‹ Quelques mots sur la Vie de Jésus de M. Ernest RenanChapitre 4 sur 5 · VII · texte numérisé non relu

VII

Allons plus loin, et tâchons de mettre en pleine lumière les règles de critique historique ou philosophique, qui servent de fondation souterraine à toute cette construction si savamment échafaudée.

Kllf?» |if;uveiit être formulées ainsi qu'il suit :

— - (>; qui est obscur peut être deviné, et on doit réumr à combiner les textes d'une façon qui constittu un récit logique *.

— (>; qui est miraculeux n'est pas impossible^ mait ne s'est jam^ais vu. Donc on peut le nier et le supprimer. Cela est évident ^

— Le vrai grand homme vit au sein de Dieu par une communication de tous les instants ; il ne s'en distingue pas * ; il n'est pas déiste. Pour lui, d'ailleurs, c'est un progrès d'exclure cette idée que tout se produit dans le monde par des lois pu l'intervention personnelle d'êtres supérieurs *, et le dernier terme du progrès amènera, peut-être dans des millions d'années, la conscience absolue de l'univers, et dans cette conscience le réveil de tout ce qui a vécu ^

— Ce qui est singulier , un peu mensonger , ce qui touche à la jonglerie • peut être excusé parla politique, qui admet, pour la sincérité, plusieurs mesures '.

* IWd., p. Lv.

* Introduction, pp. l,li.

» Pages 74, 77, 244.

* Page 40.

» Page 288.

* Page 259.

' Page 253.

^'Appelons les choses par leur nom. Ces règles étranges se définissent ainsi :

— La négation du surnaturel, et par conséquent de la Providence, pour système religieux.

— La liberté de la conjecture, en histoire.

— La duplicité, permise en politique.

— En philosophie, un panthéisme vague.

La discussion de chacun de ces quatre points comporterait un volume.

L Toute religion admet la toute-puissance, la liberté, la bonté de Dieu, et par conséquent la possibilité du miracle. Erreurs, dites-vous, aux yeux du physicien et du chimiste^. Le physicien et le chimiste savent bien que tous les jours la science remonte à des causes de plus en plus simples et de plus en plus hautes, que les lois sont des hypothèses provisoires que d'autres découvertes peuvent remplacer, et qu'à chaque pas en avant on découvre, dan^ l'auteur de toutes choses, plus de puissance, plus de liberté, plus de bonté. Le physicien et le chimiste vous crient donc : Soyons modestes, et n'emprisonnons pas Dieu dans nos étroites connaissances. M. Renan, il est vrai, reconnaît que le miracle est possible ; mais il affirme

qu'il ne s'est jamais vu. Or les quatre évangélistes affirment le contraire. Comment se décider?

Les chrétiens raisonnent ainsi : Les miracles sont impossibles à l'homme ; or Jésus-Christ a fait des miracles, donc Jésus-Christ n'est pas un homme.

Si je ne me trompe , ce raisonnement est irréfragable, si le témoignage sur lequel il s'appuie est vrai ; or ce témoignage repose sur une tradition constante, la vue personnelle des narrateurs, la constatation, en pleine rue, de faits aussi gros que ceux-ci : un homme était aveugle, et il voit ; un homme était déjà en putréfaction, et il revit ; un homme est mort, enterré, il ressuscite. Rien n'est plus difficile à croire, et par conséquent, rien n'est plus difficile à nier, quand le fait est vu , constaté , affirmé jusqu'à la mort.

M. Renan raisonne ainsi : Aucun miracle n'a été fait par un homme, or Jésus-Christ n'est qu'un homme; donc, les miracles ne sont pas vrais.

Ce second raisonnement résout la question par la question : c'est une pétition de principes ; il déchire la moitié des Évangiles, il ébranle toute la certitude historique, en même temps que toute saine logique. C'est faire d'une négation sans preuve l'argument d'une autre négation.

IL II est vrai, l'auteur admet, en matière d'histoire, la liberté de la conjecture et en matière politique, la liberté de la supercherie.

Je le demande , en vérité I si nous trouvions ces règles au début de l'un des Évangiles, est-ce que nous ne le jetterions pas au feu? Si saint Luc ou saint Marc avait voulu nous faire entendre que Jésus n'était qu'un politique, ou qu'il était un halluciné, de bonne foi, est-ce que le monde aurait cru à l'Évaugile? Et s il n'y avait pas cru, où en serions-nous?

La liberté de la conjecture, dans saint Luc^ ôterait à son récit toute valeur historique, et la théorie de la supercherie légitime, dans saint Marc, enlèverait à son œuvre toute valeur morale. Or, ces deux règles, l'auteur de la Vie de Jésus les formule, les accepte et les justifie I

Ne soyons pas plus sévères qu'il ne convient. L'a peu près, la demi-vérité, l'ombre se tolèrent, se conçoivent quelquefois, dans l'art, dans la politique, dans la littérature, en toutes les applications imparfaites de l'esprit humain, en toutes \;hoses, excepté une seule, la religion. Concevez-vous une religion ainsi définie : une erreur établie sur un mensonge? concevez- vous une morale fondée par des moyens que la morale désapprouve? Non, quand il s'agit de Dieu, du devoir, du ciel, il nous faut la

vérité, toute la vérité, rien que la vérité, et ce qu j'appellerai une sincérité absolument absolue.

