DES CARACTERES PARTICULIERS DE L'INSTRUCTION PRIMAIRE EN FRANCE
Tandis que notre enseignement supérieur et secondaire remonte jusqu'au moyen âge, et de là,
par une tradition qui n'a jamais été complètement interrompue, jusqu'aux écoles romaines,
l'organisation de notre enseignement primaire date d'hier. La première République le décréta à plusieurs reprises; mais nul sous la République, nui sous TEmpire, il ne commença d'exister que sous la Restauration, et il ne prit une assiette solide qu'en 1833.
Comment la France a-t-elle attendu si longtemps et comment s'est-elle laissé devancer à tel point par les nations voisines ? car il ne faudrait point croire que dans toute l'Europe l'instruction piimaire soit chose si récente. L'Allemagne, la Hol-
— Islande, la Suède, depuis deux siècles, possèdent de nombreuses écoles : dans le royaume de Prusse, alors si restreint et si pauvre , le roi Frédéric- Guillaume I, à lui seul, en avait fondé dix-huit cents, et dès le règne de son successeur Frédéric II, renseignement était déclaré obligatoire. D'où vient que la France, qui, dans le même temps, comptait tant d'économistes éclairés, tant de philosophes amis de l'humanité^ tant d'esprits généreux, ait absolument délaissé l'instruction du peuple?
Il faut avoir le courage de nommer la cause du mal, non pour réveiller des ressentiments qui ne sont pas de saison , ni pour provoquer des regrets stériles, mais pour voir enfin clair dans notre histoire et pour savoir où elle nous conduirait, si nous ne prenions soin d'en modifier la direction ou d'en atténuer les conséquences. La vérité est que renseignement primaire, partout où il s'est établi avant ce siècle, est fils du protestantisme. Cela^ est si évident, et cela peut être prouvé par des textes si explicites , qu'il est à peine nécessaire d'y insister.
En 1524, Luther adressa une lettre aux Conseils de toutes les villes d'Allemagne pour les engager à ibnder des écoles :
a Chers Messieurs , puisqu'il faut annuellement tant dépenser pour arquebuses, routes, escaliers,
digne», eto. , sàht qu'une ville; ait la paix et lia eommodité ten^xirelles, à plus forte raison devo!»«-Bous dépenser en faveur de la pauvre jearnefi»e nécessiteuse, pour entretenir un habile hennne ou deux comme maîtres d'école. Toute la' force et la puissance de la chrétienté est dans sa postérité, et si Ton néglige la jeunesse, il en sera des églises chrétiennes comme .d'un jardin qui est négligé âu-printemps. On trouve des gens qui servent Dieu par beaucoup de pratiques étranges : ils jeûnent, portent des cilices et font mille choses par piété ; mais ils manquent au vrai service diviB, qui est de bien élever leurs enfants , et ils font comme autrefois lea Juifs qui abandonnèrent le temple de Dieu pour sacrifier sur les hauteurs.
« Crois-moi, il est bien plus nécessaire que tu prennes soin de bien élever tes enfants, que d'obtenir l'absolution, de prier, d'aller en pèlerinage et d'exécuter des vœux.
« Mon opinion estquePautoritéest tenue de forcer les sujet» d'envoyer leurs enfants à l'école.... Si elle peut obliger les sujets valides à porter lia lance et l'arquebuse, à monter sur les remparts et à faire tout le service de guerre, à plus forte raisQD peivt-elle et doit -elle forcer les sujets d'envoyer leurs enfants à l'écoiè, parce qu'ici il s agit d'une guerre bieir plus terrible avec le satané< démam Et nioÎH!iénïe>, si je pouvais ou sr
je i0f4m rmoneeir à mon mmUtère é% p^édic»* teiir et à mes ftittrea occupationB , il ii'eel pas métLer quQ je ferais plu« volontiers que cehri de msdtre d'école ou d'instituteur. Car je crois qn^e, après la prédication, c'est là. le ministère le plus utilf V le plus ^rand et le meilleur, et encore ne sais-je pas lequel des deux doit passer le premier. »
Le réformateur protestant ne pouvait t($nir vm autre langage. En rendant F homme responsable de sa foi et en plaçant la source de cette foi dans VËcriture sainte, la Réforme contractait T obligation de naettre chacun en état de se sauver pkr la lecture et par riotelligence de la Bible. L'instruction devint donc le premier des devoirs de charite, et tous ceux qui avaient charge d âmes, de^ puis le père de famille jusqu*aux me^istrats des villes et jusqu'au souverain d'C TÉtat, furent ^ appelés^ au nom de leur propre salut et chacun dans la mesure de sa responsabilité , à favoriser renseignement populaire. Ainsi le protestantisme, par un enchaînement d'idées dont il serait hors de propos de discuter la valeur philosophique, mais dont les conséquences pratiques fuirent d'un prix inestimable , mit au service de rûMbniction. le stunulant le plus efficace et l'iniié'* Ht Itoplm puissant qui agisse sur les hommes.
