DES COMPOSITIONS HEBDOMADAIRES
Où prendrons-nous le temps pour tous ces exercices, répondent nos proviseurs î C'est à peine si jusqu'à présent nos classes suffisaient à leur tâche. — On aura assez de temps quand on éloignera de la classe les longues corrections de devoirs, les dictées, les récitations quotidiennes*; quand les élèves, grâce à Texamen de passage, ^h. seront de force à peu près égale et ne contraindront pas le professeur à de perpétuelles répétitions ; quand Tintelligence des enfants, toujours tenue en éveil, se fera le collaborateur du professeur, au lieu d'attendre passivement que les connaissances viennent se présenter. Tandis que la classe se consume aujourd'hui à examiner et à écouler les produits que Tétude lui fabrique sans trêve, elle aura désormais dans l'étude une auxiliaire qui lui préparera et lui facilitera sa tâche.
1. C'est le langage d'Arnauld : « se ménager du temps par l'exclusion des vers latins dans les hautes Classes, des Hièmes dans les petites et des leçons qui ne produisent rien qui vaille. »
Eaut-il cependant qu'on ajoute des classes ? Eh bien! nous pouvons ajouter une centaine d'heures par an, sans retenir un instant de plus nos pro- • fesseurs au lycée. Nous les allégerons en même temps d'une besogne qui est la partie la plus lourde, la plus ingrate et la plus inutile de leur métier. Avec la classe telle que nous Fentendons, \e% compositions hebdomadaires sont un stimulant superflu. Au lieu de se mesurer entre eux toutes les semaines, il suffira que nos élèves, comme au temps de RoHîn, composent une fois .tous les mois.
La composition n*apprend rien à l'écolier, elfe ne fait que montrer ce qu'il a appris. C'est le devoir porté à sa plus haute puissance. Si nous réduisons de quarante à dix ie nombre des compositions, aux soixante heures ainsi gagnées viendront s'ajouter celles qui étaient consacrées à les corriger devant les élèves et à donner les places. Ce sera aussi un gain notable pour le professeur, un soulagement pour son esprit et une avance pour son travail personnel, que de n'avoir plus à peser des quarts de fautes ou à tarifer la valerur de deux mouvements oratoires. A ces occupations, les plus consciencieux et les plus éclairés passent leurs meilleures heures. Ainsi se perd la vie des élèves et des maîtres : on emploie une classe tous les huit jours à constater des progrès que
les enfants n'ont eu ni le temps, ni Toccasion de faire, et on courbe les maîtres sur cette meule qu'ils ne cessent de tourner à vide.