M. Renan conviendra que cette théorie du hai mensonge dans les grands rôles est inquiétante de *^ a part d'un écrivain qui a un grand rôle. Commeirzit veut-il être cru? Disons de suite, pour l'honneur c3-e la politique, que cette théorie n'est pas admise parlas vrais politiques. Je relisais dernièrement la belle notice consacrée par lord Macaulay au fondateur de la puissance anglaise dans l'Inde, lord Robert Clivée. L'illustre historien se trouve précisément en face de la fourberie de son héros au milieu d'un peuple oriental, et il rencontre un autre narrateur, sir J. Malcolm, qui amnistie Clive d'avoir manqué à la sincérité par des motifs que Técrivain français semble lui avoir empruntés :

« La sincérité avec soi-même, dit M. Renan (p. 253), n'a pas beaucoup de sens chez les peuples orientaux. . . - La vérité matérielle a très-peu de prix pour l'Oriental.... On ne conduit le peuple qu'en se prêtant à ses idées.. ^ Quand nous aurons fait avec nos scrupules ce que les héros firent avec, leurs mensonges, nous aurons le droit d'être pour eux sévères. »

D'après Malcolm, lord Clive savait que « chez les natifs de l'Inde, la moralité n'était nullement la même qu'en Angleterre.... L'énorme différence entre

la moralité asiatique et la moi'alité européenne le préoccupait constamment. Il s'imagina qu'il ne pourrait lutter contre ses adversaires s'il obéissait à des lois dont ils étaient eux-mêmes affranchis....» C'est la même théorie; on croirait entendre M. Renan.

« Nous n'avons vraiment pas besoin, s'écrie Macaulay, de nous appuyer sur les principes rigides de la morale pour contredire cette opinion; car, même en considérant la question sous le rapport de l'utilité dans l'acception la plus vulgaire du mot, et en raisonnant comme Machiavel aurait pu le faire dans ses conférences avec Borgia, nous trouvons que Clive a suivi une détestable voie et qu'il a commis non simplement un crime, mais une faute.... La valeur et rintelligence anglaises ont moins fait pour étendre et conserver notre empire oriental que la bonne foi anglaise. L'arme efûcace contre la fausseté, c'est la vérité*.»

Voici comment un politique anglais juge un autre politique anglais, ancien commis, improvisé soldat, étendant un empire, au nom d'une compagnie de commerce très-peu scrupuleuse, sur les bords du Gange, et vous voudriez que nous fussions moins exigeants envers le fondateur de la loi morale du monde !

* Macaulay, édition Didot, 1860, p. 42, 47.

III. Si ce fondateur nous apporte une religion, vous vouiez que nous nous contentions d'un Dieu qui ne se distingue pas de l'homme et du monde, spectateur impassible de nos maux et d'une vie future qui sera peut-être, après des millions d'année de sommeil, ce que vous appelez un réveil dans une conscience, en ajoutant ces mots singuliers : « Un sommeil d'un million d'années n'est pas plus long qu'un sommeil d'une heure? »

Mais ce Dieu vague, cette fatalité glacée, ce ciel vide, cette âme indistincte, cette destinée ténébreuse, voilà précisément ce que le genre humain déteste, voilà ce qu'il fuitl II s'agite, il se tourmente jusqu'à ce qu'il ait trouvé un Dieu vivant, un témoin qui regarde le méchant, un ami qui relève le souffrant, un juge qui régit le monde. Vous nous offrez ce dont nous avons horreur et, laissez-moi l'ajouter, ce qui ne vous suffit pas à vous-même I

Car il est une page dans ce livre, une seule, une page intime, que j'aimerais à lire en silence, à ne pas toucher par respect pour la douleur, page précieuse, où je saisis une bienheureuse contradiction de l'auteur avec lui-même. Il dédie son livre à Vâme pure de sa sœut, morte à Byblos, et il lui dit avec une délicate et sincère émotion : Te souviens- tu du sein de Dieu où tu reposes? Révèle-moi^ ô bon génie^

à moi que tu aimais, ces vérités qui dominent la mort, empêchent de la craindre et la font presque aimer! Ahl vous croyez donc à Tâme, vous croyez donc à Dieu? vous croyez donc, qu'après la mort, l'âme, quand elle est pure, repose au sein de Dieu? vous croyez donc que rame des morts parle à l'âme des vivants qu'ils aimaient? vous parlez à votre sœur, vous croyez donc qu'elle vous entend? Ne médites pas, non, je ne veux pas le croire, que c'est de la rhétorique sur un tombeau. Vous croyez tout cela. Pourquoi donc envelopper sous tant de replis cette toi dans le reste du livre? pourquoi, si vous priez votre sœur, ne comprenezvous pas que les chrétiens prient Marie, et si votre sœur vous révèle des vérités, pourquoi prétendre que Jésus ne nous entend pas ?

