‹ Quelques mots sur l'instruction publique en FranceChapitre 15 sur 43 · IM · texte numérisé non relu

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j^snoms nouveaux, il reprit fit faussa le vieux nom d^Université pour le donner à cette organi- ^aation dont il était le créateur. De là bien des confusions, car les privil^s qui étaient autrefois attachés à des corporations indépendantes, appelées Universités, devinrent des privilèges de cette nouvelle administration ou , en d'autres termes, de l'État. Ce fut TÉtat qui fit passer les examens, conféra les grades, recommanda les méthodes, procura Tinstruction et réducation. Depuis ce temps, malgré quelques faibles tentatives de réforme , les choses en sont restées ^u même point. Hormis les séminaires ecclésiastiques et un petit nombre d'institutions privées, renseignement en France est resté un service public S

Nous ne voulons pas rechercher en ce moment si cette organisation fut une nécessité des conditions ôii se trouvait alors la France. Nous examinerons plus loin s'il est possible et s'il convient artuellement de la modifier. Mais :sroyons d'abord quelles sont les qualités et quels sont les défauts de nos

J. « L'Université a été élevée sur celte base fondamentale que

« Finstniction et Téducalion publique, appartiennent à l*État.

/ « L'Université .a donc le monoipole de réducation, à.peu.pfiès

/ « comme les tribunaux ont le monopole de Ja justice, et l'arniée

* celui de la force publique. » Royer-Collard. Discours prononcé

à ia Chambre des députés, le 25 février 1817.

'lycées : c'est îà, 'selon nous, la question! tielle. S'ils répondent aux besoins de notre temps et aux justes exigences de la société, s'ils fournissent aux jeunes gens le meilleur aliment et* le plus fructueux exercice de leur intelligence, slls sont faits pour mûrir les caractères et pour for- -mer d'utiles citoyens, en compromettre Texits- ■tence serait au moins une tentative imprudente. D'un autre côté, renseignement qu'ils ont donné exclusivement durant tant d'années n'a guère permis qu'il. se formât en dehors d'eux un personçel de professeurs possédant d'autres vues et d'autres méthodes. Si l'État retirait sa main des lycées, les établissements qui les remplaceraient- en seraient des imitations. Gela est si vrai que rien ne ressemble plus à un collège, pour les méthodes et pour le train général des études, qu'un:séminaire. I^^^iberté, quoi qu^en aient dit les déclamateurs de toutes les écoles, ne produit rien par eUe*mème : elle permet aux germes qui sont déjà semés de se développer. Mais chez nous, depuis longtemps, en dehors de la culture officielle, qui est la même dans toute la France, aucune :semence nouvelle n'a été déposée dans ies esprits.

Deux observations se présentent d^abord, quand nous ^examinons le mécanisme du lycée. Iia^iwemière, c'est qu'il forme un tout achevé en ^«oi. ^-^^

Tandis qu'en Angleterre, en Allemagne, on n'est tenu pour un homme lettré que si Ton a passé par les Universités, dont les collèges sont la préparation et le vestibule, chez nous les études générales sont censées arrivées à leur terme quand on a fini la dernière classe du lycée : après cela, il ne reste plus qu'à entrer dans une carrière déterminée. Nous reconnaissons ici l'habile et forte organisation des Jésuites, qui, en tous pays, pour mieux assurer leur action et préserver leurs élèves de tout contact étranger, ont placé au collège les cours de littérature et de philosophie que d'habitude on allait chercher aux Universités. Nos lycées n'ont rien changé à ce régime. Ils reçoivent rélève enfant, et quand ils le j-endentà la société, il a, selon l'assurance de ses maîtres et selon l'opinion générale, terminé ses études : les Facultés des lettres sont faites pour les aspirants professeurs ou pour les gens du monde. Ainsi nos trois degrés d'enseignement forment trois étages qui ne communiquent pas' ensemble : l'instruction primaire languit dans des profondeurs où le professeur de lycée jette rarement les yeux, et l'enseignement supérieur est placé sur des sommets dont les avenues restent désertes.