Qasaiâ nous* voulons^ en Frajice, gagner les esfrite. i ]»i cause de l'enseignement, les; rair^
sons solides ne nous manquent point. Augmenter les ressources de l'individu et multiplier du même coup la richesse de TÉtat, répandre une moralité qui rende les crimes plus rares el un respect des lois qui diminue l'armée de Témeute^ égaler la diffusion des lumières à Textension des droits politiques et éclairer notre souverain, qui est le suffrage universel, tels sont les motifs qu'invoquent ordinairement les partisans de l'instruction du peuple. Mais si pressante que nous paraisse l'évidence de ces raisons, l'expérience prouve qu'elle ne l'est pas encore assez pour secouer l'inertie ou pour dissiper les préjugés de nos paysans. On peut encore entendre aujourd'hui dans nos campagnes quelques-uns des propos. qui accueillaient en 1833 M. Lorain, inspecteur de l'instruction primaire, pendant qu'il faisait sa tournée : « Nos enfants seront ce « qu'ont été nos pères. Le soleil se lève égalece ment pour l'ignorant et pour le savant. — a Mais si la dépense vous effraye, vous n'aurez « rien à dépenser, familles indigentes, et vous « aurez le double avantage de donner à vos ence fants une éducation meilleure, sans bourse dé- « lier.— Nous ne voulons, répondent-ils, d'instruccc tion à aucun prix. — Mais nous vous fournirons ce même les livres. — Pas davantage. — Mais « j'accorderai des secours à ceux d'entre vous qui
«c seraient malades, si vous voulez me promettre « d'envoyer vos enfants à Técole. — Nenni. — Mais on vous payra. — Foin de Tinstruction, ^/i'-' nous avons mangé du pain sans savoir lire et u écrire, nos enfants feront de même. Voyez un « tel qui sait lire, il est pourtant moins riche que «c nous qui ne savons pas.... Quand tous Jes enfants du village sauront lire et écrire, où trouverons-nous des bras ? Ils iront dans quelque ^< fabrique, et déserteront nos campagnes, ou bien « ils feront comme les séminaristes de Servières, « ils se dégoûteront des travaux manuels auxt< quels les destinaient leurs pères, et ils aug- 'c menteront le nombre des fainéants et des avo- «< cats de village qui déjà pullulent dans nos <' hameaux*. >>
D'un autre côté, l'État, qui est ou devrait être plus éclairé que les masses, se laisse trop souvem distraire du devoir de l'instruction publique par des soins et des exigences d'un autre ordre. Nous avons vu, il y a huit ans, un ministre organiser en faveur de Tinstruction publique une ardente et généreuse campagne; mais qu'en reste-t-il aujourd'hui et combien s'est ralenti le zèle qui avait fait propager les cours d'adultes et les
1. Lorain, Tableau de V instruction primaire en France. Paris, 1837, p. 15etsuiv.
écoles du soir? 11 a suffi d'un revirement politique pour compromettre, pième avant nos désastres, toutes ces créations d'un patriotisme prévoyant. L'action moins visible, mais permanente de la religion, qui dispose du concours de toutes les générations de croyants, n'a donc pas seulement un pouvoir plus incontesté que Tautorité civile, elle possède en outre cette force continue qui finit par écarter tous les obstacles. Ce n'est pas à dire que la foi soit aujourd'hui, en Allemagne, l'intérêt unique, ni même l'intérêt principal, qui soutienne et multiplie les écoles. • La religion peut désormais s'ajGfaiblir et dispa- ^*^" raître dans les pays protestants : les biens qu'elle a procurés n'en resteront pas moins acquis, et les avantages que donne tous les jours l'instruction populaire sont asçez éclatants pour que l'argument tiré de la foi puisse sans danger perdre son empire sur les esprits. Il en est de la nécessité de l'enseignement comme de ces prescriptions de la morale qui ont été placées, à l'origine des sociétés, dans la bouche même des dieux, et qui ont pénétré assez profondément dans notre raison et dans nos habitudes pour qu'aujourd'hui elles puissent se maintenir au nom des affections naturelles de l'homme, au nom de la raison ou de l'utilité générale. L'enseignement obligatoire a été légalement établi dans les pays protestants
sans y rencontrer aucune de ces résistances qu'il n'a encore pu vaincre chez nous, parce que, grâce À k religion, depuis longtemps déjà tous les esprîte s'étaient familiarisés avec une telle idée, et qu'rrant d'être décrétée au nom des intérêts de la société, l'obligation existait déjà virtuellement pour toutes les consciences chrétiennes.