Ainsi, une fois dans ce livre, le surnaturel déborde, l'auteur plie le genou, puis il se relève, l'homme a muré son cœur, le critique reprend sa loupe et son tranchant, et il reparaît avec le procédé et la doctrine (jue nous avons essayé de définir. L'hypothèse, voici sa méthode; le doute, voilà sa conclusion. C'est assez pour les humains!

Quelle route, et pour arriver à quel terme 1 Pauvre humanité, tu as faim et soif d'une croyance, tu veux un flambeau dans ta nuit sombre, tu cherches un Dieu, un pardon, un bonheur : c'est pourquoi, ouvrant l'Évangile, tu colles tes lèvres sur ces paroles

solides : a Ce que nous avons vu, ce que nous avons entendu^ ce que nous avons touché, nous l'annonçons. » Efface désonnais ces mots; o\^ t'offre un Évangile qui porte à sa première page» : f eut-être, et encore à la dernière page : peutrêtre!

Je ne sais ce qu'en diront les autres hommes; pour moi, mon choix est fait; et je préfère la soiu^ce où mes pères se sont abreuvés à ces fruits charmants qui, selon la forte expression populaire, trompent la soif et ne l'apaisent pas. Je plains et je n'envie point ceux qui se contentent de si peu. Le doute éloquent ne pacifie pas mon âme. Je dois à Jésus-Christ la foi nette à un Dieu personnel et vivant, à une Providence maternelle et de tous les instants, à un ciel, au jugement dernier, à une réunion future de tous ceux qui se sont aimés en Dieu. Je crois cela. Quelle joie ! quelle paix ! quelle clarté I quelle vigueur I

Combien j'aime à répéter ici avec saint Augustin :

« Dieu de vérité, ce n'est point par de hautes sciences qu'on parvient à vous plaire. Malheureux celui qui croit connaître quelque chose, et qui ne vous connaît point! bienheureux celui qui vous connaît, alors même qu'il ignore tout le reste! Parmi ceux qui ont votre science, ô mon Dieu, il en est qui savent ces choses qu'inventa la sagesse humaine, mais ils n'en sont pas plus heureux: ce qui fait leur bonheur, c'est de vous connaître et de

vous aimer; aussi ne cessent-ils de vous exprimer leur reconnaissance par d'humbles actions de grâces, mêlées à la crainte incessante qu'un vain orgueil ne vienne les égarer*. »

Mais il est temps de niontrer ce que M. Renan reconnaît à son tour comme la dette du genre humain envers Jésus-Christ. Il lui rend justice, et lui fait, en termes souvent magnifiques, une part incomparable. S*il m'accusait d'avoir, dans le récit de la vie, affaibli les textes en les rassemblant par extraits, en retour il conviendra que j'ai pris ici plaisir à fortifier par le rapprochement les textes qui louent et glorifient le divin Maître.

Écoutez cet éloquent début :

« L'événement capital de l'histoire du monde est la révolution par laquelle les plus nobles portions de Thuma-

* ConfesHons.

nité ont passé des anciennes religions, comprises sous t^ nom vague de paganisme, à une religion fondée sur VmJM-' nité divine, la trinité, Tincarnation du Fils de Dieu. Ceft^ conversion a eu besoin de près de mille ans pour se fair^- La religion nouvelle avait mis en elle-même au moi»- ^ trois cents ans à se former. Mais l'origine de la révolue--' tion dont il s'agit est un fait qui eut lieu sous les règnes ^ d'Auguste et de Tibère. Alors vécut une personne supé^ ^ rieure qui, par son inititiave hardie et par l'amour qu'ell ^^ sut inspirer, créa l'objet et posa le point de départ de U foi future de l'humanité *. »

Réunissons un à un les traits épars de cette nobli image :

a Jésus est l'honneur commun de ce qui porte un cœui d'homme...

« L'histoire entière est incompréhensible sans lui *.

« 11 est l'homme incomparable auquel la conscienc^^^ universelle a décerné le litre de Fils de Dieu, et cela avec:^ justice, puisqu'il a fait faire à la religion un pas auque^^ nul autre ne peut et probablement ne pourra jamais être^ comparé ».

« Sa résolution, ayant dépassé en intensité toute aulr^ volonté créée, dirige encore à l'heure qu'il est les destinées de l'humanité *.

* Page 1,2, chap. 1.

* Introduction, p. lix.

•'Page 18.

* Page 46.

* l-.e Dieu de Jésus n'est pas ce maître fatal qui nous tue quand il lui plaît, nous damne quand il lui plaît, nous sauve quand il lui plaît. Le Dieu de Jésus est notre père. Qtt Ventend en écoutant ce souffle léger qui crie en nous : « Père... » Là est son grand acte d'originalité; en cela il D'est nullement de sa race *.

