CONCLUSION
Ce que nous réclamons donc pour nous et pour tous les hommes , contre les prétentions de l'E-
(1) Jean. V, 3<).
(2) i.Cor.X, i5.
(3) 1. Jean. IV, 1.
(4) Act. XVII, 11,
glise romaine, c'est la liberté de ne soumettre nos consciences qu'à Dieu*
Une soumission aveugle comme celle que vous demandez aux consciences pour les arrêts de votre Eglise , constitue un véritable culte. Soumettre son entendement , son cœur, sa raison sans examen , c'est adorer. 11 n'y a point d'hommage qui puisse aller au-delà. Cette soumission intérieure , je la réserve pour Dieu seul , comme le plus pur hommage que je puisse lui rendre.
Après tout , Monsieur, notre controverse n'est que la vieille querelle de la liberté et du pouvoir absolu ; du pouvoir absolu réclamant l'empire sur les consciences , c'est-à-dire , poussant ses prétentions jusque dans leurs limites extrêmes ; et de la liberté , revendiquant le plus saint des droits de la conscience , celui de ne soumettre sa foi religieuse qu'à Dieu seul.
Mais, dites-vous , de l'usage de cette liberté sont nées toutes vos sectes. A ce que j'ai répondu plus haut , j'ajoute que l'abus ne peut prescrire contre l'usage , quand l'usage est de droit naturel , et je dirai ici de droit divin.
S'il suffisait d'ailéguer des abus pour renverser des droits , quel droit resterait encore debout ?
Résoudre finalement toutes les controverses qui sont nées de la liberté de la conscience , c'est un droit que Dieu s'est réservé, et qu'il exercera quand il viendra nous juger , vous et moi , Monsieur, non pas , remarquez-le bien , d'après les arrêts de votre
juge des controverses , comme il devrait le faire si vous aviez raison , mais par sa parole comme il l'a déclaré lui-même (i) ; elle sera la règle de son jugement, parce qu'il Ta donnée pour être la règle de notre foi.
La controverse du chrétien biblique avec votre Eglise , rendra toujours évident l'embarras extrême que vous cause l'autorité de la Bible. Un œil exercé vous pénétrera sans peine, et saura lire chez vous , combien vous seriez satisfaits d'être débarrassés de l'Ecriture sainte , je ne dis pas comme livre de dévotion , mais comme livre de controverse.
Quand on vous presse par les argumens de la Bible , vous ne répondez pour l'ordinaire que par des fins de non-recevoir • ainsi vous vous prendrez à contester l'authenticité de nos versions, vous les accuserez d'être falsifiées , vous nous demanderez de qui nous tenons l'Ecriture , vous nous contesterez le droit de les entendre , et presque celui de les citer ; en un mot , vous aurez recours à mille petits artifices de cette sorte pour faire diversion • mais répondre catégoriquement à un texte , vous ne le ferez presque jamais , vous , esquiverez la pointe de l'épée par un habile mouvement de corps > vous n'oserez jamais la rencontrer en face.
J'en ai fait l'expérience avec vous-même , Mon-
(i) Ev. de Jean. XII, 48=
sieur, j'ai attaqué par cette parole de Dieu , ce que je crois vos erreurs , les points fondamentaux de votre système; mes citations ont été nombreuses , fréquentes , à mon avis décisives ; et jamais , Monsieur, jamais pendant les deux heures qu'a durée, notre discussion, vous n'y avez répondu un mot. Je vous pressais pourtant de toute manière , j'en appelais à votre logique , je vous priais de répondre , ne fût ce que par égard pour l'autorité que j'invoquais ; mais , soit impassibilité , soit préoccupation , soit , il faut bien que je le dise , dédain pour cette parole , vous avez persisté dans le silence vis-à-vis d'elle ; mais en revanche , vous avez lu d'abondantes citations d'un livre de l'évêque d'Aire.
Ce trait est caractéristique : j'avais la Bible dans mes mains , vous aviez dans les vôtres la Discussion Amicale. Qui donc de vous ou de moi défendait la religion de la Bible ?
Oui, Monsieur, je n'ai que trop raison de le dire,, chez vous, on fait peu de cas delà parole de Dieu : les maigres éloges qu'on lui accorde parfois , sont donnés de si mauvaise grâce, qu'ils semblent arrachés par un reste de pudeur. Tous les ornemens du langage , toutes les pompes du style sont au service de votre éloquence , lorsqu'il s'agit de relever l'autorité des évêques ; et vous trouvez à peine quelque expression de froide politesse pour la jeter en passant sur le livre de Dieu ; encore , la politesse finit-elle par vous échapper assez sou-
vent , et alors vous ne craignez pas d'adresserà ce livre des injures.
En fournirai-je un exemple à mes lecteurs , qu'ils lisent et qu'ils jugent si mes reproches sont trop sévères.
Le morceau suivant est de l'évêque d'Aire, aujourd'hui évêque de Strasbourg.
« En même temps que les réformateurs affec- « taient pour l'Ecriture sainte une déférence ab- « solue, une soumission exclusive, ils réunissaient « toute leur haine et toutes leurs attaques contre « l'infaillibilité de l'Eglise. Cette disposition ne « doit point vous surprendre , Monsieur, et vous « en pénétrerez aisément le motif. On redoute « avec raison un juge impartial , inflexible , dont « on ne saurait éviter l'œil toujours ouvert , et la « sentence irréformable : on n'en impose point à « un tribunal suprême , dont l'office est de main- « tenir la loi dans son intégrité , d'y rappeler « ceux qui s'en écarteraient , de l'expliquer à ceux « qui l'entendraient mal , de redresser toutes les « erreurs , en donnant au texte sa juste et vraie « signification , à un tribunal armé d'ailleurs « d'une autorité sacrée, pour condamner etpros- - « crire les réfractaires et les contumaces. Le « moyen d'échapper à sa condamnation , à ses » anathèmes , était de lui contester ses titres de « création divine, et d'anéantir ^ s'il avait été s< possible , sa juridiction. Les auteurs de la ré- « forme virent bien qu'ils n'avaient point d'autre
« parti à prendre : ils le prirent et y employèrent « tous leurs efforts; ils se flattèrent d'y réussir, en