Avant de quitter ce sujet, nous ne pouvons no«s empêcher de rappeler la réclamation préstatée à François II par les États généraux d'Orléansly en 1560 : « Levée d'une contribution sur les bénéfices ecclésiastiques pour raisonnablement stipendier des pédagogues et gens lettrés, en toutes villes et villages, pour l'instruction de la pauvre jeunesse du plat pays, et soient tenus les pères et mères, à peine d'amende, à envoyer lesdits enfants à l'école, et à ce faire soient contraints par les seigneurs et les juges ordinaires *. »
C'est dans les cahiers de la noblesse, qui pour moitié appartenait à la religion réformée, qu'était exprimée cette demande. On voit clairement par là que le protestantisme, s'il s'était établi en France, y aurait porté les mêmes fruits qu'ailleurs. Mais deux ans après, les guerres de religion commençaient ; l'hérésie, après de longs efforts, était écrasée, et pendant trois siècles on ne
1. dVé par iSr. Dotuy, dsms son preiùier rapport sûr V^àtàgBWMbt pvlmaire.
devait plus entendre pétition semblable dans notre pays.
Nous ne voulons pas dire que TÉglise catholique soit nécessairement Tennemie de l'école. Mais on peut affirmer sans crainte d'être contredit, et l'histoire au besoin est là pour attester qu'elle ne l'exige ni ne la suppose. Non-seulement la foi catholique a dominé pendant de longs siècles chez nous sans songer à fonder l'enseignement populaire, mais quand les progrès de la raison publique, l'exemple des nations voisines et les obligations du régime démocratique décidèrent l'État à créer des écoles dans nos communes, le clergé a faiblement secondé ce mouvement, comme un homme qui assiste à une grande expérience dont il ne voit pas bien la nécessité, et dont il ne sait pas au juste ce qu'il doit attendre. C'eût été après tout une illusion singulière d'espérer une autre disposition d'esprit des représentants de la foi catholique, si l'on songe aux ressentiments tout récents qu'avaient dû laisser dans leurs cœurs les folies et les violences d'une Révolution entreprise au nom de la Raison.
Par une réaction naturelle, l'école, fondée sans le secours exprès du clergé, se mit en défiance contre lui, et l'instituteur fut entraîné petit à petit à se regarder comme en antagonisme avec le curé. Triste rivalité qui s'est établie aux dépens
— aide Tenfance et sur le terrain d'où toutes les rivalités devraient être bannies! Tandis que dans les écoles protestantes , le maître est une sorte de demi-pasteur, participant au caractère vénérable du prêtre, l'instituteur français revendiqua de plus en plus son caractère laïque ; il se considéra comme le représentant d'un principe à part, qu'on appelait tantôt le progrès, tantôt l'État ou les idées modernes. Dès lors, le prêtre, déjà médiocrement disposé pour l'école, cessa d'en franchir le seuil, ou s'y renferma strictement dans ses attributions, et le divorce entre ces deux représentants du monde moral fut accompli. Ainsi non-seulement l'instruction populaire s'est accomplie tardivement et lentement dans notre pays , comme tout ce qui se fait sans le concours des forces réunies de la nation, mais une fois installé, cet enseignement a vu la religion, qui ailleurs en est le soutien, se détourner de lui avec froideur et avec méfiance.
Cependant, comme un tel état de choses était intolérable, le clergé se mit à fonder ou à multiplier les écoles dont des religieux étaient les directeurs. On sait qu'aujourd'liui ces écoles sont très-nombreuses et qu'un tiers de nos enfants y reçoit l'instruction ^
1. Nous parlons ici de 1 ensemble de notre jeunesse, car la distinction qu'on a l'habitude de faire entre l'instruction des
Mais soit qtie la défiance contre l'esprit du sièc)^ décidât le« chefis du clergé à mesurer la seiefiee d'une main avare, soit que les mféthodes pour former les maîtres fussent surannées ou vicieuses, il est trop certain que cet enseignement donné par les frères des congrégations est insuffisant et superficiel.