. ? Le paradis eût été transporté sur la terre, si les idées du jeune maître n'eussent dépassé de beaucoup ce niveau de médiocre bonté au delà duquel on n'a pu jusqu'ici élever l'espèce humaine «.

« La morale évangélique est la plus haute création qui 5ioit sortie de la conscience humaine, le plus beau code de t a vie parfaite qu'aucun moraliste ait tracé \

« Une idée absolument neuve, l'idée d'un culte fondé ^ur la pureté du cœur et sur la fraternité humaine, a fait l)ar lui son entrée dans le monde *.

« Dans la morale comme dans l'art, dire n'est rien, faire €st tout... La palme est à celui qui a été puissant en paroles et en œuvres, qui a senti le bien, et, au prix de son sang, l'a fait triompher. Jésus, à ce double point de vue, est sans égal; sa gloire reste entière et sera toujours renouvelée ".

« Ce que Jésus a fondé, ce qui restera éternellement de lui, c'est la doctrine de la liberté des âmes. Qu'importe

* Page 81.

» Page 84.

* Page 90.

■ Page 93.

au chrétien le maître passager de cette terre qui n'est pas sa patrie? La liberté pour lui, c'est la vérité. Par ce mot: « Rendez à César, etc., » il a créé quelque chose d'étranger à la politique, un refuge pour les âmes, au milieu de l'empire de la force brutale*. Le pouvoir de l'État a été borné aux choses de la terre. Mot profond qui a décidé de l'avenir du christianisme! mot d'un spiritualisme accompli et d'une justesse merveilleuse, qui a fondé la séparation du spirituel et du temporel, et a posé la base du vrai libéralisme et de la vraie civilisation * ! Le domaine des choses de l'esprit cesse de s'appeler « un pouvoir » pour s'appeler « une liberté ». »

« Grâce à Jésus, l'existence la plus terne, la plus absorbée par de tristes ou humiliants devoirs, a eu son échappée sur ui coin (Ju ciel *.

« Avoir fait de la pauvreté un objet d'amour et de désir, avoir élevé le mendiant sur l'aiitel et sanctifié l'habit de l 'homme du peuple, est un coup de maître dont l'économie politique peut n'être pas fort touchée, mais devant lequel le vrai moraliste ne peut rester indifférent. L'humanité, pour porter son fardeau, a besoin de croire qu'elle n'est pas complètement payée par son salaire. Le plus grand service qu'on puisse lui rendre est de lui répéter souvent qu'elle ne vit pas seulement de pain.

«... L'heure est venue où les vrais adorateurs adore-

* Page 122.

« Page 348.

» Page 440.

* Page 177.

*^^t le père en esprit et en vérité... Le jour où Jésus pro- ^^ïi^ cette parole, il fut vraiment fils de Dieu. 11 dit pour ''^ première fois le mot sur lequel reposa l'édifice de la **^lîgion éternelle. 11 faudra le culte pur, sans date, sans patrie, celui que pratiqueront toutes les âmes élevées jus- ÏU^à la fin des temps. Non-seulement sa religion, ce lour-là, fut la bonne religion de l'humanité, ce fut la reli- Bion absolue; et si d'autres planètes ont des habitants •floués de raison et de moralité, leur religion ne peut être différente de celle que Jésus a proclamée près du puits <îe Jacob*.

« Jamais tant de joie ne souleva la poitrine de l'homme, lin moment dans cet effort, le plus vigoureux qu'elle ait feit pour s'élever au-dessus de sa planète, l'humanité oublia le poids de plomb qui l'attache à la terre et Iffs tristesses de la vie d'jci-bas *.

« L'orgueil du sang lui paraît l'ennemi capital. Il n'est plus Juif, il appelle tous les hommes à un culte fondé sur leur seule qualité d'enfants de Dieu. 11 proclamé les droits de l'homme, non les droits du Juif; la religion de l'homme, non la religion du Juif; la délivrance de l'homme, non la délivrance du Juif. La religion de l'humanité, établie non ~ sur le sang, mais sur le cœur, est fondée. Moïse est dépassé, le temple est condamné».

« Il dit pour la première fois le mot sur lequel reposera l'édifice de la religion éternelle.

• Page 184.

* Page 194.

» Page 234.

« Chacun de nous lui doit ce qu'il y a de meilleur en lui *. 11 est plus que le réformateur d'une religion vieillie, il est le créateur de la religion éternelle de Thumanité'; le fondateur des droits de la conscience libre, le modèle accompli que toutes les âmes souffrantes méditeront pour se fortifier et se consoler ' :

« Repose maintenant dans ta gloire, noble initiateur.. Pour des milliers d'années le monde va relever de toi! Drapeau de nos contradictions, tu seras le signe autour duquel se livrera la plus ardente bataille. Mille fois plus vivant, plus aimé depuis ta mort que durant les jours de ton passage ici-bas, tu deviendras à tel point la pierre angulaire de l'humanité, qu'arracher ton nom de ce monde serait l'ébranler jusqu'aux fondements *.

