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]N[ézignan-l’évèque est un village situé près de Pézenas , dont la population s’élève à peu près à 800 habitants. Il est bâti en amphithéâtre sur un terrain marin tertiaire supérieur, calcaire moellon de M. Marcel de Serres. Les maisons en sont propres et assez bien disposées ; l’aisance règne en général parmi les habitants ; car le pays qu’ils cultivent est d’une fertilité remarquable. L’eau qui sert à les abreuver provient d’une source abondante; elle est de bonne nature. Si l’on ne connaissait toutes les bizarreries de la marche du choléra ,
on serait tenté de s’étonner qu’il soit venu sévir dans ce hameau, donl la position topographique est des plus heureuses ; tandis qu’il en a épargné beaucoup d’autres aux environs qui n’étaient pas dans des conditions aussi favorables. Cependant il est vrai de dire que l’étonnement diminuerait lorsqu’on verrait qu’à iNézignan , comme dans beaucoup d’autres hameaux, un motif bien facile à comprendre a porté les habitants à choisir pour leur dernière demeure les alentours de leur église : encore le cimetière est-il très-petit et encombré de morts ; il s’en échappe continuellement des vapeurs méphitiques. D’un autre côté, l’église y est comme ensevelie, et l’infiltration tellement abondante , surtout après un temps d’orage , qu’à hauteur d’homme, les murs en sont humectés par des liquides noirs produits sans doute par les cadavres en putréfaction. Observons encore une circonstance non moins fâcheuse : c’est que l’amphithéâtre que forme le village est couronné par l’église, et que le vend du nord, qui règne souvent dans ce pays , y rend l’air que respirent les habitans empesté de ces vapeurs morbifiques. Ce n’est pas là la cause de l’épidémie ; mais, du moins, on admettra qu’elle a pu en activer l’intensité. En signalant ce vice de construction dû à la piété de nos pères , vice contre lequel tant de voix se sont élevées déjà aVçc raison , je dois dire aussi que l’administration a pris des mesures pour le faire disparaître.
En entrant dans le village, la première chose qui s’offrit à mes regards fut le triste spectacle du convoi de deux cholériques morts la veille : les parents eux-mêmes étaient forcés de leur rendre les derniers devoirs. Personne n’avait voulu remplir pour eux ce pieux ministère, tant la consternation était grande, tant l’intérêt égoïste de la conservation avait éteint dans les cœurs tout sentiment d’humanité. Je compris le premier devoir que j’avais à remplir ; aussi je m’attachai d’abord à rassurer le moral des habitants en me montrant moi-même plein d’assurance. Mais je ne parvins pas à mon but aussi facilement que je le désirais , parce qu’ils se figuraient que je portais sur moi quelque talisman qui me mettait à l’abri de ja contagion; plusieurs fois même ils m’ont supplié de le leur indi-
quer. Je ne serais pas éloigné de croire que c’est dans celte conviction où est le bas peuple, que l’on doit chercher le peu de reconnaissance qu’il témoigne aux personnes qui vont exposer leur vie et leur avenir dans le seul but de les secourir dans le malheur.
Passant à l’étude du choléra, je ne ferai pas des articles séparés pour traiter de son diagnostic et de son traitement. Je vais prendre le lecteur, je le conduirai au lit du malade, et là je lui ferai observer ce que j’ai observé moi-même. Voilà pour le diagnostic; et quant au traitement, il pourra s’en faire une juste idée en suivant luimême, comme pas à pas, les symptômes et les changements opérés parles moyens que j’ai mis en usage pour les combattre. Mais comme le nombre des cholériques est trop grand pour que je parle de tous, je n’entrerai dans des détails circonstanciés qu’au sujet d’un malade dont l’observation m’a paru assez intéressante pour être rapportée, me réservant de parler plus bas sur le mode de propagation de l’épidémie et sur la nécroscopie.