Il n'en faut pas juger d'après quelques écoles de nos grandes villes, ni d'après le mérite de quelques élèves choisis. C'est sur la masse des écoliers , c'est sur le niveau des écoles de campagne, qu'il convient de se faire une opinion. Nous constaterons alors que si cet enseignement éclaire Tesprit de nos enfants, c'est d'un Jour si faible et si peu durable que la continuité de la nuit ne vaudrait guère moins. Lire et écrire sont certes d'excellentes choses; mais ce serait rétrécir étrangement le sens des mots que de croire qu'un homme mis en état d'écrire un bulletin de vote ou de lire la plaque clouée au coin de nos rues doive compter pour cela parmi ceux qui ont reçu Ffenseignement élémentaire. Qu'est-ce qu'une instruction qui ne développe ni la réflexion, ni le jugement, qui ne grave dans l'intelligence aucune connaissance positive et qui ne laisse point après elle le désir d'apprendre ? C'est là le semblant et
filles et eétl» des gareoBs, co»me si Tune importait moins que l'autre, est Tuo des maux les plus profonds de notre pays.
fton la réalité de Finstr action primaire , et si , au lieu de dresser nos statistiques d'après une page épelée ou une signature tracée par nos conscrits, nous élevions un peu plus haut nos exigences; nous Terrions cpa^n faut grossir au delà de toute idée la proportion des illettrés. Au lieu des deux cinquièmes, ce sont les trois quarts de nos enfants qu'il faut regarder comme voués à Tignorance.
Telle est donc la situation où la France, subissant les con?âitions que hii fait son passé, se trouve a»ji(wrd'hui réduite. A côté d'un ense%nement lid'que qu»i s'est établi à grand'peine, et qui est loin d'avoir encore toute l'extension qu'un effort géfiéral et persistant aurait pu lui donner, s'élève l'enseignement religieux qui lui dispute les enfants pour leur distribuer un savoir incomplet et
précaire. Quel remède apporter à cette situation? Paut-il supprimer les écoles des prêtres? on n'y peut songer un seul instant. Sutre qu'une telle suppression serait un attentat au droit des familles et à la liberté des citoyens, le preumer résultat qu'elle produirait serait de faire dégéoérer en Iwtte ouverte la guerre sourde qui existe entre le prêtre et l'instituteur; chacun de nos p^sans aurait des lors à choisir pour son enfant eutre l'école mise en interdit ou l'Église sans l'école. La rupture entre l'État et le clergé serait la conséquence derrière d'une telle Iqi, qui ne se-
rait pas moins contraire aux principes de la vraie démocratie et aux doctrines d'une politique libérale qu'aux sentiments et aux droits de la partie croyante de la nation.
Il ne faut pas espérer de remédier par un texte de loi à un mal qui est la conséquence de toute notre histoire. De remède héroïque et radical, il n'en existe pas. Ce serait se leurrer étrangement que de croire qu'une nation peut, aux époques décisives, prendre le moins bon parti, sans en porter la peine durant son existence entière. Nous avons eu les splendeurs de la monarchie absolue dans un temps où l'Angleterre était déchirée, où l'Allemagne était abaissée, humiliée, morcelée : mais notre état intellectuel et moral est le prix d ont no us payons et dont nous payerons longtemps notre puissance au dix-septième siècle.
Cependant les forces de la France sont si grandes et un sang si généreux coule dans les veines de ce peuple que nous ne devons pas renoncer à l'espérance. Sur une nation si bien douée l'enseignement peut beaucoup, pourvu qu'il devienne !"e qu'il doit être. Améliorons les méthodes , éveillons l'esprit engourdi de nos petits paysans, formons le bon sens de nos enfants des villes, habituons-les tous à observer et à penser. Ce sera là, du même coup, le seul remède possible à la scission dont nous parlions tout à l'heure.