« Tous les siècles proclameront qu'entre les fils des hommes il n'en est pas né de plus grand que Jésus ". »

Ces paroles sont belles ; on est heureux de savoir si bien dire. Elles me touchent, et pourtant elles me font un peu sourire. Les incrédules nous inventent Jésus- Christ. Ils croient nous apprendre que ses adorable^ paroles consolent de la vie, sortent des sciences r« glées, et des sentiers convenus. Il est, nous disent-ii comme si nous Tignorions, il est le maître de Tidéa

* Page 283.

« Page 332.

' Page 379.

* Page 426.

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. même temps il a connu toutes les réalités cliarantes de la terre, et aussi toutes ses réalités poilantes ; sa barque nous emmène loin des rives vuldres ; plus de travail, plus de pleurs, plus d'injustice ; i le suit, dans les heures trop lourdes, on se cache 'ec. lui pour pleurer, mais aussi pour rire, pour lanter, pour laisser bondir son cœur, en s*écriant : O Jésus 1 ô mon maître 1 je vous connais, je vous euads, je vous verrai I Doux est votre joug et, avec ms, la vie est un fardeau léger! » Les incrédules oient nous apprendre tout cela, à nous qui le sa- >ns, qui le goûtons tous les jours 1 Puis, chacun de ux qui réduisent Notre-Seigneur à la taille d un >nime, se prennent eux-mêmes pour mesure. Le lilosophe en fait un penseur, le jurisconsulte adiré en lui le réformateur des lois, Thomme d'État

proclame un grand fondateur, Thistorien un grand iractère, Thomme de progrès un grand rénovateur,

poëte chante en lui Tâme tendre, et voici, dans lelques chapitres de M. Renan, un nouveau Jésus à isage des gens de lettres et des paysagistes. Cet 3mme épuise déjà la renommée de vingt grands 3mmes. Nous, chrétiens, nous le prenons simplelent tel qu'il fut; or il fut tout cela, mais plus ae cela. Il était homme, vraiment homme; il était ieu, vraiment Dieu. Nous avons besoin qu'il soit omme, afin d'agir comme lui; nous avons besoin

qu'il soit Dieu, afin de croire en lui ; nous qui cherchons dans Jésus, non pas un modèle pour les peintres et un sujet de discours , mais le guide et le soutien des gens de labeur; nous qui cherchons dans l'Évangile une vraie religion, le viatique de ceux qui vivent, qui souffrent, qui travaillent et qui meurent, et non pas un plaisir de lettré, un roman pour lire au printemps sous les grands bois et dans les prés fleuris. Cependant, recevons ce qu'on nous donne, et convenons que la statue élevée par M. Renan, dans les derniers passages que nous avons cités, est grande, imposante et belle.

Fermons à présent le livre, et tâchons de résumer dncèrement les impressions qu'il provoque.

Quelle opposition !

On dirait que l'auteur a rencontré dans sa vie deux lésus, Tun grand et l'autre petit, l'un surhumain, l'autre vulgaire; il semble poursuivi par une grande ambre au moment où il trace une chétive image. Quel abîme entre cette vie et cette œuvre 1

La vie de Jésus est celle d'un villageois obscur et singulier, qui vit en rêveur et meurt en héros.

L'œuvre de Jésus est la transformation des âmes, des cultes, des lois, des sociétés, jusqu'à la fin des temps, en un mot le renouvellement du monde.

Entre la vie et l'œuvre, le contraste est démesuré, l'incompatibilité est absolue. Entre ce petit Juif et ce colossal réformateur, il n'y a pas de proportion. Ou cet homme n'a pas fait cette œuvre, ou, s'il a fait cette œuvre, il n'est pas cet homme ; bien plus, il n'est pas

un homme. J'interpelle les monarques et les phil

sophes, un César, un Platon, un Gharlemagne, i

Newton. Ces noms immenses se rapetissent, et on ]

peut les prononcer sans sourire à côté du nom <

Jésus. Quelle épée a ainsi changé la face de la terr

quelle parole, quelle plume, a ainsi changé le foi

des cœurs? Non, non, cet homme n'est pas un homm

s'il a ainsi transformé les hommes. Il est Dieu, car il 1

i fait. Il est Dieu,car il l'a dit, et si vous l'avouez sage

véridique, il faut le proclamer Dieu, ou bien il a meni

en dépit de tous vos efforts pour dissimuler sa diss

mulation. Il est Dieu, car les témoins le disent, et

vous les croyez sur les faits naturels qu'ils ont vu

pourquoi les contredire sur les miracles qu'ils ontvi

de même? Pourquoi? Parce que, dites-vous, on n'aj

î mais vu de miracles. Or, ils affirment en avoir vu, i

sont morts pour cette foi. Non, cela est impossibl

Impossible, excepté si Jésus est Dieu. Or, il est Die

s'il faut le croire, et s'il a fait ce que vous dite

■ L'œuvre et le miracle s'entrelacent et se soutienne

f ainsi fortement, et, à moins de déchirer l'Évangile

de jeter au vent ses pages lacérées, on est poussé (

force jusqu'à une conviction énergique et robuste,

] la certitude, à la foi, non pas sans doute à l'éviden

i palpable, mais au plus haut degré de certitude où

soit possible de s'élever en ce monde où nous gardo

toujours un peu d'ombre, afin de conserver un peu

mérite dans nos affirmations avec un peu de liberté, dans nos actions. Si Dieu se montrait, parlait, descendait, sans voile, sous nos yeux, nous serions tous à plat ventre et lui seul agirait. Notre raison, comme nos yeux, ne voit qu'à demi, assez pour nous conduire ; elle nous conduit, elle nous entraîne au pied de l'autel de Jésus-Christ.

