‹ Quelques mots à M. l'abbé GuyonChapitre 1 sur 5 · AVIS · texte numérisé non relu

AVIS

Dans la première édition , Fauteur et l'imprimeur, pressés par le temps, n'avaient pu donner à leur travail le soin nécessaire. Il fallait paraître avant le départ de M. l'abbé Guy on , qu'on donnait à Yersailles comme très-prochain. Dans cette seconde édition , l'auteur a développé sa pensée là où elle avait besoin de l'être. Quant à l'imprimeur ^ le public trouvera qu'il a bienfait son devoir.

Une brochure de controverse ! Que cela va paraître hors de saison par le temps qui court! C'eût été bien à quelqu'un de ces temps de ferveur où chacun prenait parti sur une question religieuse ; mais dans ces jours où les intérêts du moment absorbent toutes les affections et tous les soins, qui voudra seulement jeter un regard sur une brochure de controverse? Les indifférens, c'est-àdire le grand nombre , prendront en pitié la naïveté du controversiste , qui lui a fait croire à des lecteurs ; les gens plus sérieux , ceux en qui se trouve encore une étincelle du feu sacré, le blâmeront de n'avoir pas plutôt travaillé à ranimer la foi qui s'éteint.

J'ai senti ces difficultés, et bien d'autres que je n'indique pas. J'ai compris ce qu'il y a de désavantageux dans la position que je viens prendre

Mais j'ai dû céder à une conviction de devoir.

La foi que je professe et que je prêche vient d'être attaquée avec une véhémence à laquelle

nous n'étions plus accoutumés depuis quelques années. Les accusations de schisme , d'hérésie, que sais-je , et cent autres , ont été exhumées contre nous de la poudre des anciens controversistes.

S'il est un moment où le support devient faiblesse et lâcheté , l'heure est certes venue de ne plus supporter sans rien dire.

La vérité est préférable à la paix. Celui qui sacrifie celle-ci à celle-là , est indigne de l'une et de l'autre , de la vérité surtout.

D'autres , à Versailles , auraient pu la défendre mieux que moi. Je dois dire comment il s'est fait que je me sois trouvé chargé de ce ministère.

Le dimanche 7 décembre , au moment où je descendais de la chaire après une paisible prédication sur l'amour de Jésus , mort pour nos ofFen. ses, je reçois de deux personnes qui cherchaient la vérité , disaient-elles ; la proposition de rencontrer M. l'abbé Guyon à l'évéché , pour discuter en leur présence les deux seuls points qui les attachaient encore, selon elles , à l'Eglise romaine .Cette proposition se présentait à moi avec tous les caractères d'un défi y ce fut précisément ce qui me la fit accepter.

Je vis M. l'abbé Guyon pour régler certains préliminaires. Il fut convenu que la discussion serait publique.

Elle ne le fut pas. J'écrivis le lendemain à M. l'abbé Guyon pour me plaindre de ce que les catholiques avaient été éloignés , et pour lui demander une discussion qui eût une entière publi' cité. Il me fit répondre qu'il n'y consentait pas , que c'était en effet par son ordre qu'on avait éloigné les catholiques, et en particulier les deux personnes qui avaient servi de prétexte à la discussion; qu'il ne se refusait pas à une discussion tout-à-fait privée , mais que , surtout , il fallait éviter le bruit.

Quatre jours après , M. l'abbé enseignait à un auditoire de mille à douze cents personnes , comment il faut attaquer la religion protestante.

Si j'écris, c'est, on le voit, dans un cas de légitime défense ; et si c'est moi plutôt que tout autre, c'est que j'ai été personnellement provoqué.

M. L'ABBÉ Cr'JYOlT.

Page 1