Que nos écoles laïques produisent des effets si excellents, qu'elles munissent nos enfants d'une instruction si saine et si substantielle et qu'elles arment leur esprit diune supériorité si incontestable, que les écoles religieuses soient obligées d'adopter les mêmes méthodes, sous peine de perdre leurs élèves. Ainsi naîtra une concurrence qui ne vaudra peut-être point l'association existant ailleurs, mais qui tournera au profit de la nation et qui lui préparera des générations meilleures. C'est ce perfectionnement de nos écoles que nous essayerons de décrire dans la suite de cette étude. Nous serons obligé d'entrer parfois en des détails qui pourront sembler excessifs à plus d'un lecteur. Mais les méthodes ne s'enseignent que par des-exemples, et c'est pour avoir / voulu rester dans la région plus noble des idées générales que plus d'un écrit excellent est demeuré sans effet.
DE LA DOIMJ; UTILITE RE L'BEOLE.
Tous ceux qui oot réfléchi sur la nature et les efleti» de remeignemeEri sont d'accord pour reconnaître qu'en touie leçon donnée à la jeunesse le maître peut se proposer deux objets. D'un côté, notre intention peut être d'ouvrir l'intelligefice de l'enfant, d'éveiller ses facultés, de l'habituer i se rendre compte des choses et de le m^rc en état d'apprendre plus tard par hii-mème :
d'tm autre côté, nous pouvons avoir directement en vue la transmission de certaities connaissances , abstraction faite de leur înfkïe»©É ^ ^ f^ sur l'esprit. Nos voisins de TEst, qui ont tant écril ^ £hw^ sur l'éducation, ont deux termes pour caractérit^A^' ser ces deux sortes d'enseignement : ils appelleni
le premier formel^ et en effet il tend à former Tes prit plutôt qu'à l'enrichir de notions nouvelles quant au second, ils l'appellent matériel^ parc( qu'en le donnant on s'attache surtout à la matière ou au contenu des leçons. Il est clair qu( l'une et l'autre sorte d'enseignement est égale-
ment néeesi^aire, pviisqu'une iatelligenee exereée^ mais vide de eranaissaiaces sérieuses j n*^est p*s moins mutile à la société qu'une tête restée oisive , âoRt la mémoire . seule durait été cul- . tirée.
Toute espèce de science, convenablement en*seignée, peut contribuer au développement for^ mel de Tifitelli^^ice. Mais en présence du peu d'années dont disposent la plupart des familles peiir faire douner renseign^nent primaire à lei^r» eofaaats, il est évident qu'on devra choisir de préférence les connaissances les plus indispensables^ de sorte que Tidéal d^un bon enseignement sera celui qui exercera le mieux Tesprit des enfants en leur procurant les notions les plus utiles, ou pour parler encore plus exactement, celui qui leur mculquera toutes les connaissances nécessaires à l'honmae et au citoyen de la façon la plus profitable' pouir le développ^aaeni de la raison.
Voycms donc si rinstruetion âonnée par nos éeoles primaires répond à cette définition. Or devme que sur la malien de renseignement il ne peut g^re y avoir de déeaceord : les exigences de la vie soBt si manifestes qu'en tout pays, et quelle que sort la teodaiice générale de l'école, le programBie des leçons est à peu près le même. La»-*
gue française, calcul, sj^stème méiriqiie, dessin linéaire, histoire de France, géographie, notions de physique et d'histoire naturelle, tels sont, avec . les leçons de religion ou de morale, les éléments à peu près invariables de renseignement primaire Mais si le programme ne change guère, on se doute bien qu'il peut recouvrir les choses les plus diverses, et que rien ne serait plus trompeur que de s'en tenir à des indications aussi vagues. Toul dépend de la façon dont vous donnerez vos leçons et du point jusqu'où vous les conduirez Grammaire, géographie, ce sont là des enseignes : mais quelle différence, par exemple, entre l'enfant qui saura, sur le sujet que vous lui donnez, écrire une lettre dont toutes les idées seront présentées en ordre et correctement enchaînées, el celui qui, pour toute connaissance de la langue, vous dira par cœur quelques bril)es d'un manuel grammatical: ou encore entre celui qui, faisant l'histoire d'un voyage, en tracera sans peine l'itinéraire sur le tableau, et l'écolier qui aura retenti de la leçon de géographie quelques noms de pays et de capitales sans aucune idée de leur situation ! C'est donc la manière dont nos enfants savent les choses et la limite où s'étendent leurs connaissances qu'il convient d'examiner. Il nous faul pour cela entrer dans les salles d'école, interroger les élèves, écouter les leçons du maître : la
simple inspection des programmes ne nous apprendrait rien.
Nous allons donc passer en revue quelques-uns des principaux sujets d'étude de Técole, et nous nous conformerons aux traditions scolaires en commençant par la langue française.