voulait parler,

8 QUELQUES MOTIFS d'eSPÉHER

encore convenail-il d'établir certaines distinctions dans un mouvement si mêlé de bien et de mal.

Peu à peu, rexpérience est venue mettre les choses au point, et, chez ces volontés droites, chez ces généreux esprits, transformer en lumière une partie de l'ardeur primitive. La différence est grande entre les vagues aspirations que nous venons de rappeler et la netteté, la précision, de beaucoup des sujets qu'on voit étudiés maintenant dans certains numéros de la Revue de la jeunesse catholique. L'Association n'a, certes, rien perdu de son amour pour l'Evan-

gile ni de sa soumission envers l'Eglise ; mais, si elle continue d'accepter d'eux les « vérités sociales » qu'ils ont définies, par exemple, le caractère indissoluble du mariage, et si elle leur demande les grands principes de fraternité, de justice, de sainteté, dont ils restent à jamais les dépositaires, elle ne se croit point pour cela dispensée de recourir aux ressources tout humaines de l'observation, de la réflexion, des études comparées, de la science historique, de l'expérience sous toutes ses formes.

C'est ce que laisse clairement voir le comte H. de Saint-Pern dans un article tout récent: « La nécessité pour l'Association, dit-il, d'avoir un Credo social a été démontrée à maintes reprises par de Roquefeuil ; et le dernier Conseil

fédéral, pour donner un commencement d'exécution au projet de notre président honoraire, a décidé que l'Association tiendrait désormais régulièrement des congrès sociaux. A chaque congrès, on étudiera une question déterminée et, au bout de quelques années, l'Association possédera un corps de doctrine en économie sociale. Elle pourra l'opposer aux programmes socialistes, comme elle oppose son C?'edo religieux aux adversaires de ses croyances ^ » Voilà le langage de la sagesse même, et l'on ne saurait mieux affirmer la nécessité de demander une doctrine sociale aux moyens qui seuls peuvent la dispenser.

Encore ne devra-t-on jamais attribuer à une telle doctrine la même fixité qu'au Credo religieux. La vérité sociale, dans ses applications, change perpétuellement, comme les conditions mômes oii les sociétés se meuvent.

Mais, pour apprécier les progrès accomplis, il n'est tel, croyons-nous, que de lire le programme du congrès de Chalon-sur-Saône, où l'on ne s'est occupé, pendant quatre jours-, que de ce qui touche aux syndicats, à leur organisation actuelle, à la nécessité d'étendre leur capacité de posséder et de faire des actes de commerce, au contrat collectif du travail, à la

Page 1