TRANSFORMATION DU TYPE SUITE EN FORME SONATE
Le type ternaire, caractéristique de la forme Sonate, a son origine, nous venons de le dire, dans la présence, si peu importante soit-elle, de la redite du dessin initial de la Suite dans la seconde partie de celle-ci, au moment du retour au ton principal. On peut en citer un exemple, dans la Gigue en Ut (Sonate 32) de Domenigo Scarlatti. La reprise du dessin initial, avec le retour du ton,
LA SONATE. ili
donne alors le caractère de rentrée à cet endroit de la pièce, et détruit, de ce fait même, la progression tonale constante qui a lieu dans les deux parties de la Suite.
Bientôt cette rentrée prend de plus en plus d'importance, au point que cette seconde partie de la pièce se. trouve scindée en deux subdivisions : l'une, en état de modulation, en mouvement, par conséquent; l'autre, commençant à cette rentrée et durant jusqu'à la fin, en état de repos au ton principal. Cette dernière subdivision ég-ale bientôt, à elle seule, l'importance de toute la première partie de la Suite. Ainsi se trouve établie, d'une manière stable, l'équilibre ternaire sur lequel se base la Sonate entière.
D'autre part, par la substitution que nous avons vu faire, dans les Suites restreintes appelées Sonata, des indications de sentiment rythmique {Allegro, Adagio, etc.) aux titres de danses, le souvenir de la danse ne tarde point lui-même à disparaître. Insensiblement, par des retraits et des apports successifs, la forme de la Sonate s'agrandit jusqu'à donner naissance à ces splendides monuments construits par les Beethoven et les Franck; la pensée, de plus en plus profonde et élevée, y trouve, pour se manifester librement, un cadre en tous points dig-ne d'elle.
La Sonate monothématique, telle qu'elle se trouve établie par Gorelli, est bâtie d'après le plan suivant :
L. Exposition du dessin initial, ayant acquis, par le fait qu'il doit réapparaître une seconde fois dans le courant de la pièce, une plus grande importance
que dans la Suite. Ce dessin est unique (c'est pour cela que la Sonate est dite monothémalique, c'est-à-dire à un seul thème). 11 se présente sur la tonique et infléchit progressivement jusqu'à une cadence suspensive dans un ton voisin (dominante ou relatif) au moment de laquelle apparaît quelquefois, mais rarement, un dessin tellement secondaire et peu apparent, qu'il ne peut en aucune façon porter le nom de thème. Il ne sert qu'à établir plus nettement le sentiment de la nouvelle tonalité.