Votre livre m'y conduit lui-même ; il me mène en Galilée, puis à Jérusalem, il me fait vivre avec ces bateliers et ces pauvres femmes, il me fait toucher ce petit berceau, voir ces lacs riants, suivre cette foule émue, vivre à côté de cet aimable maître, monter sur cette colline sanglante où le despotisme et l'hypocrisie l'ont cloué à la croix. Cette idylle tragique me touche un moment, mais je vais passer à d'autres récits, lorsque, avec vous, je me retourne, et, du sommet du Calvaire, je vois s'ouvrir une autre histoire, l'histoire du genre humain, expliquée depuis son début, éclairée jusqu'à son terme, renouée et renouvelée à travers les siècles des siècles, par cette vie, par cette mort, par cette croix!

Quoi! cette anecdote surannée est encore, après dix-neuf cents ans, la grande, la première, la suprême question, la clef de l'histoire, de la vie, de la mort, de l'avenir!

Mon bon sens et ma bonne foi ne peuvent à ce degré se faire violence. Vos négations tombent sous vos

aveux, et si Jésus n'est pas Dieu, je n'ai plus qu'à d chirer la moitié de votre livre avec la moitié d( Évangiles, et la moitié de l'histoire des hommes su la terre.

Mais, hélas! ce n'est pas seulement ce livre, ce n'esl ' pas seulement l'histoire, ce ne sont pas seulement ceï Évangiles qui tombent en morceaux, si Jésus n'est pas Dieu 1 C'est la vie, c'est l'âme, c'est l'espérance, c'est \i consolation, c'est Tintelligence de ce monde mystérieux. Plus malheureux que si Jésus n'était pas venu car il vaut mieux n'avoir jamais la lumière du solei que de la perdre, nous voilà plongés de nouveau dam ces froids et noirs problèmes qui assaillent tout espri digue d'être compté I

M. Renan ne se soucie pas de ces problèmes ; il fai de la critique, il essaye la portée de son arme sur ui but qu'il choisit; il tire, ma maison croule; peuim porte 1 il s'agissait de savoir si le canon portait bien la chute de l'édifice n'est qu'un détail, la preuve es faite.

Non! nonl il n'est pas possible, il n'est pas permi de séparer les preuves historiques qui établissen l'existence de Jésus des raisons philosophiques qu démontrent la nécessité d'une intervention de Diei dans le monde pour pardonner et réparer le mal. Si 1 Messie rrétait pas venu, il faudrait l'attendre et 1 chercher partout, car il nous est nécessaire pourexpli

àt guer la vie autant que pour la supporter. La raison démontre que la rédemption était nécessaire, Thistoire proclame qu'elle était attendue, la tradition af- Ifirme qu'elle a été, qu'elle est toujours efficace. Gomiment séparer les pièces de cette perspective, comment tout réduire à une notice biographique arrangée? Vous êtes contraint d'aller plus loin.

Si vous faites de l'histoire, parlez de ce qui a précédé, montrez ce qui a suivi, le- monde s'enfonçant dans le mal avant lui, le monde s'élançant dans le iien après lui; ne bornez pas votre peinture à un petit paysage de chevalet.

Si vous faites de la philosophie, et vous y êtes forcé,

! expliquez-moi, si Jésus n'est pas Dieu, expliquez-moi

Forigine du mal et son remède, et dites-moi où nous

en sommes, après quatre mille ans de lourdes ténè-

I bres et de fatigantes recherches , sur les questions

nécessaires, inévitables, qui s'imposent à chacun des

I hommes?

Laissez-moi le dire, le beau style ne sufQt pas, la littérature impatiente, la coupe d'or ne fait pas avaler le poison, en dépareilles questions. Et que m'importe que vous trouviez les tirades de saint Jean lourdes et mal tournées^ si elles me donnent la clef du mystère de la vie î Dans ces deux mots : lux fiât ; dans ces trois mots : hoc est corpus , je ne cherche pas l'élo- I quence, je lis une réalité, un ordre d'en haut, une

loi vivante, un verbe divin, et non une phrase humaine. Dites-moi, sans style, sans lettres, sans phrases, nettement, grossièrement, si vous voulez, mais ditesmoi comment vous m'obligerez à croire ce que Jésus enseigne, s'il n'est pas Dieu, et par quoi vous rem- - < placerez ses doctrines, si je n'y crois plus? -

