Quelques Mots Sur La Fécondation Chez La Vallisnérie
odeur désagréable très prononcée. Les tiges prismatiques de cette plante portent des feuilles , qui disparaissent au moment de la floraison; mais on voit toujours les jeunes pousses munies de leurs feuilles.
M. Duchartre fait à la Société la communication suivante :
QUELQUES MOTS SUR LA FÉCONDATION CHEZ LA VALLISNÉRIE, par 91. P. MLTIIARTRE,
Dans la dernière séance de la Société, INI. Chatin a présenté des échantillons vivants et fleuris de Vallisneria spiralis mâle et femelle. Me basant sur de simples souvenirs de lectures, j’ai cru devoir appeler son attention sur un phénomène qui, après avoir été admis pendant longtemps par l'universalité des botanistes, a été nié dans ces derniers temps, de la manière la plus formelle, par des observateurs de mérite. Je veux parler de la rupture du petit pédoncule des fleurs mâles encore non épanouies, fait curieux, mais non sans analogues, qui permettrait à ces fleurs de s’élever du fond de l’eau jusqu’à la surface du liquide sur laquelle flottent alors les fleurs femelles. Les botanistes les plus distingués présents à la séance ayant paru regarder cette rupture comme un fait incontestable, je demande à la Société la permission d’entrer à ce sujet dans quelques détails qui, au point de vue historique, pourront n’être pas entièrement dépourvus d’intérêt, et qui d’ailleurs montreront que les recherches auxquelles j’ai pris la liberté d’inviter M. Chatin, seraient suffisamment motivées par l’état actuel de la science.
Micheli est, à ma connaissance, le premier auteur qui ait décrit avec précision le phénomène dont ses observations sur les fleurs mâles de la Vallisnérie lui avaient révélé l’existence. A la description de son Vallisue rioides, c’est-à-dire de la Vallisnérie mâle, il ajoute le passage suivant [Nova, généra , 1729, p. 13), qui mérite d’être reproduit : « In prædictis iloribus » admiratione diguum est, et quasi sine exemplo, quod , antequam dehis- » cant, a planta sejunguntur, et a centro ad aquarum superficiem elevati,
» ibidem subito, et quasi vi elastica aperiuntur, et eodem temporc foliola » deorsum inter se coutrahuntur..., ac deiude, quandiu flores vigent, per » aquse superficiem turmatim vagantur; ideoque æstivo atque autumnali » tempore floribus, qui quotidie germinant, tanquam pratulum floridum » aliqua ex parte aquam dealbatam spectavimus. » Je terai remarquer que le célèbre botaniste florentin décrit le phénomène sans le rattacher à la fécondation de la fleur femelle de la plante qui, pour lui, constitue un genre distinct sous le nom de Vallisneria.
En 1729, Linné, qui avait observé la Vallisnérie spontanée dans le Finmark, en Norwége, et prèsd’Upsal, en décrivit la fécondation de manière aualogue ; et comme pour que tous les grands noms de la science fussent
SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE, rattachés à ce curieux phénomène, Jussieu, dans son Généra , en donna plus tard (1789) une description aussi élégante et aussi poétique peut-être que celle qu’on admire dans le poëme de Castel. Que la Société me permette de lui rappeler cette phrase de notre immortel botaniste : « Flores fœminei » laxato scapo detenti supernafaut ; masculi, adaperta spadicis demersi » spatha, rupto nexu ad aquæ superficiem liberi elevantur, hiant, caterva- » tim juxta fœmineos vagantur, et præludunt genesi novæ prolis quæ in » germine latens, retracto mox scapo, sub undis clam maturescit. »
Si je voulais multiplier les citations, je pourrais ajouter de nombreuses autorités à celles que je viens d’invoquer. Je me contenterai de joindre aux descriptions données par Micheli et par Jussieu, celle que L.-C. Richard a consignée dans son beau mémoire sur les Hydrocharidées, parce qu’elle signale, avec la précision habituelle chez son auteur, toutes les particularités du phénomène. « La spathe, dit Richard, s’ouvre d’abord par le sommet; la rupture se prolongeant peu à peu par les deux bords, elle est enfin tout à fait ouverte en deux pièces recourbées, tantôt indivises, tantôt irrégulièrement déchirées. Dès le bâillement du sommet de la spathe, et à mesure que sa déhiscence augmente, les fleurs, se détachant successivement de leurs pédicelles, s’élèvent comme de très petites bulles pyi iformes vers la surface de l’eau, et dès qu’elles y sont parvenues, elles s’ouvrent subitement; le calice s’étale, se réfléchit presque aussitôt, et en même temps les anthères se rompant et retenant le pollen irrégulièrement congloméré, prennent l’apparence de certaines espèces de Botrytis. Les fleurs ainsi ouvertes, nagent à la surface de l’eau, et y forment par leur assemblage comme des taches blanchâtres qui les font reconnaître. Les fleurs restent closes tant qu’on les tient submergées ; ce qui parait prouver que le contact de l’air est nécessaire pour leur expansion. » {Mémoire sur les Hydrocharidées; Mémoires de l'Institut , 1811, 2 e part.; Paris 1814; p. 13-14).
Ainsi, je crois pouvoir dire que, s’il est un fait qui semble solidement établi, c’est celui de la fécondation du Vallisneria spiralis opérée par la rupture du pédoncule des fleurs mâles qui, devenant ainsi libres de toute adhérence, viendraient flotter a la surface de l’eau, et y féconderaient les fleurs femelles.
Il faut, ce semble, avoir tout le courage qu’inspire une ferme conviction, pour oser contester des faits si généralement admis ; c’est cependant ce que trois observateurs ont fait dans ces derniers temps.
Nuttall, dans son Généra des plantes de l’Amérique septentrionale, publié en 1818 (page 230), avait signalé la rupture du petit pédoncule des fleurs mâles chez le Vallisneria americana Michx, qui n’est tout au plus qu’une variété de notre Vallisnérie spirale, comme l’admettent aujourd'hui tous les botanistes, et comme j’ai pu m’en assurer sur les échantillons de l’herbier de 31. Delessert. 11 est probable qu’il s’était alors contenté d’un