Disons tout de suite qu'il y aurait aujourd'hui danger à porter prématurément la main sur cette organisation. On pourrait, par ordonnance mini s-

térielle, enlever la philosophie à nos lycées et la transporter aux Facultés : mais rien ne prouve que nos élèves, qui ont désappris le chemin des Facultés, iraient y chercher l'enseignement que le collège ne leur donnerait plus. Laissons donc d'abord les choses en l'état où elles sont depuis si longtemps. Mais puisque notre instruction secondaire a pris une importance si disproportionnée, nous avons le droit de nous montrer avec elle d'autant plus exigeants. Les leçons du lycée doivent être en France plus approfondies et plus substantielles qu'en tout autre pays, puisqu'elles ne sont point suivies, comme ailleurs, des leçons de l'Université. C'est au collège que l'élite de notre jeunesse, magistrats, administrateurs, officiers, diplomates, écrivains, reçoit toute l'instruction générale qu'elle emportera dans la vie. On ne saurait donc trop y faire attention : là se fait l'apprentissage dés esprits et l'on peut dire d'avance que s'il existe des lacunes et des défauts dans l'enseignement secondaire, ils se retrouveront dans la vie intellectuelle de la nation.

La seconde observation que nous voulons présenter se rattache étroitement à la précédente. Si le lycée a l'ambition de se suffire à lui-même, en revanche il exige des élèves qu'ils parcourent ses classes jusqu'au bout. Je suppose qu'un incident imprévu, comme la vie en amène tant, oblige un

j mine homme à quitter le collège après Isi ({oa^ trîèoie; On devrait supposer que pour prix, des: dnq ou six années déjà passées sur les bancs il ^nporte avec lui des connaissances à la vérité res* treinies, mais formant pourtant un ensemble qui pourra lui être utile. Tout le monde sait qa'il n'en est rien. Il a fait des versions et des thèmes ; il a commencé à aligner des vers latins ; il a vu un discours de Gicéron et un chant de TËnéide; il a traduit quelques chapitres de Xénophon : mais il

n'a jamais de lui-même écrit une page de français; s'il a vu rhistoire ancienne et romaine, l'histoire moderne lui est inconnue ; il n'a aucune notion de physique, ni de chimie, ni d'histoire naturelle. C'est l'ordonnance du lycée qui le veut ainsi. Toute la longue série des classes est considérée comme une préparation aux classes supérieures; la rhétorique, la philosophie forment non pas le couronnement, mais la clef de / voôte de l'édifice. Le lycée demande qu'on se donne à lui pour le temps qu'il a prescrit : mieux vaut ne pas entrer, si l'on ne veut lui consacrer les neuf ou dix ans qu'il réclame.

G*est que le lycée subordonne toutes les connaissances à une idée dominante : il ramène l'instruction à l'art d'écrire. En parlant ainsi, je ne songe nullement à faire la critique de l'Université : pour elle, l'art d'écrire, c'est l'art de pen-

s^. L'honnête homme^ comme l'entendait le dix"^ s^tièmie; siècle, sachant diriger son esprit d'ime manière sensée et droite, et trouvant pour ses idées une expression toujours naturelle et juste, voilà Fidéal que nos professeurs ont en vue. N-en est*il pas cependant un autre que lesi chuagemeats survenus dans notre société et les progrès, de la science ont fait succédçr au premier, non poîar l'abroger, mais pour le transformer et Tagrandîr? Il est un art aussi nécessaire aujourd'hui guece^ lui de. penser logiquement : c'est l'art de découvrir et d'observer les faits, l'art de comprendre et de contrôler la vérité. Nous verrons si les études du lycée sont de nature à y préparer la jeunesse.

D un autre côté, nous aurons à examiner si les moyens employés pour réaliser lïdéal universitaire sont toujours les plus simples et les plus rationnels. Nous avons affaire à un système d'enseignement vieux de plus de deux siècles : en un si long espace de temps, le but a pu être perdu de vue et les moyens, comme* ir arrive si souvent dans l'histoire des institutions humaines, être pris pour le but.

Nous apporterons à cette étude la plus sincère franchise. Les précautions de langage, outre qu'elles seraient superflues, seraient comme une sorte d'offense dans une matière où il importe avant

tout de rechercher et de dire la vérité. Je ne crois pas nécessaire d'exprimer mes sentiments pour l'Université, dont j'ai été l'élève, dont je fais partie dgpuis vin gt an s et à laquelle m'attachent tant de liens de reconnaissance, d'affection et de respect. Il sera question ici des méthojies, et non des hommes. J'aurais beaucoup à louer, si je. faisais une étude complète ; mais l'objet de ce travail étant seulement de signaler quelques réformeSj à mon sens, nécessaires, c'est uniquement sur les côtés défectueux que nous devrons insister.

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