Pauvre laboureur I la vie est dure , le travail est ^ pesant, la mort est proche, tu n'as pas voulu naître et ^n^ tu es né, tu ne veux pas mourir et tu mourras, qui.--'-^' es-tu? où te mène-t-on? que te veut cette m{»n ^i^ cachée, lourde, impérieuse et glacée? Ahl tu te rési- jt gnes, tu t'endors, ou, malgré tout, tu crois, tu aimeiî, *^ tu espères. Mais il est un être plus malheureux que -^ji toi; c'est le penseur qui cherche, et va s'asseoir sur -- 1 les bancs de l'école, en quête de la vérité. Il écoute 'û les maîtres, les philosophes, les devins, les prêtres... -h Quel fatigant labeur 1 connaissez-vous rien de plus iui lourdement insipide que les métaphysiques, si ce .v n'est les mythologies? Ennui, horreur, ténèbres 1 Phi- u losophes, ai-je une âme? Oui et non, peut-être; elle di est personnelle ou collective, chimique ou nerveuse, ;e réminiscente ou transformable, voyageuse ou mor- v telle... Prêtres, ai-je un Dieu? Oui et non, peut-être: ù Jupiter ou Vishnou, Çakya, Mahomet, Tôt ou Isis, le ùî grand Esprit ou le petit Serpent ; il est un ou plusieurs, ce débonnaire ou méchant, stupide, jaloux, sanguinaire, avare, impassible... Ennui, horreur, ténèbres! Seul,

Jésus tient au laboureur et au penseur ce langage, accessible à tous deux :

« Il est un Dieu, une âme, une vie future, une justice, un amour, une vertu, un idéal aux arts, à la vie, à la terre. Tu es le frère des autres hommes, et je suis votre frère ; j'ai prié, souffert, mérité pour vous; j'ai vaincu la mort, j'ai ouvert le ciel. Relève-toi, essuie ta sueur et tes larmes; ris, aime, espère; je porte ta peine, tu goûteras ma joie. Je suis Dieu, ton Dieu, le seul vrai Dieu. Le monde a un sens, la vie a un but, l'homme a un père. Reconnais dans ta souffrance la justice de Dieu et porte à la souffrance l'amour que tu portes à la justice*. Contre la sévérité de ton créateur et de ton juge tu as l'amour infini de son fils, qui a voulu mourir pour toi, et dans ce consolateur de tes peines, tu trouves le rédempteur de tes fautes. »

Mais nonl ce Jésus, c'était un homme distingué, un bon cœur, un discoureur aimable ; il n'était pas au courant de la science, il n'a pas fait de miracles; ce n'est pas Dieu ; il a un peu trompé et s'est beaucoup trompé; c'est un Juif poëte, un Ossian galiléen, il n'est pas né comme on l'a dit , il n'a pas été prophétisé, il n'était pas de la race de David; il est mort, et ce qu'on en raconte est douteux. Ennui, horreur, té-

* Rémusat, dans la Vie de Channing, p. xi.

iièbresî Pauvre laboureur, pauvre penseur, rentr dans la nuit, allez les yeux fermés au trépas; riche amusez-vous follement ; Jésus i!*est qu'un homm» l'homme n'est qu'un malheureux, la vertu n'e qu'une chimère, et Dieu est toujours un problème !

Un problème à la place d'un ami!

Que Dieu soit un ami, que Dieu soit venu en monde, cela paraît à bien des esprits un fait inconc vable. Pour moi, cette croyance éclaire et satisfa mon âme autant qu'elle la console.

Si j'en juge par ma raison, la rédemption m'aide comprendre la création. Oui, l'être parfait n'a pu sort du bienheureux repos où il se suffit à lui-même et cré( librement d'autres êtres que pour sa gloire et pé bonté; et si ces êtres deviennent malheureux et mai vais, n'est-il pas d'une suprême convenance qu'il 1( relève librement et qu'il les sauve, de même pour s gloire et par bonté? Sans ces motifs, je comprenc mal la création. Sans cette intervention nouvelle, ] ne comprends pas mieux, après la création, le mal « le malheur.

Si j'en juge par mon cœur, la venue de Jésus n semble plus simple encore. Cette visite, s'il est pèr qui s'étonnera qu'il l'ait accordée à des enfants ma heureux? Je n'ai jamais lu l'Évangile, je ne me su jamais arrêté sur cette attention continuelle du Sai veur à guérir les perclus, à donner aux pauvres,

oonsoler les affligés, sans m'imaginer ce qui devait se passer dans ce cœur adorable. Le lendemain de la victoire, le grand capitaine, si son âme est pétrie de ce mélange de tendresse et de bravoure qui fait les vrais héros, passe sur le champ de bataille, et les yeux pleins de larmes, il recommande les blessés, il voudrait les panser lui-même ; pauvres gens I il a dû les exposer aux coups de Tennemi, mais comme il aimerait à cicatriser les blessures qu'il a dû causer I N'en est-il pas ainsi de Jésus-Christ visitant notre vallée de larmes? La justice et la miséricorde luttent dans son cœur, et il semble dire à ses disciples: «Consolez ceux à qui j'ai été obligé de faire de la peine; guérissez et pansez les objets de ma justice. Je ne dois pas les sauver de la mort, mais je mourrai avec eux.» Ma raison cherchait le Messie, et mon cœur l'attendait, avant même de connaître l'Évangile. Et maintenant, s'il est venu, s'il a parlé, ouvrez TÉvangile : c'est lui!

