SUBSTITUANT AU JUGEMENT DES EVEQUES L'AUTORITE
« de la parole de dieu , si religieusement révérée « par tous les fidèles , si imposante à des oreilles « chrétiennes ; et comme ils se réservaient le droit <r de l'interpréter , il ne leur restait plus rien à « craindre en appelant de l'Eglise à l'Ecriture ; « c'est-à-dire ? à une lettre insensible et passive qui « se prête plus commodément à ce qu'on veut lui « faire signifier , qui reçoit des interprétations « diverses , et ne réclame point parce qu'elle est « muette ; qui souffre des violences, se laisse met- * tre à la torture, et ne se plaint point , parce «f qu'elle est morte (i). »
On le voit , s'agit-il de l'autorité de ses pairs (et par conséquent delà sienne) , les aaiplifications oratoires , les tours nobles , la chaleur du style , tout arrive sous la plume , éloquente alors , de M. l'évêque d'Aire. Ce tribunal des évêques est un juge impartial , inflexible y dont on ne saurait éviter l'œil toujours ouvert ; sa sentence est irréjormable y c'est un tribunal suprême auquel on ne saurait en imposer ; un tribunal armé d'une autorité sacrée pour condamner et proscrire. Ses titres sont de création divine. En un mot , c'est une quasi-apothéose que prononce M. l'évêque d'Aire ; et puis s'agit-il de la parole de
0) Discussion Amicale, vol. I, p. 171 , 172.
Dieu tournez le feuillet , vous y lirez que c'est
une lettre insensible > passive , muette y morte, en sorte que ce fut chez les réformateurs une œuvre de haine contre l'Eglise que de tenter de substituer au jugement des évêques l'autorité de la parole de Dieu; puis arrivent deux mots d'éloge pour cette parole , mais les deux lignes qui les renferment , précédées et suivies comme elles le sont, constituent une injure de plus, c'est l'ironie ajoutée à l'outrage.
Si ma faible voix pouvait aller jusques à Strasbourg , je rappellerais à l'auteur de la Discussion Amicale que la parole dont il parle ainsi est pourtant celle qui doit le juger un jour. Si vous condamnez la loi vous n'en êtes pas V observateur y mais le juge , lui aurait dit l'apôtre saint Jacques : « Si autem judicas legem 3 non es factor legis sed judeoc{\). Vous avez donc offensé le législateur en médisant de son œuvre; ah ! effacez, effacez de votre livre ces déplorables lignes , et demandez à Dieu qu'il les efface du sien par le sang de Jésus-Christ.
Entre cette conduite des docteurs de l'Eglise romaine qui travaillent à fonder leur autorité sur les ruines de la parole de Dieu, et la conduite des premiers ennemis de la vérité , il y a , Monsieur, une analogie que je trouve accablante pour vous.
(i) Jacq. IV, ii
Saint Irénée, qui vivait si près des apôtres, après avoir dit que les saintes Ecritures nous ont été don nées par la volonté de Dieu pour être le fondement et la colonne de notre foi^i) y se plaignait ainsi des hérétiques de son temps : «Quand on les « reprend par les Ecritures, ils se tournent contre « les Ecritures pour les accuser d'insuffisance , « de défaut d'authenticité et d'accord, comme si « on ne peut y trouver la vérité quand on ignore « la tradition qui a été donnée de vive voix et non « par écrit (2). » C'est précisément là, Monsieur, et ce que vous faites et ce que vous dites.
Que l'Eglise romaine cesse enfin pour le bonheur des hommes de s'interposer entre eux et le livre que Dieu a donné pour tous ; qu'elle souffre que Dieu parle lui-même et sans organe obligé , et au lieu de travailler à congréger les peuples autour de la prétendue chaire de saint Pieire , qu'elle travaille plutôt à les rassembler autour de cette chaire du haut de laquelle parle celui qui a dit de lui-même : « Christ seul est votre docteur. »
(1) Irenseus adv. liserés, lib. m, c. 2.
(2) Irenœus adv. hseres. lib. m, c. 1.