MONSIEUR L'ABBÉ
Vous avez cru devoir attaquer à diverses reprises , dans vos prédications , Ja religion protestante. Je n'ai nulle envie de m'en plaindre , vous en aviez le droit. Mais comme vous avez choisi une arène où il n'est pas permis à votre adversaire de vous suivre , la victoire a dû vous être facile , et cette religion que vous avez dépeinte si fausse , si pleine de schisme , de discordes , d'anarchie , a bien pu paraître tout cela à ceux de vos auditeurs qui auraient oublié la maxime de commune justice : Audi et alteram partent > écoutez aussi la partie adverse.
Il eût été loyal et généreux eu vous , Monsieur, de soumettre vos attaques à la contre- épreuve d'une discussion publique , mais puisque vous avez cru devoir vous y refuser, souffrez que j'emprunte
le secours de la presse pour défendre la foi que vous avez attaquée et pour éclairer l'opiuion.
Ma tâche est facile. Dans votre prédication du 16 décembre dernier, vous m'avez tracé la marche que je dois suivre.
Dépouillée de ses formes oratoires votre prédication se réduit à ce raisonnement , dont je me propose d'apprécier la valeur :
« Jésus-Christ veut l'unité dans son église.
« Pour procurer cette unité , il a dû établir un « juge infaillible des controverses.
« L'Ecrituresainte , quelesprotestans prennent « pour leur seule règle defoi, ne pouvant être elle- « même ce juge , il reste que ce soit l'Eglise, c'est- « à-dire la réunion des évêques présidés par le « pape. »
Toute votre force est dans ce raisonnement. On Ta toujours considéré dans votre Eglise comme sans réplique et décisif. C'est comme tel que vous l'avez reproduit.
Examinons-le.
Question de l'Unité,
Jésus-Christ veut l'unité dans l'Eglise. D'accord.
Mais convenez-en , Monsieur , pour procéder avec méthode , il faut définir le sujet avant de parler de ses attributs. 11 faut dire ce que c'est que
l'Eglise, avant de fonder un argument sur son unité.
C'est ce que vous n'avez pas fait. C'est ce qu'aucun controversiste de votre communion n'aime à faire en discutant avec nous.
Vous posez en principe que l'Eglise romaine est bien l'Eglise de Jésus -Christ , puis vous allez en avant comme si la chose était incontestable.
Premier vice de votre raisonnement , puisque c'est précisément là le point capital de toute notre controverse.
C'est ce que je montrais dans notre discussion particulière quand j'établissais que si nous recourions à l'Ecriture sainte pour y puiser nos notions de l'Eglise , nous arrivions à cette conclusion : l'Eglise romaine n'est pas l'Eglise catholique , l'Église de Jésus-Christ ; et je citais, comme témoins en ma faveur, saint Augustin et le catéchisme de votre concile de Trente.
Vous ne trouvâtes pas à propos de me répondre là-dessus.
Que gagnerez-vous , Monsieur, sinon d'éterniser la dispute , à maintenir sans preuve le point - sur lequel tourne toute la controverse ?
Que gagnerez-vous en particulier pour votre grand argument , à poser comme point de départ l'unité voulue par Jésus-Christ dans son Eglise , aussi long-temps que , pressé de déclarer catégoriquement si l'Eglise dont Jésus -Christ parlait