Je résumerai de nouveau, sous une dernière forme, l'impression que me laisse ce livre.

En dernière analyse, ce qu'il accorde suffit à le combattre.

M. Renan accorde deux choses, Vexistence de Jésus- Christ et la transformation du monde par Jésus- Christ.

Nier Veanstence^ ce serait nier l'histoire dont tous les faits reposent sur ce fait; les annales de l'humanité sont une trame dont on n'arrache pas une pareille pièce sans jeter le reste en lambeaux.

11 en est de même de la transformation du monde^ si évidente et si profonde, que sur la carte de la terre et dans la chronologie de ses habitants, on peut exactement couper en deux parties les espaces et les tempe où Jésus a été et est connu, les espaces et les temps où Jésus n'a pas été et n'est pas connu.

Existence unique^ sans puissance, sans richesse, sans écrits, sans aucun des moyens ordinaires de l'action des hommes sur les autres hotnmes, et plus raisonnable, plus pure, plus chaste, plus noble, plus courageuse qu'aucune autre existence quelconque.

Transformation unique^ influence unique, à laquelle on ne peut comparer l'influence d'un autre homme, car personne n'a été ainsi aimé après sa mort; l'influence d'une autre religion, car le boudhisme ou le mahométisme ont endormi , amoindri , et non régénéré leurs fidèles; d'aucune législation, caries lois ne régissent que les actes extérieurs ; d'aucune philosophie, car la philosophie ne convertit pas un peuple; d'aucune conquête , car la force subjugue et ne persuade pas; d'aucune institution, d'aucun livre, d'aucune découverte, car les institutions, les livres et les découvertes ne renouvellent pas les âmes et ne fortifient pas les volontés : d'aucune révolution , car aucune n'a fait avancer la justice dans la paix au delà de toutes les frontières.

Existence unique et certaine , transformation unique et certaine.

Or, il faut choisir.

Ou bien le monde a été transformé, en vertu d'un dessein qui remonte à son origine et opérera jusqu'à la fin, par Celui qui l'a fait ;

Ou bien le monde a été transformé, en trois ans,

par deux ou trois paroles tombées des lèvres d'un jeune Juif, dont les actes nous sont imparfaitement connus, et dont la vie touchante est visiblement un peu entachée de comédie.

Je dis que la première explication conduit au miracle, et je dis que la seconde conduit à Tabsurde.

Or, le miracle dépasse la raison, mais l'absurde la renverse. Opinion pour opinion, ma foi suppose Dieu, la vôtre suppose Timpossible. La mienne console, la vôtre consterne. La vôtre a pour soutien deux ou trois arguments, peut-être un texte d'un certain Papias, beaucoup de savoir et d'art. La mienne a pour appui des textes vénérables, gardés par leurs adversaires non moins que par les fidèles depuis près de deux mille ans. La vôtre et la mienne ont besoin d'une autorité qui interprète les points demeurés obscurs; mon autorité, c'est l'Église ; votre autorité , c'est vousmême. La vôtre m'oblige à croire à l'inexplicable, la mienne au miraculeux. Gomment les concilier?

Je vous propose de ne plus raisonner et de nous en rapporter à deux témoins oculaires :

J'ai, en effet, devant moi deux témoins, l'un du !•' siècle, l'autre du XIX' siècle, tous deux croyables pour ce qu'ils ont vu, récusables pour ce qu'ils n'ont pas vu. L'un, c'est saint Jean, auquel je m'en rapporterai pour la vie de Jésus, qu'il a vu au i*' siècle. L'autre, c'est vous, auquel je m'en rapporterai pour Vœuvre

de Jésus, que vous voyez réalisée, après dix-neuf Biècles.

Ces deux témoignages réunis font à mes yeux éclater sa divinité.

Tel n'était pas votre but, ou du moins le but de teux qui comptaient sur votre livre ; vous n'avez pas répondu à leur attente, et je vous en remercie. Ils lisaient que vous prépariez à notre maître une croix louvelle, et que vous sauriez percer Jésus au côté i'un nouveau coup de lance. La main sur la plaie, je n*écrie une fois de plus : Dominus meus et Deus neus.

Augustin Goghin.

Paris.— laip. w. kbmqobt, «WPT «t ci«, rueGnraocièr*,*.

CHARLES DOUNIOL, LIBRAIRE-ÉDITEUR 29, BUB nm touriioii

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(EDYRES DE M^" LtVÊQUE D'ORLÉANS

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