‹ Quelques mots sur la sonate (évolution du genre)Chapitre 8 sur 36 · PIÈCE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

PIÈCE PRÉLIMINAIRE

La Suite est très souvent précédée d'un Prélude portant des noms divers : Prélude, Préambule, Sinfonia, Toccata, Ouverture, Fantaisie, etc.

Cette pièce prend chez Bach, principalement dans ses Suites anglaises et ses Partitas, une envergure considérable. Le petit prélude, le simple avertissement tonal, devient chez lui un magnifique portail.

Cette pièce préliminaire ne repose pourtant jamais que sur la présentation du ton, elle n'est donc autre chose qu'une cadence qui pourra être suspensive.

Le Prélude n'est point employé, généralement, par la plupart des compositeurs de la première époque de la Sonate. Il faut en excepter toutefois Corelli qui adopte, au contraire, l'habitude de commencer ses Sonates par un Gravé ou Adagio, s'enchaînant à VA llegro suivant, J .-S.Bach et Rust, qui reprit cette forme dans sa Sonate en mi (1).

(i) Nous devons prévenir le lecteur que, dans le cours de cet ouvrage, nous désignerons les tons majeurs par ces caractères : MI, et les tons mineurs par ceux-ci : mi.

~"t QUELQUES MOTS SUR LA SONATE-

L'Introduction de la Sonate, remplaçant le Prélude de la Suite, sert alors, chez Coielli, non seulement à préexposer lai ton alité, mais aussi le thème.

\j' Introduction sera reprise et agrandie par Beethoven et trouvera sa répercussion, chez lui et les modernes, jusqu'en la préparation du morceau terminal de la Sonate.

l'écriture dans la suite et la sonate

Si, délaissant maintenant la forme architecturale de la Suite et de la Sonate, l'on jette un regard d'ensemble sur l'écriture de cette dernière, à rencontre de ce qui se passe pour la forme, qui continuellement s'améliore et s'agrandit, on voit cette écriture, pendant la période prébeethovénienne, évoluer sans doute, mais non progresser.

Au point de vue de l'intérêt mélodique et de la pureté contrapuntique, conservés même pendant la Suite, il y a, dans la' Sonate caractérisée, un recul réel. Le style polyphonique s'efface de plus en plus pour faire place au style galant.

Le style galant, en opposition au style strict ou polyphonique, consiste principalement en ce que le nombre des parties simultanées qui composent l'harmonie peut se restreindre ou s'aug^menter à volonté dans le courantd'une pièce ou même d'une phrase.

Dans les Suites, l'écriture à trois ou deux parties obligées est encore courante, mais avec la Sonate la basse continue va régner et, avec elle, le « remplissage harmonique », abandonné trop souvent au caprice plus ou moins compétentde l'exécutant

auquel des chiffres prescrivent seuls l'harmonie à employer, lui laissant toute latitude, au point de vue mélodique, pour la disposition des parties qui constituent cette harmonie.

Plus tard ce sera la basse elle-même qui, sous prétexte de « se donner du mouvement », adoptera la forme appelée Basse aVAAberti, c'est-à-dire un arpègement continu et monotone de l'harmonie.

Labasse, n'étant plus considérée mélodiquement, est bien obligée de « faire quelque chose » pour occuper son temps et soutenir ses notes !

Avant d'entrer plus avant dans l'étude de la Sonate, nous voulons étudier, brièvement toutefois (car ce sujet infiniment vaste ne saurait être qu'effleuré ici), V interprétation en ses divers éléments. •

Notre but est de montrer comment elle se rattache à la composition, le rôle qu'elle joue dans la compréhension générale des œuvres, dans leur transmission, et, en un sens, dans leur évolutiou elle-même.

On peut voir un exemple frappant de cette influence de l'exécution sur la composition, dans le fait déjà cité de l'importance prise par les instruments jouant la Ritournelle, à cause du chanteur qui s'en retournait, dans le Madrigal accompagné, et arrivant peu à peu à s'affranchir totalement des voix, à les supplanter et à donner ainsi naissance à la musique symphonique.

Blanche Selva. — Sonate.

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